‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 34 sur 52 · M NAS PRET MEURT · texte numérisé non relu

M NAS PRET MEURT

Ils vont à bord des vaisseaux étrangers échanger quelques-uns de leurs produits pour des couteaux ou d’autres objets en fer. Mais il n’est pas prudent pour les Européens de descendre sur le rivage, car les Esquimaux sont traitres et perfides, et ne peuvent souffrir d'étrangers parmi eux. S'ils ne se trouvent pas en nombre, ils se sauvent à l'approche des nouveaux venus; mais pensent-ils être en force, ils tuent, impitoyablement ceux qui leur tombent sous la main, sans en épargner un seul. Aussi, les Européens ont-ils soin de ne laisser monter à bord de leurs vaisseaux qu'un petit nombre d'Esquimaux, à la fois. Quant aux naufragés, autant vaudrait pour eux être ensevelis au fond de la mer que d'être jetés sur les parages habités par ces barbares, Beaucoup trop d'Européens en ont fait la triste expérience. Ils s'emparent immédiatement des navires qui s'échouent sur leurs rivages et les dépècent pour en retirer les clous et tout le métal qu'ils peuvent contenir et qu'ils convertissent en couteaux, en aiguilles eten pointes de flèches, etc. Ils ne font usage du feu que pour travailler le fer et préparer les peaux d'animaux ; quant à leurs aliments, ils les dévorent tout crus. Lorsqu'ils viennent à bord d’un vaisseau européen, ils ne touchent jamais aux mets que les matelots leur offrent, avant de les avoir vus en manger eux-mêmes. Bien que rien ne plaise autant aux autres nations indigènes que l’eau-devie, cependant beaucoup de Français m'ont assuré qu'ils n'ont jamais pu réussir à en faire boire aux Esquimaux, tant est grande leur méfiance à l'égard des étrangers, qu’ils soupçonnent crntinuellement de vouloir les empoisonner ou leur causer suelque mal ; et en cela, ils n’ont peut-être pas toujours tort. Ils ne portent pas de pendants-d’oreilles et ne se peignent pas la figure comme les Indiens d'Amérique. Depuis des siècles, ils ont une race de

chiens dont les oreilles sont naturellement droites et ne pendent jamais (1). Ils s’en servent pour la chasse ct comme bêtes de trait, l'hiver, pour le transport de leurs pacotilles sur la giace, et quelquefois aussi pour se promener en trainaux. Ils n'ont pas d'autre animal domestique. Bien qu'il y ait beaucoup de rennes dans leur pays, il ne paraît pas que les Esquimaux, ni aucune autre tribu sauvage de l'Amérique aient réussi à les apprivoiser. Les Français du Canada, qui, en quelque sorte, sont les voisins des Esquimaux, ont fait l'impossible pour ouvrir des rapports de commerce avec eux et leur inspirer des dispositions plus amicales envers les autres nations. Dans ce but, ils ont pris des enfants Esquimaux, leur ont appris à lire et les ont instruits de leur mieux. Leur intention était de renvoyer ces enfants dans leur pays, espérant, par les bons rapports qu'ils ne manqueraient pas de faire des traitements qu'ils avaient reçus, arriver à se concilier les Esquimaux. Malheureusement, ils moururent de la petite vérole et le plan échoua. Mais l'on doute beaucoup ici que l'expérience eût réussi, même dans le cas où les enfants auraient vécu. En effet, on raconte l'histoire d'un Esquimaux qui, pris autrefois par les Français et emmené au Canada, y a vécu pendant longtemps, toujours traité avec la plus grande bonté. Il apprit le français et sembla se faire merveilleusement bien'à la manière de vivre des Français. Lorsqu'on le rendit à ses compatriotes, on espérait qu'il pourrait exercer sur eux assez d'influence pour leur inspirer de meilleurs sentiments à l'égard de ses anciens maîtres. Mais il fut tué par ses proches parents comme à demi Françaiset étranger. Aussi,

