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dont quelques-uns passent en plus d'un endroit pour des remèdes souverains. Mais la médecine n'étant pas mon fort (bien que depuis ma jeunesse je l’aie toujours boaucoup aimée) j'ai probablement omis des circonstances remarquables dans mes descriptions de remèdes et de simples, et je sais qu'on ne peut jamais être trop précis sur de semblables sujets. Les médecins, par conséquent, ne tireront que peu ou point de profit de mes remarques, à cause des nombreuses lacunes qu'ils y trouveront,
C’est mon excuse pour avoir omis autant que possible, de faire mention des choses qui intéressent la médecine, et qui sont au-dessus de mes connaissances. Quant aux plantes du Canada, je puis ajouter ici, que plus vous allez au Nord, plus vous trouvez qu'elles ressemblent à celles de la Suède; au septentrion de Québec, cette similitude s° remarque dans la proportion d'un quart au moins.
Cependant certaines plantes ou arbres qui ont des qualités particulières ou sont employés à des usages spéciaux feront l’objet d’une courte mention, dans la suite de cet
ouvrage.
La mousse de renne ou lichen, (Lichen rangiferinus) croît en abondance dans les bois autour de Québec,
M. Gtaulthier,et plusieursautres messieurs, m'ont assuré que les Français, dans les longues courses que leur commerce de fourrures avec les Indiens les oblige d’entreprendre au milieu des forêts, font quelquefois bouillir cette mousse et en boivent la décoction au défaut de meilleure nourriture, quand leurs provisions sont épuisées ; il paraîtque ce breuvage est très nutritif. Des Français qui sont allés dans le pays du Labrador, où il y a beaucoup de rennes (appelés Caribous ici) (1) rapportent
(1) Cervus Tarandus (Ruminants). (M.)
que toute la terre y est, en beaucoup d'endroits, couverte de cette mousse, si bien que le sol parait aussi blanc que neige,
10 AouT.
Aujourd'hui, j'ai diné chez les jésuites. Je leur avais fait une visite il y a quelques jours, et dès le lendemain leur supérieur et un autre père jésuite vinrent m'inviter à dîner avec eux pour aujourd'hui. J'ai assisté au service divin dans leur église, qui fait partie de leur maison. Elle est très belle à l'intérieur, mais dépourvue de sièges, et il faut suivre l'office à ge. noux, Au dessus de l’église il y a un petit clocher à cadran. La maison qu'habitent les jésuites est magnifique, et a une apparence superbe tant du dehors qu'à l'intérieur—on dirait un vrai palais. C’est un édifice en pierre à trois étages, — outre le grènier— à toit carré très élevé et couvert en ardoise ; il ressemble au nouveau palais de Stockholm, et renferme entre ses murs une cour spacieuse. Ses dimensions sont telles que trois cents famillés pourraient y loger à l'aise, et cependant, dans le moment, il n’abrite pas plus de vingt jésuites.
