ENTRE QUÉBEC ET TROIS-RIVIÈRES
Nous passâmes la nuit dans une ferme près de la rivière appelée Petite-Rivière qui se jette dans le St Laurent; on estime que cet endroit est à 16 milles français de Québec et à dix des Trois-Rivières, La marée est encore considérable ici. À partir de ce point, les collines qui bordent le fleuve ne sont plus que des buttes de terre végétale; le règne du schiste calcaire noir a cessé.
Des lampyres, en nombre peu considérable, jettent dans les bois leurs lueurs éphémères, Ces insectes portent, ici, le nom de mouches-à-feu.
Toutes les maisons, dans ce voisinage, sont en bois et divisées en chambres assez larges. Les plafonds reposent sur deux, trois ou quatre poutrelles, suivant la grandeur des diverses pièces. Les interstices sont remplis avec de la terre glaise au lieu de mousse. Des chassis de papier éclairent la maison. La cheminée occupe le milieu de la chambre et la sépare en deux parties, dont celle qui fait face au foyer est la cuisine, et celle qui est en arrière sert, en même temps, de chambre à coucher et de salon de compagnie. Parfois, il y a un poële en fonte derrière la cheminée.
Près de Champlain, à environ cinq milles français de Trois-Rivières, le fleuve coule au pied de collines de terre sablonneuse jaune ou couleur d’ocre, et assez escarpées. Leurs flancs sont sillonnés de petits ruisseaux dont l’eau est généralement remplie d'ocre jaune, ce qui est un indice que ce sol aréneux contient, en grande quantité, le même fer que celui que l’on exploite à Trois-Rivières. On ne peut s'imaginer où tous ces
petits filets d'eau prennent leur source, le terrain audessus étant bas et exccssivement aride en été. À partir de la rivière, il peut y avoir environ un mille anglais de terre cultivée sur la profondeur ; mais plus loin, il n’y a plus que la foxèt épaisse et des terrains bas. L'eau ne s'évaporant que difficilement dans les bois qui, pour cette raison, sont toujours humides, est forcée de se frayer un chemin souterrain jusqu'à la rivière. Les bords du fleuve sont couverts d’une grande quantité de sable ferrugineux.
Vers le soir, nous arrivâmes à Trois-Rivières, où nous ne restâmes que juste le temps de délivrer les lettres que nous avions apportées avec nous de Québec. Après quoi, nous fimes encore un mille français avant de prendre nos quartiers pour la nuit.
J'ai vu, cette après-midi, trois vieillards. L'un est un jésuite appelé le Père Joseph Aubery, qui a desservi, comme missionnaire, les Indiens convertis de St François, Il finit, cet été, sa cinquantième année de prétrise, et retourne à Québec, encore vert et plein de santé, pour renouveler ses vœux. Les deux autres vieillards sont notre hôte et sa femme ; le mari a quatre-vingts ans, et sa digne moitié n’est pas beaucoup plus jeune que lui. I y a cinquante-un ans qu'ils sont mariés. L'année dernière, après ce demi-siècle d'union, les fidèles époux allèrent à l'Eglise ensemble remercier le Dieu Tout- Puissant des grâces dont il les avait comblés. Ils sont encore vigoureux, contents, joyeux et causeurs ; le vieux dit qu'il était à Québec en 1690, lorsque les Anglais ont assiégé la ville ; et qu’il se rappelle d’avoir vu l’évêque parcourant les rues, vêtu de ses habits pontificaux, sabre en main, pour relever le courage des soldats.
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Ce vieillard croit que l'hiver était jadis bien plus froid qu'aujourd'hui, et que dans sa jeunesse il tombait une plus grande quantité de neige que maintenant. Il se souvient du temps où la gelée détruisait les citrouilles, les concombres, etc., au milieu de l'été, et il assure que cette saison est aujourd’hui plus chaude qu'autrefois. Il ajoute qu'il y a environ trente et quelques années, il ne peut particulariser davantage, l'hiver fut si rigoureux que beaucoup d'oiseaux périrent. Tout le monde admet que les étés de 1748 et 1749 ont été les plus tempérés que le Canada aient eus depuis des années.
