‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 33 sur 52 · MONTMORENCI · texte numérisé non relu

MONTMORENCI

d'épaisseur. Lorsque la pierre reste longtemps exposée au soleil ou à l’action de l'air, elle jaunit, tout en conservant sa couleur grise à l'intérieur. Sa compacité est telle qu'on n'en peut distinguer les particules à l'œil nu. Elle est très molle, et suivant qu'on la peut couper plus ou moins facilement avec un couteau, on la juge plus ou moins bonne pour la fabrication des fourneaux de calumets. Elle se fendille à l'extérieur lorsqu'elle est laissée trop longtemps exposée aux rayons du soleil. Les godets, si chargés de sculptures, des bouffardes des sens du peuple, sont faits avec cette pierre. Une grande partie de la bourgeoisie fume aussi la pipe, surtout en voyage. Les Indiens emploient cette substance pour le même usage depuis des siècles, et ce sont eux qui ont appris aux Européens à s’en servir. Les fourneaux de calumets sont naturellement de couleur grise, mais avant de les étrenner, et pour leur donner meilleure apparence, on les colore par le procédé suivant : après les avoir couverts de graisse, on les tient au-dessus d'une chandelle allumée ou de tout autre feu, et ils ne tardent pas à prendre un beau lustre noir, qui s’augmente par le fréquent usage. Les tuyaux de pipe sont toujours en bois. (1)

Il n'y a pas de mines de houille près de la chûte, ni dans les hautes collines qui l'avoisinent, Les villa-

(1) Partout en Pologne, en Russie, en Turquie, et dans la Tartarie, on fume avec des pipes de pierre marneuse, ajustées à de longs tuyaux en bois généralement faits avec des bourgeons de différentes espèces de spirée dont la moelle est facile à extraire, Cette pierre marneuse s'appelle généralement écume de mer, etelle est très molle, Les Teartares de Ja Crimée lui donnent le nom de Aeffekill, Et comme elle se taille aisément, on sculpte les pipes qui en sont faites de manière à leur donner toutes sortes de formes curieuses. Il n’est pas rare d'en voir montées en argent. (F.)

nm É nn = “

nr.

Du Rs tn

W K Le

| / v &\ Z Y / K 4 REX VZ £ PAS ee Ve" N7 IMAGE EVALUATION LS TEST TARGET (MT-3) | [O ‘12 N25 = 'iL I JL e 120 IL ANS 1uLé.

» AN CAR ZA NN, 7 K LS: © A Ÿ Oÿ, Photographic ARS 7 eus “Er Corporation

EEE

geois m'ont cependant montré un morceau de charbon de terre qui, disaient-ils, avait été trouvé sur l’une de ces collines.

Nous fûmes de retour très tard le soir.

M. Gaulthier m'aflirme que les fièvres intermittentes sont extrémement rares à Québec. Au contraire, elles sont très fréquentes près du Fort St Frédéric et du Fort Détroit, qui est une colonie française, entre le lac Erie et le jac Huron, à 43 degrés de latitude nord.

Les riches propriétaires ont des glacières (Îce-cellars) pour conserver la bière et la viande fraiche, si difficile à garder pendant les grandes chaleurs. Ces glacières sont ordinairement bâties en pierre et dans les celliers des maisons. Pour diminuer le pouvoir d'absorption des murs, on les revêt de planches à l'intérieur. Pendant l'hiver, on remplit ces glacières de neige, que l’on durcit en la battant avec les pieds, et ensuite on la couvre d'eau; puis on ouvre portes et fenêtres pour laisser entrer le froid. On a l'habitude en été de mettre un morceau de glace dans l’eau ou le vin.

Tout le sel en usage ici est importé de France. On pourrait cependant en faire du bon avec l'eau de mer ; mais la métropole se réserve le commerce du sel.

Les Esquimaux forment une espèce particulière de sauvages américains établis sur la terre du Labrador, entre la pointe extérieure de l'embouchure de la Rivière St Laurent et la Baie d'Hudson ; ils n’habitent que les bords de la mer ou, du moins, ils ne s’en éloignent jamais beaucoup. Ilne m'a pas été donné d’en voir aucun,

me vu

j'ai nat

de au pée tan bar mot nes, v'aZ( vive pho pre leur 1 IS boir

habi (1)

CU mp Sauve lun d

compt

langut

rent h

parmi sont 1

langü

rope,

mais j'ai parlé à nombre de Français, qui en avaient vu et reçu à bord de leurs vaisseaux. Voici ce que

j'ai pu recueillir de leurs rapports unanimes sur cette nation :

“ Les Hsquimaux diffèrent entièrement des Indiens de l'Amérique du Nord par rapport à la complexion et au langage. Ils sont presqu'aussi blancs que les Européens ; comme eux, ils ont les yeux petits, et de la barbe, tandis que les Indiens ont le teint cuivré et n'ont pas de barbe, On prétend que leur idiome contient quelques mots des langues de l'Europe (1). Ils habitent des cavernes, des crevasses dans les montagnes, ou des huttes de wazon, Îls ne sèment ni ne plantent de végétaux et ne vivent que de la pêche à la baleine et de la chasse au phoque (2) et au morse (3). Rarement il leur arrive de prendre des animaux de terre et de pouvoir ainsi varier leur nourriture. Ils mangent la viande crue. Pour : isson, ils n'ont que l’eau, et on prétend les avoir vus boire de l’eau de mer, aussi salée que de la saumure.