Mais quelquefois leur maison en contient un bien plus grand nombre, surtout au retour de ceux qui ont été envoyés comme missionnaires dans le pays. À chaque étage ily a un long corridor, sur lequel donnent des chambres, des salles ou d’autres pièces pour les pères ; ainsi que la bibliothèque, l’apothicairerie, etc,
Tout y est bien ordonné, et les jésuites sont des mieux partagésici. Le collège forme une maison à part ; dégrands vergers et des jardins potagers coupés de belles allées l'entourent de tous côtés. Outre les arbres de culture, il y a là de nombreux vétérans que la hache du bucheron
106 AouT 1749,
a respectés, seuls restes des forêts primitives qui ont vu les commencements de la ville. (On y a planté aussi beaucoup d'arbres fruitiers, et le jardin est rempli de toutes sortes d'herbes et de végétaux, pour l'usage de la cuisine, Les jésuites dinent ensemble dansune grande salle, Des tables y sont placées tout le long des murs, et entre ces tables et les murs, il y a des sièges, mais non de l’autre côté. Adossée à l’un des murs, il y a une tribune d’où l’un des pères fait la lecture dans quelque ouvrage religieux, mais ce jour-là, la lecture fut omise ; tout le temps du repas fut employé à la conversation, et à faire honneur au diner, un diner vraiment somptueux, et comprenant une variété de mets comme dans les plus grands festins, Dans cet édifice spacieux, vous ne rencontrez pas une seule femme ; il ne contient que les pères et les frères. Ces derniers, tous des jeunes hommes élevés pour faire des jésuites, apprétent eux-mêmes les mets et les apportent sur la table, car de domestiques proprement dits il n'y en a point, Outre l'Évêque, il y a trois sortes d’ecclésiastiques en Canada ; les jésuites, les prêtres (curés) et les récollets. Les jésuites, sont sans contredit, les plus con. sidérés. C’est un dicton général, ici, passé en proverbe que, “ pour faire un récollet, il faut une hachette, et un ciseau pour faire un prêtre, mais poux un jésuite, il faut un pinceau” (1). Les jésuites sont ordinairement très instruits, et adonnés à l'étude en même temps que très polis et agréables en compagnie. Il y a quelque chose qui plait dans tout leur maintien, et il n’est pas surprenant qu'ils captivent l'esprit du peuple. Ils parlent rarement de questions religieuses, ou bien quand il leur arrive d’en parler, ils ont le soin d'éviter les disputes.
(1) En français dans le texte,
Ils sont toujours prêts à rendre service, et quand ils vuient que leur assistance est requise, ils préviennent toute demande d'aide en se mettant tout de suite à l'œuvre, pour faire ce que l'on attend d'eux. Leur con. versatioa est très intéressante et instructive, et l'on ne peut s'ennuyer dans leur société. J'ai causé avec beaucoup de jésuites en Canada; je n'en ai pas trouvé un qui ne possédât ces qualités, à un degré éminent, Ils ont de grands biens dans co pays qu'ils tiennent du roi de France, À Montréal, ils ont pareillement une belle église, une maison petite mais élégante, et un jardin à l'avenant, Ils ne se soucient pas de devenir prédicateurs de congrégations (curés) à la ville ou à la campagne ; ils laissent aux prêtres les cures, ainsique les émoluments qui y sont altachés. Ils se consacrent entièrement à la conversion des païens, et leurs missionnaires sont dispersés dans toutes les parties du pays, à la poursuite de cette œuvre. Dans chaque bourgade ou village habités par les Indiens convertis, il y a un ou deux jésuites fixés au millieu d'eux pour leur apprendre à vivre en bons chrétiens, et les détourner des pratiques du paganisme.
Ainsi, il y a des jésuites, chez les Indiens convertis de Tadoussac, de Lorette, de Bécancour, de St François, du Sault St Louis, par tout le Canada. Cet ordre envoie pareillement des missionnaires parmi les nations non encore évangélisées, de sorte qu'il y a un jésuite dans chaque bourgade d’Indiens, s'efforçant en toute occasion de les christianiser, les suivant dans leurs grandes chasses d'’hiver, en butte à des souffrances inimaginables, marchant dans la neige toute la journée, couchant en plein air par les plus gros froids ; sortant par tous les temps beaux ou mauvaiss(car les Indiens n’ont nul souci de la température) vivant dans les huttes de ces sauvages, qui souvent
fourmillent de puces, et d’autres vermines, etc. Les jésuites endurent toutes ces peines en vue de la conversion de ces barbares, et aussi dans un but politique, Ils rendent souvent de grands services au roi, en invitant les Indiens à rompre leurs traités avec les Anglais, et à leur faire la guerre, ou bien à apporter leurs fourrures aux Français, et à ne pas permettre aux Anglais de trafiquer avec eux.
