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lieu, que la mer du sud n’é‘ait plus qu’à quelques journées de marche, et que les Indiens trafiquaient souvent avec les Espagnols sur cette cû te, et quelquefois se rendaient à la Baie d'Hudson, pour faire le commerce avec les Anglais.
Plusieurs de ces sruvages habitaient des huttes de terre. Beaucoup d’entre eux n'avaient jamais vu de Français ; leurs vêtements ordinaires étaient en peaux, mais grand nombre allaient entièrement nus.
Tous ceux qui ont fait de longs voyages en Canada vers le sud, et surtout à l'occident, s'accordent à constater l'existence de plusieurs grandes plaines dénuées d’aïbres, et dont le sol est couvert de sillons comme s’il avait été labouré. A quoi cela est-il dû, personne ne le sait; car les champs d’un grand village ou bourgade des Indiens ont à peine plus de quatre ou six acres d’étendue ; tandis que ces plaines ondulées sont si vastes qu'il faut faire plusieurs journées de marche successives pour les traverser, et ce n'est que par exception, que l'on rencontre par-ci, par-là, des inégalités de terrain où des points où la surface du sol n'offre pas de semblables traces d'anciens labours.
Je n'ai pu découvrir d’autres vestiges d'antiquité au Canada, malgré toutes mes recherches. Dans la continua: tion de ma relation de voyage pour l’année 1750 (1) j’aurai occasion de parler de deux autres curiosités remarquables. Notre compatriote M. George Westman, A.M. a clairement démontré que les Scandinaves, principalement ceux du Nord, ont entrepris des voyages dans l'Amérique Septentrionale longtemps avant l’époque de
Colomb, (voir la dissertation sur ce sujet, qu’il a lue à Abo en 1747, pour obtenir son degré.)
(!) Gette partie n'a pas encore été publiée. (F.)
S- ®œ um
Ce matin j'ai visité le plus grand couvent de femmes de Québec. L'entrée en est défendue aux hommes sous les peines les plus sévères, à l'exception de quelques chambres divisées par des grilles en fer, dans lesquelles les hommes et les femmes qui n’appartiennent pas à la communauté peuvent causer du dehors avec les religieuses, Mais pour mettre le comble aux faveurs toutes spéciales dont on m'a honoré dans ce pays, comme Suédois et étranger, le gouverneur-général a obtenu de l'évêque, pour moi, la permission de pénétrer dans le cloitre et d’en voir l’intérieur. L'ordinaire a seul le pouvoir d'accorder cette faveur, et il en use rarement. Le médecin du roi et le chirurgien ont cependant leurs entrées libres aussi souvent que leur ministère le requiert. M. Gaulthier, homme d’un grand savoir en physique et en botanique, et maintenant le médecin du couvent, m'a accompagné dans cette visite. Nous vimes d’abord l'hôpital, dont je vais donner une description, et nous entrâmes ensuite dans le couvent, qui est contigu à l'hôpital. C’est un grand bâtiment en pierre, à trois étages, divisé à l’intérieur en longs corridors, sur lesquels donnent, de chaque côté, des cellules, des salles et des chambres. Les cellules des religieuses sont au troisième, elles sont petites, non peinturées en dedans et ornées d'images de saints, en papier, et d’un crucifix. Un lit à rideaux et garni de bonnes couvertures, un petit pupitre, une chaise ou deux en forment tout l'ameublement. Les chambres ne sont pas chauffées en hiver, mais il y a un poële daus le corridor, et les religieuses laissent la porte de leurs cellules ouverte, pour que la chaleur y pénètre.