(li M. l'abbé Ferland a fait une description aussi intéressante que bien écrite du chion Esqimaux dans le récit de sa Mission au Labrador. (M.)

la barbarie des Esquimaux est-elle cause que les Indiens de l'Amérique du Nord ne leur font jamais quartier dans

leurs rencontres avec eux; ils les tuent sans miséri-

corde, bien qu'ils pardonnent fréquemment à leurs | autres prisonniers et les incorporent dans leur nation. :

Ë Pour l'avantage des philologues curieux de comparer tot : entre eux les langages des différents peuples, j'insère ici na quelques mots esquimaux que m'a communiqués le il jésuite Saint Pie: Un, kombuc; deux, tigal; trois, ké ; ter quatre, missilagat ; eau, sillalokto ; pluie, illaluck ; ciel, lu taktuck où nabkrakshe ; le soleil, shikonak où sakaknuk ; à s la lune, akock ; un œuf, manneguk ; le bateau, kagack ; lio la rame, pacotick ; le couteau, shavié ; un chien, mekké ou rai timilok ; l'arc, petiksick ; une flèche, katso ; la tête, niakoch; de l'oreille, {chiu ; l'œil, killik ou shik : les cheveux, nutshad : qu une dent, wkak ; le pied, ilikal. Il y a des savants qui tri prennent les Esquimaux pour proches parents des de Groënlandais ou Skralingers, et prétendent qu'il y à d’e entre eux une grande afliuité de langage. (1) vu Diflérentes espèces de pruniers, importés de France, +

réussissent très bien, ici. Cette année, ils ne font que

commencer à fleurir. Plusieurs de ces arbres fruitiers — ont fort bonne apparence et l’on m'assure que le froid ( de l'hiver ne leur est pas dommageable, ele val 11 SEPTEMBRE. livr de | Le marquis de la Galissonnière est, ici, l’un de trois esc gentilshommes, qui, pardessus tous autres, se sont acquis M. (1) On peut comparer ce que M. Kalm rapporte des Esquimaux avec ui Henry Ellis's Account of à Voyage to Hudson's Bay, by the Dobbs Galley F and California, &c., et The Account of a Voyage Jor the Discovery of a ] North- West passage by Hudson's Streights, by the Clerk of the California, avi

? vol. 8vo, et enfin ayec Crantz's Historu of Greentand, ? vols, 8vo, F,

une haute estime dans l’amirauté française pendant la dernière guerre. Je parle des marquis de la Galisonnière, de la Jonquière et de l'Etendue.(1) Le premier, âgé d'environ cinquante ans, est un homme de petite stature, à la taille un peu déformée, et d'un extérieur agréable; son savoir est vraiment étonnant et s'étend à toutes les branches de la science, surtout à l’histoire naturelle, dans laquelle il est si bien versé, que vuand il commença à discourir sur cette matière, je c'us entendre un autre Linné. M'entretenant avec lui de l'utilité de l'histoire naturelle, de la meilleure méthode à suivre pour l'apprendre et l'employer ensuite à améliorer l’état d’un pays, je fus étonné de le voir tirer ses raisons de la politique, aussi bien que de la philosophie, des mathématiques et d’autres sciences. Je confesse que mes conversations avec ce gentilhomme m'ont été très instructives et que j'en ai toujours tiré beaucoup de notions utiles. Il m'a indiqué plusieurs moyens

d'employer l’histoire naturelle à des fins politiques en vue de rendre un pays assez puissant pour humilier ses voisins envieux. Un plus grand protecteur de la science n’a jamais existé et n’existera peut-être jamais en Canada.