Mais tout cela n’est pas sans danger ; car quand les Indiens sont ivres, ils tuent quelquefois les missionnaires qui vivent au millieu d'eux, en affectant de les regarder comme des espions, après quoi, ils disent pour s'excuser, que le meurtre est l’œuvre de l’eau-de-feu,
L'évangélisation des sauvages est donc, comme je l’ai dit plus haut, l'occupation principale des jésuites. Ils ne vont pas visiter les malades dans la ville, ils n’entendent pas les confessions, n’assistent pas aux funérailles.
Je ne les ai jamais vus faisant des processions en l’honneur de la Vierge Marie, et des autressaints. Ilsentrent rarement dans les maisons pour y prendre un repas; rarement ils acceptent une invitation, à moins qu'ils ne soient en voyage; en un mot, on les considère comme des sujets chosis entre beaucoup d’autres, à cause de leurs talents supérieurs etde leurs qualités. On les regarde aussi comme gens très habiles, réussissant toujours dans leurs entreprises, et surpassant tous les autres en finesse et pénétration d'esprit. Aussi, ai-je remarqué souvent qu'ils ont des ennemis en Canada. Ils ne reçoivent dans leur société que des sujets qui promettent. On ne trouve pas d'imbéciles parmi eux. Les prêtres, de leur côté, aussi, reçoivent dans leurs rangs les meilleurs sujets qu'ils peuvent trouver, mais les moines sont moins particuliers. Les jésuites qui demeurent ici vien. nent tous de France, et beaucoup y retournent après
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un séjour de quelques années. Quelques uns (dont cinq ou six sont encore vivants) natifs du Canada sont allés en France, et y ont été admis au nombre des jésuites ; mais aucun d’eux n’est jamais revenu en Canada; pour quelle cause ? je l’ignore. Pendant mon séjour à Québec, un des prêtres s’est démis de sa cure avec la permission de l'évêque pour se faire jésuite, au grand mécontentement des autres prêtres, qui se sont demandés si le changement d'état de leur confrère. était dû à ce qu’il croyait leur condition trop petite pour lui. Il y a des paroisses dans la campagne qui paient des redevances aux jésuites, mais elles sont desservies par des prêtres nommés par l’évêque, et les jésuites ne perçoivent que les cens et rentes. Les jésuites ne trafiquent ni dans les peaux ni dans les fourrures, laissant ce soin entièrement aux marchands.
Cette après-midi j'ai visité la bâtisse appelée le Sémiaire, où tous les prêtres vivent en commun, C’est une
. gtande maison en pierre, divisée en corridors, avec cham-
bres de chaque côté. Elle est à plusieurs étages, et tout près il y a un beau jardin rempli de toutes sortes d'arbres fruitiers, et d'herbes potagères, ct coupé d’allées.
De là, on a la plus belle vue de tout Québec. Les prêtres du Séminaire ne le cèdent guère aux jésuites sous le rapport de la politesse, et j'ai passé un temps des plus agréables en leur compagnie.
Les prêtres (curés) forment la seconde et la plus nombreuse classe du clergé dans le pays et desservent la plus grande partie des églises, tant dans la ville que dans les villages, à l'exception des bourgades d'Indiens convertis; cependant, quelques-unes ‘de ces paroïsses ont des missionnaires pour curés, [ly a deux Séminaires en Canada, un à Québec et l’autre à Montréal. Les prêtres
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du Séminaire de Montréal sont de l’ordre de St. Sulpice et desservent seulement l’île de Montréal, et la ville du même nom. Dans toutes les autres églises du Canada, ce sont des prêtres appartenant au Séminaire de Québec qui officient.