Dans l'étage du milieu il ÿ a des chambres où elles passent la journée ensemble, la salle de couture surtout, qui
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| à est spacieuse, bien peinturée, bien ornée, et garnie d’un D EN 4 poële en fonte. Elles s’y livrent à des travaux d’aiguille, de to QE broderie, de dorure, à la fabrication de fleurs artificielles de ETS en soie qui imitent très bien les fleurs naturelles, En un 6 À D'or mot, elles sont toutes employées à des ouvrages délicats, m EN a convenables au rang qu'occupent ces dames dans la pt F4 + vie. Elles tiennent leurs assemblées dans une grande ne LS salle ; une autre est réservée pour celles qui sont indis- n° TE posées, mais si la maladie a un caractère dangereux, on il LE * soigne la patiente dans une chambre séparée. Le novi- se ! NE : ciat forme aussi un appartement à part, ainsi que le ad Mes réfectoire ou salle à manger, qui est garni de tables ran- no | gées le long des murs, et au centre, il y a une petite tri- vo [HE bune sur laquelle je vois un livre français contenant la pe AE. vie des saints du Nouveau Testament, Pendant le dîner | ne |: a toutes gardent le silence, à l'exception d’une des plus gi h Fi âgées, qui lit à haute voix du haut de la tribune, Le sa #4 5 repas est suivi d’une lecture spirituelle, Chaque tablée vo | k li. tourne le dos au mur. Dans presque toutes les chatnbres, un FES on voit sur un guéridon doré, un crucifix, des images de MAUR +" de saints et des cierges; c’est là qu'elles disent leurs | q fl prières, Adossée à cet édifice est l’église, et tout près il ne I 118 y a une galerie spacieuse où se tiennent les religieuses pli l d pendant le service, et qui est séparée de l'église par un je | b. treillis qui leur permet tout juste de suivre l'office du att | ‘rl regard, sans être vues elles-mêmes, Le prêtre reste m4 MUR à dans l’église, et les nonnes lui présentent scs habits sa- 48 Fe ST cerdotaux à travers un guichet, l'entrée de la sacristie q ri leur étant interdite, ainsi que celle de l'appartement 1 où se tient le prêtre, Il y a encore nombre de salles et à de chambres dont je ne me rappelle plus la destination, q | Ù L’étage inférieur contient la cuisine, la boulangerie, les Pt WA dépenses, etc, Dans les greniers on conserve les grains Od | #4 et fait sécher le linge. L’étage du milieu est entouré
d'une galerie où les religieuses ont la liberté d'aller prendre l'air. Du couvent on a une fort belle vue de tous ct'és sur la rivière, les champs et les prairies en dehors de la ville. La maison possède un grand jardin, contenant toutes sortes d'arbres fruitiers, et entouré d’un mur élevé ; les religieuses cnt la permission de s’y promener. Le couvent renferme environ cinquante nonnes, presque toutes d’un âge avancé, la plus jeune n'ayant guère moins de-quarante ans. En ce moment il y a parmi elles deux postulantes qui reçoivent l’enseignement propre à la vie du ‘cloître. Avant d’être admise à faire profession, la religieuse passe par un noviciat de deux ou trois ans, dans le cours duquel sa vocation s'éprouve. Car pendant ce temps la novice peut laisser le couvent à volonté, si la règle monastique ne lui convient pas. Mais dès qu'elle a été reçue religieuse, et qu'elle a prononcé des vœux, elle doit y passer sa vie entière, Si une nonne montre des dispositions à vouloir changer son mode d'existence, on l'enferme dans une chambre d'où elle ne peut plus sortir. Les religieuses de ce couvent ne vont jamais plus loin qu’à l'hôpital, qui est tout près, et même enfait partie. Elles y pren-
nent le soin des malades. Je me suis laissé dire par
plusieurs personnes — voire par des dames—-qu'aucune jeune fille ne se décide à entrer au ceavent qu'après avoir atteint un âge qui ne lui laisse que peu d’espoir de jamais trouver un mari. Les religieuses des trois couvents de Québec paraissent très vieilles, ce qui me fait croire qu'il y a quelque vérité dans sette assertion,
Tout le monde convient ici qu’il y a moins d'hommes que de femmes en Canada, parceque beaucoup d'hommes meurent en voyage, qu'un grand nombre vont aux Indes Occidentales pour s’y établir, et que d’autres succombent
dans les combats, etc. Delà, la nécessité pour quelques femmes d'entrer dans les couvents.