(l) Lisez de l'Estanduère. C'est sous les ordres de cet officier distingué et de M. Des Herbiers que’ l’année suivante (1750) une escadre de huit vaisseaux du roi soutint héroïquement un combat naval acharné que lui livra, à 90 lieues du cap Finistère, le vice-amiral Hawke avec 14 vaisseaux de ligne, et réussit à sauver une flotte de 252 navires marchands qu’elle escortait. Le comte de Vaudreuil, qui commandait /’/ntrépide, se distingua grandement dans ce combat et reçut une lettre de félicitations de M. de l'Estanduère, La frégate le Castor, qui faisait partie de cette escadre, avait été lancée aux chantiers du roi, à Québec.

Ferland, Cours d'Histoire, vol. II, p. 498.

En 1735, l'Estanduère, alors commandant du vaisseau du roile Rubis, avait ramené Mgr, Dosquet en France, (M.

I ne fut pas plus tôt installé dans sa charge de gouverneur-général, qu'il combina cette série de mesures pour obtenir des informations sur l'histoire naturelle, que j'ai mentionnées plus haut. Lui arrive-t-il de voir des gens qui ont séjourné dans quelqu'un des établissements les plus éloignés du pays, ou les ont parcourus, il ne manque jamais de les questionner sur les arbres, les plantes, le sol, les pierres, les minéraux de ces localités. Il s'informe . également de l'usage que les habitants font de ces choses, de leurs méthodes de culture, des lacs, rivières ou passages de ces pays, et de nombre d'autres détails. Ceux qui paraissent avoir des notions plus claires que les autres, il ne les laisse partir qu'après en avoir obtenu une description circonstanciée de ce qu'ils ont vu, Il prend note de toutes ces informations, en rédige lui-même des rapports, et grâce à cette grande application si peu commune chez les personnes de son rang, il s'est bientôt acquis une connaissance parfaite des parties les plus éloignées de l'Amérique. Les prêtres et les commandants des forts qui se rencontrent chez lui, en visite, à leur retour de contrées quelquefois très distantes les unes des autres, sont surpris des questions qu'il leur pose

et émerveillés de le voir si bien renseigné; il n’est en pas rare qu'ii leur dise que près de telle montagne ou po tel rivage où ils sont allés souvent faire la chasse, il les y a telle plante particulière, des arbres de teile espèce, po que le sol est de telle ou telle qualité, qu’on y trouve un se certain minéral ; or toutes ces informations dont l’exacti- po

tude étonne les voyageurs, il les a obtenues d'avance. Mais quelques-uns de ses administrés, qui ne sont pas dans le secret, l’entendant faire une description de toutes les curiosités de lieux situés quelquefois à deux cents fut milles suédois de Québec, et où il n’a jamais mis le pied, Ua croient qu'il a une connaissance surnaturelle des choses.

Il n'y a jamais eu un meilleur homme d'état que lui, et personne ne peut prendre des mesures plus judicieuses et choisir des moyens plus efficaces pour l'amélioration d'un pays et l'accroissement de sa prospérité, Le Canada avait à peine eu le temps de connaître le trésor qu'il possédait en la personne de ce gentilhomme, qu'il eût le malheur de le perdre; le roi avait besoin de ses services et ne pouvait le laisser en pays si éloigné. Il est retourné en France avec une collection de curiosités naturelles et une quantité de plantes et (le jeunes arbres empotés dans des vaisseaux remplis de terre, (1)

J'ai parlé bien souvent du schiste calcaire noir, dans cette relation de mon voyage. Je vais maintenant en donner une description plus minutieuse, La montagne sur laquelle Québec est bâti, et les collines qui bordent la rivière St Laurent, sur une étendue de plusieurs milles des deux côtés de Québec, sont composées de cette espèce de schiste argileux. A la profondeur d’une verge, la pierre est très compacte et sans crevasses, de sorte que l'on ne peut s'apercevoir, à première vue, que c’est une ardoise, les molécules en étant imperceptibles. Elle git en couches qui varient de trois à quatre et jusqu'à vingt pouces et plus d'épaisseur. Dans les montagnes sur lesquelles Québec est assis, les couches ne sont pas disposées horizontalement, mais en pente avec tendance à se rapprocher de la ligne verticale, les surfaces de dessus pointant vers le Nord-Ouest et celles de dessous vers le

(1j Rolaud M. Barrin, marquis de la Galissonnière, lieutenant-général des armées navales de France et associé libre de l'Académie des Sciences, fut nommé gouverneur du Canada en 1745 etoccupa cette charge de 1747 à 1549, En 1756, il commandait l’escadre destinée à protéger le débarquement de 12,000 hommes pour l'attaque de Minorque et battit la flotte anglaise aux ordres de l’amiral John Byng. (M.)