Les premiers, où ceux de l’ordre de St Sulpice, viennent tous de France : on m’assure qu'ils n’admettent aucun natif du Canada parmi eux. Au Séminaire de Québec, ce sont les natifs du Canada qui forment la majorité. Il y a des écoles à Québec et à St Joachim, pour préparer aux ordres les enfants du pays. Ils y apprennent le latin et les sciences qui ont le plus de rapport avec l’état auquel on les destine. Cependant, on n’est pas toujours heureux dans le choix des sujets et des gens de capacités médiocres sont souvent’ ordonnés. |
Les curés ne paraissent pas très forts sur le latin, cat quoique le service se fasse dans cette langue, et qu'ils lisent leurs bréviaires et d’autreslivres chaque jour, cependant la plupart ne parlent le latin que très difficile-" ment, Tous les prêtres du Séminaire de Québec sont consacrés par l’évêque. Les deux Séminaires ont de grands revenus, qu'ils tiennent de la libéralité du roi : celui de Québec a au-dessus de trente mille livres par an. Toute la contrée sur le côté ouest de la rivière St Lautent, depuis la ville de Québec jusqu’à la baie St Paul, appartient à cette communauté, et elle a d’autres domaines. Elle concède les terres aux colons moyennant une certaine rente, et le paiement annuel de cette tente, suivant les conventions, assure aux enfants ou aux héritiers des colons la possession tranquille du sol. Pour une pièce de terre de trois arpents de large sur trente, quarante ou cinquante arpents de profondeur, on donne annuellement un écu, plus un couple de poulets;
redevances vraiment insignifiantes. Partout où il y a des pouvoirs d’eau, le Séminaire a bâti des moulins à scie dont il retire un revenu considérable. Celui de Montréal possède tout le terrain occupé par la ville, et toute l’île de Montréal. On m'assure que la rente foncière de la ville et de l’île rapporte soixante-dix mille livres, à part de ce que les prêtres reçoivent pour dire des messes, baptiser, entendre des confessions (1), célébrer des mariages et des services funéraires, etc. Tout le revenu provenant des rentes foncières appartient aux Séminaires seuls, et les prêtres de la campagne n’y ont aucune part. Mais comme celui de Montréal, qui ne compte que seize prêtres, a plus de revenus qu'il ne peut en dépenser, il envoie chaque année à la maisonmère, en France, une grosse somme d'argent. Les rentes foncières appartenant au Séminaire de Québec sont employées pour l'usage de ses membres, et l’entretien d’un certain nombre de jeunes gens, qui sont élevés pour la prêtrise. Les curés des paroisses de la campagne perçoivent la dîme, ainsi que certains honoraires casuels pour la visite des malades (2), etc, Si la paroisse est trop petite, le roi donne au desservant une somme additionnelle. Lorsqu'un prêtre de la campagne devient infirme, après une carrière bien remplie, on le recueille au Séminaire, Ces communautés ont la nomination des curés sur leurs terr2s, mais elle appartient à l’évêque dans les autres paroisses.
Les récollets forment la troisième classe d’ecclésiastiques en Canada, Ils ont une grande et belle maison
(1) M. Kalm a dû tenir ce renscignement de quelqu'esprit fort assez peu au fait des us et coutumes du tribunal de la pénitence, le seul où la
justice s'administre pour rien. (M.
(2) La visite dos malades n'a Jamais enflé aucun casuel, croyons: nous, (M.)
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et une très jolieréglise qu'ils desservent, et tout auprès, un jardin spacieux qu’ils cultivent avecsoin. À Montréal et à Trois-Rivières ils sont aussi bien établis qu'ici. Ils ne se mettent pas en peine de choisir des sujets brillants pour leur communauté ; au contraire, ils prennent tous ceux qu'ils peuvent avoir. Ils ne se martèlent pas le cerveau pour acquérir la science, et l’on m’assure qu’à peine ont-ils endossé l’habit monastique, non-seulement ils cessent d'étudier, mais ils oublient le peu qu'ils savaient avant, Ils couchent sur une natte ou un matelas dur, J'ai vu cependant de bons lits dans les cellules de quelques-uns d’entre eux. Ces moines n'ont pas de biens, ici, ayant fait vœu de pauvreté ; ils vivent principalement d'aumônes. Les jeunes moines ou frères vont, munis de besaces, quéter de maison en maison, Ils n'ont pas de congrégations (cures) dans le pays, mais quelquefois ils vont évangéliser les sauvages. En outre, dans chaque fort qui contient quarante hommes, le roi tient un de ces moines comme aumônier ; il lui fournit le logement, la nourriture, le service, en un mot, il pourvoit à tous ses besoins, et lui donne en outre deux cents livres par an, dont moitié va à la communauté, l’aumônier gardant l’autre moitié pour lui. A bord des vaisseaux du roi, il n’y a pas d’autres prêtres que ces moines qui, en conséquence, sont regardés par le peuple comme gens du roi. Quand un curé de la campagne vient à mourir, et qu'un successeur ne peut lui être nommé immédiatem”nt, on y envoie un de ces religieux pour desservir la paroisse pendant que la place reste vacante, Les récollets viennent en partie de France; les autres sont natifs du Canada, Il n’y a pas d'autres moines en Canada ; cependant, de temps en temps, il arrive ici, sur les vaisseaux du roi, un religieux de l’ordre de St. An. gustin, ou de quelqu'autre ordre, mais il n’y fait qu'un
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court séjour, et s'en retourne le plus sohvent sur le même vaisseau.