Leurs chaussures, leurs bas, leurs culottes et leurs habits sont faits de peaux de phoque bien préparées et

eme

(1) Les Pères Moraves, dans le Groënland, étant entrés, une fois, en cmpagnie de Groënlandais, sur la terre du Labrador, les Esquimaux se sauvèrent dès qu'ils les apercurent ; mais les Moraves avant ordonné à l'un des Groënlandais de les rappeler dans son langage, les Esquimaux. comprenant ce qu'il leur disait comme s'ilse fût exprimé dans leur propre langue, s'arrêtèrent immédiatement, revinrent sur leurs pas et se déclarèrent heureux d'avoir retrouvé un compatricte ; le bruit se répandit bientôt parmi eux que l'un des leurs était revenu. Cela prouve que les Esquimaux sont un peuple qui n'a rien de commun avec les nations européennes, la langue groënlandaise n'ayant de similitude avec aucun idiome d'Europe. F,

(2) Phoca Vitulina. Linn.

(3) Trichechus rosmarus, Linn.

cousues ensemble avec des nerfs de baleine qui, bien que ou très forts, peuvent se tordre comme du fil ; et la conture pe de leurs vêtements, qu’ils portent le poil en dehors, est s; ve bien faite qu’ils peuvent marcher dans l’eau jusqu'aux die épaules sans mouiller leurs hardes de dessous, car ils en ba mettent, quoi qu'on dise; mais leurs vestes, et même fin leurs chemises, sont aussi faites avec des peaux de veaux- mil marins, si bien préparées qu’elles ont la mollesse des son tissus les plus fins. pot

il s

J'ai eu l’occasion de voir la toilette d’nne femme x ; cou Esquimaux, comprenant chapeau, veste et robe faits : ENS can d'un seul morceau de peau de phoque bien préparée, ; à : défi douce au toucher et le poil tourné en dehors. La robe

: en ram

courte par devant et n’allant guère qu’au milieu du haut É ; pa aqt de la jambe, s’allonge en traîne par derrière, et recouvre > . . . eg la culotte qui ne fait qu’une seule pièce avec les bottes. son]

La chemise— qu’on m'a montrée—était en peau très fine. Les Esquimaudes (1) sont, dit-on, plus belles que les Indiennes de l'Amérique, aussi y a-t-il plus de maris jaloux au Labrador que chez les peaux-rouges.

une en s seat cand gaie rent en | son]

J'ai vu aussi un bateau esquimaux. (2) L'intérieur en était entièrement fait de peaux épilées soigneusement les côtés où se trouvait le poil tournés en dehors—et aussi douces au toucher que du velin. Le bateau, étroit et très pointu à ses extrémités, avait près de quatorze pieds de long. Deux ou trois planches minces, placées à l'intérieur donnaient de la tournure à l’esquif. Le dessus en étaitentièrement couvert de peaux, à l'exception d'une

La

(1) Certains auteurs français contemporains ont récemment employé ce mot. (M.

(2) Kagack ou Kaïack—nom esquimaux de cette embarcation—ressemble singulièremeut au mot caïc ou caïque, nom que l’on donnait à l’esquif des galères, dans le temps où il existait des galères dans la marine française, (M)

ouverture à l’un des bouts, juste assez large pour qu'une personne puisse s’y asseoir et s’y tenir les jambes à couvert. Ce trou a la forme d’un demi-cercle ; sa base ou diamètre est tourné du côté de l'extrémité la pluslarge du bateau ; il est plaqué en bois et muni d’un tablier en peau fine, enroule, et attaché avec des courroies à son extrémité supérieure. Quand un Esquimaux s’embarque sur son bateau, il commence par glisser ses jambes sous le pont, puis il s’assoit à fond de cale, retire le tablier dont il s'enveloppe tout le corps et le fixe solidement avec ses courroies ; les vagues peuvent passer pardessus son canot sans qu'il y entre une goutte d’eau ; ses vêtements défient l'humidité. Il conduit son vaisseau avec une rame disposée en étroite pagaie à chaque bout et avec laquelle il réussit à tenir son kaiak en équilibre pendant le gros temps. Le bateau ne contient qu’une seule per. sonne, Il n’est pas rare de trouver des Esquimaux à une distance de plusieurs milles en pleine mer voguant en sureté au milieu de violentes tempêtes dont des vaisseaux de haut bord ne se tirent qu'avec peine. Leurs canots flottent sur l’eau comme des vessies et ils les pagaient avec une vitesse incroyable. Ils en ont de différentes formes ; on dit même qu'ils ont de grands bateaux en bois couverts en cuir pouvant contenir plusieurs personnes et avec lesquels ils voyagent avec leurs femmes.

Leurs armes consistent en ares et en flèches, en javelines eten harponsavec lesquelsils tuent des baleineset d’autres grands animaux marins. La pointe de leurs flèches et de leurs harpons est faite d'os, de dents de morse ; quelquefois elle esten fer. Leurs carquois sont en peaux. Les aiguilles dont ils se servent pour coudre leurs vêtements sont pareillement en os ou en fer. Tout le métal qu'ils peuvent se procurer leur vient des Européens.

Page 1