On dit que le sol est fertile parce que le blé rapporte neuf ou dix grains pour un semé. Mais le vieillard assure que, dans son jeune temps, la terre neuve avait une telle puissance de fécondité qu'elle rendait partout vingt-quatre grains pour un. On ne sème pas beaucoup de seigle ici, ni d'orge, sauf ce qu'il en faut pour la nourriture des animaux. Cependant, lorsque la récolte est mauvaise, on se rejette sur le pain d'orge, non sans rechigner un peu.
Ce matin, nons nous levâmes de bonne heure et nous poursuivimes notre route. Après avoir fait environ deux milles français, nous entrâmes dans le lac St Pierre, que nous traversâmes. Je remarquai, se balançant à la surface des eaux, plusieurs plantes qui sont communes dans nos lacs de Suède. La glace qui recouvre le lac St Pierre est, dit-on, assez forte tous les hivers pour supporter le poids de cent chevaux pesamment chargés, marchant réunis en troupe serrée,
Sur les herbes que nous arrachâmes de temps à autre, nous avons constaté la présence d'une écrevisse ou
RE Re | pe RE RÉ Ent — 2e 75 —
homard de rivière, ressernblant quelque peu à un crabe, mais beaucoup plus petite ; elle n’a guère plus de deux lignes géométriques de long, et sa grosseur est en proportion de sa longueur ; elle est de couleur blanc gris pâle.
La Pontédérie à feuilles cordiformes (1) croit en abondance sur les côtés d'un canal long et étroit, formé par des îlots rapprochés les uns des autres; je remarquai aussi des nénuphars blancs ou lis d'étang, (2) absolument semblables aux nôtres. Des cochons en grand nombre qui se sont aventurés dans cette espèce de détroit, à la recherche de racines dont ils font leurs délices, plongent à qui mieux mieux, afin de pouvoir les déterrer plus facilemant.
A la sortie du lac St Picrre, le regard se repose avec satisfaction sur un paysage des plus ravissants. Les îles et la terre de chaque côté du fleuve jusqu’à Montréal paraissent comme une longue suite de jardins.
Devant chaque maison, il y a, retenu à la grève, un petit canot propre, bien construit, et de forme élégante, J'en ai vu un qui était fait d'écorce.
Nous reprimes notre course au lever du soleil. Mais comme nous avions à lutter contre le courant, nous fûmes contraints de faire reläche plus d’une fois pour permettre à nos rameurs d'aller prendre un peu de repos sur le rivage.
(1) Pontederia cordata. Linn. (Pontédériacées), fleurs aquatiques assez semblables aux Narcisses. (M.)
(?) Nymphaeae. (Nymphéacées\, plantes aqualiques qui se fixent au sol par un rhizome épais et féculent. (M,
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[ était quatre heures de l'après-midi quand nous arrivâmes à Montréal. Notre voyage a été considéré comme très heureux ; en effet, la violence du courant est telle que pour peu que nous eussions eu des vents contraires, nous aurions pu être retenus quatorze jours en route,
Plusieurs habitants de la ville ont fait venir des vignes de France et les ont plantées dans leurs jardins. Il y a deux sortes de raisins, l'un d’un vert pâle ou presque blanc, et l'autre rouge foncé.
Le premier produit le vin blanc et le second le vin rouge. En hiver, on recouvre les racines de fumier afin d'empêcher le froid de détruire les ceps. Les raisins commencent maintenant à mürir, les blancs sont un peu plus
précoces que les rouges. On n'en fait pas de vin ici, cela n’en vaudrait pas la peine, mais on les passe en grappes au dessert. Il parait que les raisins dégenèrent en Canada.
Le melon d'eau (1) est beaucoup cultivé dans les colonies anglaises et françaises de l'Amérique. A peine y a-t-il un paysan qui n'ait son champ planté de pastèques. Dans le voisinage des villes, surtout, on s'efforce d'obtenir des produits en ce genre aussi nombreux que possible ; les melons d’eau sont très rares dans la partie nord du Canada. Les Indiens en plantent de grandes quantités maintenant. Mais il est diffcile de déterminer s'ils le faisaient autrefois. Un vieux sauvage Onidoe (des six nations Iroquoises) m'a assuré
(1) Cucurbita Citrullus. Linn. Pastèque, Samarha des Indiens, (M.)