Sud-Est, On peut remarquer cette disposition dans les rues mêmes de la ville où, à tout moment, on est exposé

à voir sa chaussure coupée par l'arèête tranchante d’un de ". ses lits de pierre qui perce la croûte du sol. J'ai observé d' quelquefois l'inclinaison vers le nord mais avec tendance ; vers la ligne verticale et aussi, mais plus rarement, l'incli- ‘ naison horizontale. Les lits sont divisés par desgrevasses ds étroites généralement remplies d'un gypse blanc fibreux d' qui se désagrège facilement avec un couteau lors- . que la pierre est cassée de manière à le laisser décou- a vert et alors il a l’apparance d'un mince feuillet blanc.

Les crevasses larges sont remplies de cristaux de quartz de transparent de différentes grandeurs. Une partie de la a montagne en contient des quantités considérables d’où qt vient le nom de Pointe de Diamant donné à l’une de ses / fai crêtes, celle qui s'élève au $.$S. E. du Palais. Les petites dy

crevasses qui divisent la pierre sont généralement à angles droits, mais les distances entre elles ne sont pas toujours égales, La surface des couches entre chaque assise est souvent couverte d'une fine membrane noire et brillante qui a l'apparence d’une espèce de pierre de corne (1) pyriteuse. On y rencontre quelquefois des pyrites jaunes, mais toujours en petits grains. Je n’y ai jamais trouvé de pétrifications, ni d’impressions, ni aucune espèce de roche autre que celle que je viens de décrire. Presque tous les édifices publics et privés de Québec sont construits avec cette pierre schisteuse, ainsi que les murs qui entourent la ville et enclosent les monastères et les couvents. Elle se casse facilement, et on la peut tailler de la grandeur voulue. Mais après une année ou deux d'exposition à l'air et au soleil, elle a le défaut de se fendre en minces feuillets parallèlement à

(1) Amphibole néenne, (M.)

noire ou hornblende, dite aussi amphibole cor- él.

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la surface du lit d'où elle a été tirée. Cependant, cela n'endommage pas les murs qui en sont construits, parce qu'on a le soin de placer les pierres dans une position telle que le clivage suit toujours une ligne horizontale, La pression des pierres de dessus sur les pierres de dessous empêche les fentes de se produire ailleurs que sur la surface extérieure, et l'intérieur de la pierre reste compacte. Les feuillets deviennent plus minces à mesure que la maison vie".

Afin de donner à mes lecteurs une idée du climat de Québec, et des variations de la chaleur et du froid dans les différentes saisons de l’année, j'insère ici quelques notes extraites d'observations météorologiques, faites par M. Gaulthier, médecin du roi. Il m'a donné une copie de celles qu'il a consignées depuis Octobre 1744 à la fin de Septembre 1746. J'omets ses observations thermométriques, ne les croyant pas correctes. M. Gaulthier se sert du thermomètre de La Hire ; or, cet instrument ne peut déterminer exactement les degrés du froid, parceque le mercure reste comprimé dans la boule qui termine la partie inférieure du tube dès que le froid devient intense. M. Gaulthier a fait ces observations pendant tout le cours de l’année entre sept et huit heures du matin et deux ou trois heures de l'après-midi, rarement plus tard dans la journée. D'ailleurs, son thermomètre ne pouvait lui donner des indications exactes, parce qu'il ne l'avait pas bien placé.

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