L'hôpital, je l'ai déjà dit, fait partie du couvent. Il renferme deux grandes salles et quelques chambres près de l’apothicairerie. Les salles contiennent deux rangées de lits de chaque côté. Les lits près du mur sont entourés de rideaux : les autres n’en ont pas. Tous sont garnis de bonnes couvertures et de draps doubles bien propres. Dès que le malade est debout, on refait son lit, de manière à garder l'hôpital dans un état de propreté et en bon ordre. Les couchettes sont à deux ou trois verges de distance les unes des autres, et entre chacune d'elles il y a une petite table. Les dortoirs sont chauffés avec d'excellents poëles en fonte, et de nombreuses croisées y laissent pénétrer la lumière. Les religieuses prennent soin des malades, leur apportent leurs repas, et voient à leurs besoins. En outre, l'hôpital a ses infirmiers et son chirurgien. “Le médecin du roi est tenu de faire la visite une ou deux fois par jour ; il va d’un lità l’autre et donne ses prescriptions. On reçoit généralement les soldats malades dans cet hôpital ; ils sont très nombreux en juillet et août, époque de l'arrivée des vaisseaux du roi, et en temps de guerre, Mais en d’autres temps, quand il n’y a pas beauconp de militaires malades, leurs places sont données à d’autres patients, au fur et à mesure que les lits se vident. La maison est abondamment pourvue de tout ce qui est requis pour le soin des malades: provisions, médecines, combustible, ete. On met dans une chambre séparée ceux dont l’état demande plus de soin, afin d'empécher qu'ils ne soient incommodés par le bruit.
La politesse des habitants, ici, est bien plus raffinée que celle des Hollandais ct des Anglais des colonies appartenant à la Grande Bretagne ; mais en revanche, ces
derniers ne donnent pas autant de temps à leur toilette que les Français. Les dames, surtout, ornent et poudrent leurs cheveux chaque jour, et se papillottent chaque nuit. Cette coutume frivole n’est pas introduite dans les colonies anglaises. Les gentilshommes portent généralement leurs propres cheveux, mais il y en a qui font usage de perruques. Les gens de condition mettent du linge garni de dentelles ; tous les officiers de la couronne ont l'épée, Les gentilshommes, même ceux d'un rang élevé, le gouverneur-général excepté, lorsqu'ils vont en ville par un jour qui menace d’être pluvieux, portent leurs manteaux sur le bras gauche. Les amis de l’un et l’autre sexe, qui ne se sont pas vus depuis quelque temps, se saluent en s’embrassant mutuellement lorsqu'ils viennent à se rencontrer.
Je ne ferai pas une nouvelle mention des plantes que j'ai collectionnées en Canada, et que j'ai déjà en partie décrites, afin de ne pas fatiguer la patience des lecteurs par une ennuyeuse énumération. Si je remplissais mon journal de mès observations botaniques de tous les jours, et de mes descriptions d'animaux, d'oiseaux, d'insectes, de minéraux et d'autres curiosités semblables, il deviendrait de six à dix fois plus volumineux qu'il ne l’est. (1) Par conséquent, je réserve toutes ces notes, qui sont principalement des descriptions arides de curiosités naturelles, pour une Flora C'anadensis, ou un autre ouvrage de ce genre. Je dirai la même chose de mes observa- ‘tions sur la médecine. J'ai recueilli fidèlement toutes les informations que j'ai pu me procurer dans mon voyage sur l’usage médical des plantes d'Amérique et dessimples,
(1) Quel libraire en Suède pourrait entreprendre d'imprimer un pareil ouvrage à ses frais sans s’exposer à une perte considérable? (Mote de l'auleur)