Ce matin, j'ai fait une promenade hors les murs avec M. Gaulthier, le médecin du roi, pour collectionner des plantes et visiter un couvent de femmes à quelque distance de Québec. Ce monastère, magnifique édifice en pierre, occupe un site charmant, entouré qu'il est de champs, de prairies et de bois au travers desquels on voit Québec et la rivière St Laurent; un hôpital pour les vieillards indigents, les infirmes, etc., fait partie du monastère ; il est divisé en deux salles : l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes. Les religieuses subviennent aux besoins des malades des deux sexes,avec cette différence, néanmoins, qu’elles ne font que prépare la nourriture des hommes, apporter leurs mets, enlever la nappe après le repas et leur donner des remèdes, laissant le reste du service aux domestiques ; mais dans l'appartement des femmes, elles font tout le service elles-mêmes, Le règlement de l'hôpital est le même que celui de l'hôpital de Québec. Par une faveur toute spéciale, l'évêque, à la prière du Marquis de la Galissonnière, gouverneur-général du Canada, m'a ac: cordé la permission de visiter ce couvent; aucun homme n’y peut entrer sans une permission de l'ordinaire, et c'est un honneur qui s'accorde rarement. L'abbesse, suivie d'un grand nombre de religieuses, nous a conduits dans tous les appartements. La plupart de ces nonnes appartiennent à des familles nobles, et l’une d'elles eat la fille d’un gouverneur. Il y en a beaucoup qui paraissent Âgées, mais il y en a aussi quelques unes très Je et fort jolies. il m'a semblé qu’elles étaient
plus polies que les religieuses de l’autre coufent. Quant à la division des chambres, elle est la même que dans cette dernière maison, à l'exception de quelques meubles en plus dans les cellules; les lits sont entourés de rideaux bleus ; il y a une couple de petits bureaux avec une table au milieu, et des tableaux suspendus aux murs. Les cellules n’ont pas de poëles, Mais les salles et les chambres dans lesquelles les nonnes se réunissent, ou qui sont occupées par les malades, sont chauffées par un poële en fonte. Le nombre des religieuses est indéterminé ici, et si j'en juge par mes yeux, il est très considérable. Il y a aussi quelques novices qui se préparent à faire leur profession. De petites filles sont envoyées ici par leurs parents pour être élevées par les sœurs dans les principes de la religion chrétienne, et apprendre à faire toutes sortes d'ouvrages de dames. Le couvent, à distance, paraît comme un palais ; il a été fondé par un évèque dont les restes, dit-on, reposent dans l'église. k Nous avons botanisé dans les champs voisins jusqu’à l'heure du diner, et de retour au couvent nous nous sommes mis à table avec le chapelain, un vénérable père récollet très âgé. Les mets, tous apprêtés par les religieuses elles-mêmes, étaient aussi nombreux et rariés que sur la table des grands. 11 y avait, en outre. plusieurs sortes de vins et beaucoup de conserves. Il parait que les revenus du monastère sont considérables, L'édifice est surmonté d'un clocheton contenant une cloche. Quand on considère les grandes étendues de terrain que le roi a données aux couvents, aux jésuites, aux prètres et à plusieurs familles nobles, il semblerait n'avoir presque rien gardé pour lui-même. ; Notre framboisier commun est extrêmement abondant ici; il couvre les coteaux et court sur les lisières
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des champs, et les bords des rivières, en longues haies qui, en cette saison, paraissent toutes rouges, tant les branches de l’arbuste sont chargées de baies en pleine maturité. On les donne comme dessert après diner, au naturel ou en confitures.