que les Indiens ne connaissaient pas les pastèques, avant l'arrivée des Européens. Les Français, de leur côté, affirment que les Indiens Illinois avaient ce fruit en abondance quand ils pénétrèrent dans leur pays pour la première fois et que ces aborigènes prétendirent en connaître la culture de temps immémorial. Il ne me souvient pas cependant d’avoir lu que les Européens qui vinrent les premiers, en Amérique, aient fait mention du melon d’eau, en parlant de la nourriture des Indiens à cette époque. On peut juger de l'intensité de la chaleur, en été, dans ces parties de l'Amérique que j'ai parcourues quand on considère que, là, il n'est pas nécessaire de semer les graines de la pastèque dans des couches chaudes, pour en hâter la germination ; on les jette en pleine terre au printemps sans même se donner la peine de les recouvrir et le fruit mürit à temps. Il y a deux espèces de melons d’eau, celle à pulpe rouge et celle à pulpe blanche. La première est plus commune au sud, chez les Illinois et dans les colonies anglaises, la seconde est plus abondante en Canada. On en fait le semis au printemps, après que le froid est entièrement disparu, dans une terre bien riche en ayant le soin de mettre les graines à quelque distance les unes des autres ; parceque les tiges de cette plante s'étendent beaucoup et demandent d'autant plus de place qu'elles rapportent plus de fruits. Les melons d'eau sont mûrs maintenan: à Montréal, mais dans les colonies anglaises ils viennent à maturité en juillet et août. Au reste, il leur faut moins de temps pour arriver à leur entier développement qu'au melon commun. Dans les colonies anglaises, ils ont généralement une saveur plus agréable qu’en Canada. Cette différence est peut-être due à ce que dans ces pays, il fait plus chaud qu'ici. Cependant les melons d’eau de Ja province de New-York sont reputés les meilleurs,
La chair sucrée et juteuse de la pastèque en fait un aliment aussi agréoble que rafraïchissant. Il n'y a pas d'exemple en Canada, à Albany ou en d’autres parties de New York, d'indispositions causées par l'abus du melon d'eau; méme, les malades en mangent souvent. Cependant, pins au sud, on pense que ce fruit, pris avec excès, peut causer des fièvres intermittentes et d'autres incommodités, surtout aux personnes qui, d'ordinaire, n'en font pas un grand usage. Plusieurs Français m'ont assuré que les natifs du Canada, qui vont aux Illinois, sont sujets à prendre la fièvre, lorsqu'ils se laissent aller à leur friandise pour les pastèques. C’est si bien le cas, que les Illinois conseillent aux Français de s'abstenir d'un fruit si dangereux pour eux. Ils sont eux-mêmes sujets a être attaqués par la fièvre quand ils se rafrai. chissent l'estomac trop souvent avec du melon d'eau, En Canada, on garde ce fruit dans une chambre peu chauflée et ainsi on le conserve frais deux mois après sa maturité, mais il faut avoir soin que la gelée ne l'atteigne pas. Dans les plantations anglaises, on les garde pareillement dans des caves sèches pendant une partie de l'hiver. On prétend que le melon d’eau se conserve supérieurement lorsqu'aprèsl’avoir séparé avec précaution de la tige qui le portait,on en brule le pédoncule avec un fer chaud ; il paraît qu’ensuite on le peut garder jusqu'à Noël et même plus tard. En Pensylvanie, on dépose soigneusement les melons avec leurs tiges au fond de trous creusés dans de la terre sèche et sablonneuse et par ce moyen on les conserve très frais pendant une grande partie de l'hiver. C’est le petit nombre, au reste, qui se donne toute cette peine, pour avoir le plaisir de manger un fruit rafraichissant pendant une saison qui est déjà assez froide par elle-même. Le concombre est regardé comme encore plus rafraichissant que le melon
d’eau, et on sait que c’est un très puissent diurétique, Les Iroquois l’appellent Onoheserakatee.
