PETITE-RIVIÈRE
se fendille pas sous l'action de l'air. Les murs des maisons, ici, en sont entièrement construits, ainsi que les cheminées, à l'exception de l’âtre que l'on fait avec une sorte de grès mélé de mica dont on est sûr de toujours trouver une ample provision, vù que les montagnes voisines de la Petite Rivière en sont presqu'entièrement composées, à l'exception de leur base qui est en ardoise. Ce grès est exactement le même que celui des mines de plomb de la Baie St Paul, déjà décrit.
Les montagnes granitiques du Canada, comme les roches grises de la Crothie Occidentale, en Suède, reposent généralement sur un schiste calcaire.
On fait avec succès, ici, la pêche à l’anguille (1) et au marsouin à la fin de septembre et durant tout le mois d'octobre. Les anœuilles remontent la rivière à cette saison de l'année fuyant les marsouins qui leur donnent la chasse par bandes d'autant plus nombreuses que la quantité des murènes est plus considérable. Voici comment se fait la pêche de ces dauphins. A marée basse, les marsouins descendent en longeant les bords de la rivière pour happer les anguilles qui s’y tiennent. Les habitants enfoncent de deux pieds en deux pieds de petites branches d'arbres munies de leurs feuilles et disposées en ligne courbe ou en forme d'arc, les pointes tournées du côté du rivage, mais à une certaine distance, de manière à laisser un passage. Quand les marsouins arrivent auprès de ces branches et entendent l’eau bruire à travers les feuilles, ils n'osent passer outre craignant un piége ou une trappe et ils rebroussent chemin. Pendant ce temps, l’eau s’est tellement retirée
(1) Anguilla muraena (Malacoptérygiens apodes.) {M.)
que dans leur fuite ils touchent, sur quelque point, les extrémités de l'arc dont le froissement des feuilles mourantes les effraient encore. Déconcertés, ahuris, ils nagent tantôt en avant, tantôt en arrière, jusqu'à ce que le reflux continuant toujours ils se trouvent tout-à-fait à sec, et alors les habitants en ont facilement raison. On en tire une grande quantité d'huile de baleine.
Près du rivage, il y a une argile grise remplie de filons ferrugineux et percée par les vers. Les trous sont petits, perpendiculaires et assez grands pour qu'on puisse y introduire une épingle de moyenne grandeur ; leurs parois sont ferrugineuses aussi et à moitié pétrifiées aux endroits où l'argile a été emportée par l’eau, — le reste a l'apparence de tronçons de tuyaux de pipe couleur d’ocre.
A midi, nous laissämes Petite Rivière, continuant notre chemin vers St Joachim.
Entre Pelite Rivière, qui occupe le fond d'une anse, et St Joachim, la côte occidentale de la Rivière St Laurent n’est qu'une suite de montagnes élevées, séparées les unes des autres par de petites baies. Une longue observation a appris aux habitants qu'il y a toujours du vent sur ces hauteurs, même quand le temps est calme à Petite-Rivière ; et quand Ja brise sonfile avec force, il n'est pas prudent de s'embarquer pour Québec; les vagues prennent des dimensions inquiétantes dans ces parages. J'ai eu l’occasion d'en faire l'expérience; l'eau était tranquille dans les anses, mais comme nous commencions à doubler l’une des pointes formées par les hautes montagnes, les vagues augmentèrent, le vent devint si violent, qu'il fallut mettre deux hommes au gouvernail, et le mât fut brisé plusieurs fois. Près
ENTRE PETITE-RIVIÈRE ET QUÉBEC. 171 de ces caps ou pointes, il y a toujours un fort courant qui coutribue à grossir les vagues.
Il s'en allait midi quand nous quittâmes St Joachim.
Le champignon de bois s'emploie ici très fréquemment en guise d'amadou. Celui de lérable à sucre est le plus estimé ; vient ensuite l’agaric de l’érable rouge, puis celui du merisier; enfin, à défaut d’un meilleur substitut de l'amadou, on se contente du champignon qui croît sur le tremble.
Les seuls arbres à verdure persistante dans cette partie du Canada sont ie thuya, l'ifet quelques individus du genre sapin.
. Le thuya est estimé parce qu'il résiste à la pourriture plus longtemps qu'aucun autre arbre ; le bois le plus recherché, ensuite, c’est le pin, qu'on appelle Pérusse, ici, (pruche).
On fait du fromage en maints endroits. Mais celui de l’île d'Orléans est regardé comme le meilleur. Petit, mince, rond de forme et de quatre à la livre de France, il se vend trente sous la douzaine. Une livre de beurre salé coûte dix sous, et la même quantité de beurre frais quinze sous à Québec. Anciennement, on pouvait avoir une livre de beurre pour quatre sous ici.
Les champs labourables vont en pente du côté de la rivière. 1] y en a qui sont en friche, d'autres ensemencés, d'où je conclus que l’on suit le système de faire alterner le friche avec la culture. Les champs ensemencés paraissent jaunes à distance, et ceux en friche, verts,
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