Le sorbier, ou frêne sauvage (1), est très commun dans les boïs environnants.
On regarde ici le nord-est comme le vent le plus perçant. Des personnes dignes de foi m'ont assuré que l'aquilon, quand il est très violent en hiver, passe à travers les murs d'épaisseur moyenne, si bien que toute la muraille en dedans de la maison est couverte de neige ou d'une gelée blanche, et qu’une chandelle placée près d'un mur plus mince est presque souflée par l'air qui le transperce. Le nord-est endommage jusqu'aux maisons en pierre, surtout à leur pignon septentrional qu'il faut réparer souvent. Les vents du nord et du nord-est sont pareillement redoutés ici comme les plus glacés. En été, le premier amène généralement la pluie.
La différence de climat entre Québec et Montréal est très grande, Le vent et la température à Montréal sont souvent tout l'opposé de ce qu'ils sont à Québec. L'hiver n’y est pas aussi rigoureux. Plusieurs espèces de poires (2) délicieuses qui viennent bien à Montréal, ne réussisseht pas ici, et la gelée les détruit fréquemment. Québec a généralement plus de temps pluvieux que Montréal ; le printemps y commence moins vite et l'hiver plus tôt, et toutes les espèces de fruits y mürissent une semaine ou deux plus tard qu'à Montréal.
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(1) Sorbus aucuparia, Sorbier des oisetux (Rosacées-Pomacées). (M.) (©) Pirum, fruit An Poirier Pirus (Rosacées-Pomactes), (M.
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Cette après-midi, je suis sorti de la ville avec mon serviteur, pour aller passer une couple de jours à la campagne, afin d’avoir plus de loisir pour examiner les à plantes qui croissent dans les bois, et le pays en général. Dans le but de me faciliter cette excursion, le gouverneur-général avait envoyé chercher un Indien de Lo- | rette pour nous servir de guide, et m'indiquer en même F0 * temps l'usage que les aborigènes font des plantes natu- EN relles, Cet Indien était un anglais de naïssance qui fut LR pris par les sauvages il y a trente ans, alors qu'il n'était | Ë encore qu'un petit garçon, et adopté par eux, suivant leur coutume, pour tenir la place d’un des leurs tué par | l'ennemi, Depuis ce temps il est toujours resté avec #4 eux ; devenu Catholique Romain, il s'est marié avec une | femme Indienne, s'habille comme un Indien, parle an- | : glais et français et plusieurs des idiômes sauvages, l' Dans les guerres entre les Français et les Anglais, les | 4: à tribus amies des Français ont fait beaucoup de prison: LAS pe niers des deux sexes dans les colonies anglaises, les ont ( | de adoptés et mariés avec des gens de leur nation. Il s’en
OR ne RUE:
D suit que le sang indien en Canada est très mélangé de ; sang etttopéen, et une gtande partie des sauvages maintenant vivants peuvent se dire d’origine anglaise, Chose remarquable, la plupart des individus qu'ils ont ainsi pris pendant la guerre, et incorporés à leurs nations, lés jeunes gens surtout, ontrefusé de retourner dans leur pays natal, alors même qu'il était en leur pouvoir de le faire, résistant aux sollicitations de leurs plus proches parents, venus exprès pour les chercher, et préférant la vie licencieuse des sauvages aux douceurs du foyer pater: nel. Ces Indiens d'adoption s’habillent comme les sauvages, et font tout à la mode indienne, Ce n’est pas