Les courges de toutessortes,oblongues, rondes, platesou comprimées, à cou croche, petites, etc. sont plantées dans toutes les colonies anglaises et françaises. En Canada, elles remplissent, avec les oignons, la plus grande partie des jardins potagers des cultivateurs. Chaque fermier, dans les plantations anglaises, a son champ de citrouilles ; ilen est de même des Allemands, des Suédois, des Hollandais et des autres colons européens, Elles forment une partie considérable de la nourriture des Indiens ; cependant ils cultivent de préférence la courge plate (squash, cucurbita lalior) et prétendent qu'ils la connaissaient bien longtemps avant la découverte de l'Amérique; ce qui est confirmé, d’ailleurs, par les rapports des premiers Européens qui vinrent dans ces contrées; en effet, ils mentionnent, dans leurs relations de voyage, la courge, comme constituant le fond de la nourriture des Indiens. Les Français lui donnent ici le nom de citrouille et les Anglais des colonies celui de pumpkin (en français, potiron.) On la plante au printemps, quand la gelée n’est plus à craindre, dans un champ enclos et un sol riche. Fréquemment aussi, on la force en couches chaudes. En Canada, elle mürit au commencement de septembre ; plus au sud, elle arrive à maturité à la fin de juillet. Aussitôt que la saison froide commence, on cueille tous les potirons qui restent attachés aux tiges, mürs ou non, et on les étend sur le plancher dans un coin de la maison. Si on a le soin de ne pas les mettre les uns sur les autres, ceux qui n'étaient pas encore mürs le deviennent parfaitement. Cela se fait autour de Montréal vers la mi-septembre, mais en lensylvanie j'ai vu des courges dans les champs aussi tard que le 19 d'octobre. Elles
ue,
se gardent pendant plusieurs mois et meme tout l'hiver dans des caves sèches (dans des caves humides elles pourriraient de suite) où le froid ne peut pénétrer, et mieux encore dans des chambres légèrement chauflées de temps en temps, juste assez pour empécher le froid d'endommager le fruit.
Le potiron se prépare de diflérentes manières. Les Indiens le font bouillir tout rond ou rôtir dans la cendre et le mangent ainsi, ou vont le vendre tout cuit dans les villes, et vraiment, le potiron rôti a un goût excellent. Les Français et les Anglais le coupent par tranches qu'ils font rôtir devant le feu et saupoudrent ensuite de sucre, Une aütre manière, c’est de couper en deux les citrouilles, d’en enlever toutes les graines, remettre les deux moitiés ensemble et les faire rôtir dans un four. Quand elles sont cuites à point, or les retire du four et pendant qu’elles sont encore brülantes on y met du beurre qui, s’imbibant dans la pulpe spongieuse, la rend très savoureuse. Elles se mangent, aussi, bouillies à l'eau, soit seules ou avec de la viande. Quelques ménasères en font un léger potage en en macérant la pulpe après qu'elle a bouilli, et en la remettant bouillir de nouveau dans un peu de son eau, et beaucoup de lait, brassant tout le temps. Ou bien, on fait des gateaux, des puddings et des tartres avec la pulpe pilée et pétrie dans de la farine de mais. Les Indiens ont une manière de conserver les courges pendant très longtemps, c’est de les couper en longues tranches qu'ils attachent ou entortillent ensemble et font sécher au soleil ou devant un feu dans une chambre. Après cette dessication, elles se peuvent garder pendant des années, et bouillies, elles sont un mets délicieux. Les Indiens les préparent, ainsi, à domicile ou en voyage et les Européens leur ont emprunté cette recette, Quelquefois, ies sauvages ne
NEPTEMBRE 1749,
prennent pas le temps de les faire bouillir, mais ils les mangent sèches avec du bœuf qui a passé par le même procédé de dessication ou d'autre viande, et j'avoue qu'un
estomac affamé s’en accommode fort bien.
A Montréal, on a une manière de confire les citrouilles : on les coupe en quatre morceaux, on les pèle et l'on en
enlève les graines.
La pulpe est mise dans un pot avec
de l'eau très chaude, et on l'y laisse bouillir pendant quatre ou six minutes, puis on la jette dans une passoire où elle reste jusqu'au lendemain, afin que toute l’eau s'écoule; alors, on y ajoute clous de girofle, cannelle et de la pelure d’orange, et on la confit dans autant de sirop qu'il y a de pulpe, puis on fait bouillir le tout jusqu’à l'absorption complète du sirop et l'entière dispa-
rition d2 la couleur blanche de la pulpe.
La récolte du gYain cette année en Canada est regar-
dée comme la plus belle qui s’y soit jamais faite.
Dans
la province de New York, au contraire, elle à été très
pauvre.
L'automne, ici, est splendide,
Les Français, en Canada, font un grand trafic avec les Indiens, et -quoique ce fut autrefois le seul commerce de ce vaste pays,'cependant ses habitants en ont tiré des
bénéfices considérables.
Aujourd'hui, les échanges ne
se font plus seulement sur les produits que les Indiens apportent avec eux, mais sur nombre d'articles qu'on
va chercher chez eux.
Les sauvages des pays environ-
nants, dans leurs parties de chasse, arrêtent bien dans les villes françaises pour y vendre leurs pelleteries,
mais cela ne suffit pas. Les Indiens établis au loin ne
les me un
les :
en ec lant oire eau > et ; de tout Spa-
gar- Dans très
viennent jamais au Canada; et de crainte qu’ils ne portent leurs produits aux Anglais, comme ces derniers vont chez eux, les Français se voient obligés de les imiter et ils entreprennent de longs voyages pour acheter, sur place, les produits indiens. Montréal est l'entrepôt principal de ce commerce et un grand nombre d'aventuriers jeunes et vieux font chaque année de lointaines et pénibles courses dans ce but, apportant avec eux les marchandises qu'ils savent être au goût des Indiens ou en demande dans leurs bourgades. Pas n’est besoin d'argent pour faire ces voyages, les sauvages ne l'apprécient pas, et je crois vraiment que beaucoup de ces hardis coureurs des bois se mettent en route sans avoir un sou en poche.
Je vais maintenant donner une liste des principaux articles que les Français apportent avec eux pour ce commerce, et qui sont d’un débit facile parmi les Indiens.
Mousquets, poudre, plomb et balles. Depuis que les Européens ont appris à leurs voisins Indiens l'usage des armes à feu, ceux-ci ont laissé de côté leurs arcs et leurs flèches pour le mousquet. Aujourd’hui, si on refusait de leur vendre des fusils, ils mourraient de faim, parce qu'ils ne se nourrissent presque entièrement que de la chair des animaux qu’ils tuent à la chasse, et ils s'irriteraient contre les Européens jusqu'à les attaquer. Les sauvages n'ont jamais essayé de fabriquer des armes à feu, et leur indolence est telle qu'ils ne s’aviseraient pas même de réparer celles qu'ils ont pu se procurer. Ils dépendent entièrement des Européens à cet égard. Les premiers blancs qui vinrent dans l'Amérique du Nord se gardèrent bien de fournir des armes à feu aux sauvages, Mais dans les guerres entre les Français et les
Anglais, chaque nation en donna à ses alliés Indiens pour affaiblir ses ennemis. Les Français jettent le blâme sur les colons hollandais d'Albany, les accusant d'avoir commencé en 1642 à donner des armes à feu à leurs auxiliaires sauvages, et de leur en avoir enseigné l'usage, dans le but d’affaiblir les Français. Les habitants d’Albany, au contraire, affirment que ce sont les Français qui ont introduit cette coutume, et qu'ils l'ont fait parce qu'ils se seraient trouvés trop peu nombreux pour pouvoir résister aux forces réunies des Hollandais et des Anglais dans les colonies. Quoiqu'il en soit, il cst certain que les Indiens achètent des mousquets des Européens, et souvent savent mieux s’en servir que bon nombre de leurs maîtres. Ce commerce d’armes à feu et de munitions doit rapporter des profits considérables.
Drap blanc en coupons et drap commun en pièces.—L'Tndien porte constamment un morceau d’étoffe sur sa per. sonne, soit qu’il le laisse pendre sur son épaule ou le roule en ceinture autour de son corps durant les chaleurs, ou qu'il s'en couvre la tête pendant l'hiver. Cet usage est commun aux hommes et aux femmes, et le drap dont ils se servent est bordé généralement de plusieurs bandes bleues ou rouges.
Drap bleu ou rouge, avec lequel les Indiennes font leurs jupons qui, entre parenthèse, s'arrêtent à la hauteur du genou. Le bleu est leur couleur favorite.
Chemises de loile—Dès qu'un Indien, homme ou fem: me, a passé une chemise, il la garde sur lui jusqu'à ce qu’elle soit entièrement usée ; de lavage, point.
Morceaux d'étoffe, avec lesquels ils s’enveloppent les pieds au lieu de bas, comme les Russes.
liens it Île isant à feu >igné aabiit les l'ont Dreux ndais soit, il s des e bon à feu ables.
-L'Ina perou le cha-
Cet
u'à ce
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Hachettes, couteaux, ciseaux, aiguilles et briquets.—Tous ces instruments sont maintenant communs chez les Indiens, et leur viennent des Européens; ils reconnaissent volontiers que les hachettes et les couteaux sont supérieurs à ceux qu'ils faisaient, autrefois, avec de la pierre et des os. Les hachettes de pierre des anciens Indiens sont très rares en Canada.
Chaudières de cuivre ou d'airain étamées.—Les Indiens font cuire, maintenant, tous leurs aliments dans ces vaisseaux, qui sont en grande demande chez eux. Autrefois, ils se servaient de pots de terre ou de bois ; ils les remplissaient d’eau et y mettaient tout ce qu'ils voulaient faire bouillir, ensuite, ils produisaient l’ébullition en y jetant des pierres rougies au feu. Quant aux chaudrons de fer, impossible de leur en vendre, ils les trouvent trop lourds à porter, et c’est une considération, pour des gens qui voyagent continuellement. D'ailleurs, des vaisseaux en fer ne résisteraient pas aux chütes et à mille autres accidents auxquels leurs chaudières sont constamment exposées.
Pendants doreilles de différentes grandeurs, communé:ment en cuivre et quelquefois en étain; hommes et femmes en portent, mais l'usage n’en est pas général.
Vermillon, avec lequel les Indiens se peignent la figure et différentesautres parties du corps, et teignent leurs chemises. Ils se servaient autrefois d'une terre rougeâtre assez commune dans le pays, mais les Européens s'étant avisés de leur offrir du vermillon, ils l'ont adopté de suite et trouvent qu'aucune couleur n'est comparable à celle de ce minéral. Je tiens de plusieurs personnes, qui prétendent le tenir de leurs pères, que les premiers colons français recevaient un grand monceau de fourru-
res pour trois fois autant de cinabre qu’en tiendrait la
pointe d'un couteau. de : ; pi Vert-de-gris, pour se peindre la figure en vert. Quand “
les sauvages veulent se noircir la face, ils n'ont qu'à se
barbouiller avec la suie de leurs chaudrons. . Miroirs.—Les Indiens affectionnent beaucoup cet Li objet de toilette qui leur est utile surtout lorsqu'ils veuient se peindre la figure. Aussi les hommes en por- po tent-ils toujours un sur eux dans leurs voyages. Chose me curieus?, les femmes aiment moins la parure que leurs | maris et n’achètent pas de miroirs.
de:
Miroirs ardents.—Il n'y a rien que les sauvages appré- ch cient autant que cet instrument qui leur sert à allumer vis
la pipe sans aucun trouble, ce qui n’est pas un petit mérite aux yeux de l'indolent Indien.
Tabac.—Les Indiens du Nord sont les seuls qui achèsi tent le tabac, parce que leur pays n’en produit point, et | par conséquent, il est en grande demande chez eux. #1 Quant à ceux du Sud, ils en plantent autant qu’il leur en faut, pour leur propre consommation. On a remarqué que les Indiens du Nord fument plus que les autres,
Wampums, qu'on appelle porcelaines ici, petits grains de forme cylindrique faits avec une espèce d’écaille et dont les Indiens se servent en guise de monnaie et comme ornement.
Verroteries ou petits grains de verre de couleur blanche ou bleue avec lesquels les Indiennes ornent les sacs à tabac, les rubans et les vêtements.
Fil de laiton ou d'acier, qui leur sert à différents usages,
MONTRÉAT,. 209
ÆEau-de-vie, que les Indiens estiment au-dessus de toute autre marchandise qu'on peut leur apporter; pour se procurer cette liqueur, ils sacrifient même ce qu'ils ont de plus cher au monde. Mais l'usage de l’eau-de-vie a causé de tels désordres parmi eux que la vente en a 6té prohibée sous les peines les plus sévères; certains trafiquants cependant ne craignent pas de les braver.
incipaux articles que les Français Tels sont les prin ticl les Franc portent chez les Indiens, et qui s'écoulent le plus facilement parmi eux.
Les Français ne rapportent de chez les Indiens que des peaux et des fourrures : ils ne reçoivent rien autre chose en échange de leurs marchandises, sinon les provisions qui leur sont nécessaires pour le voyage de retour. Il y à deux sortes de fourrures: celles du nord, qui sont les meilleures, et celles du sud, qui sont les moins estimées.
Voici les principales fourrures fournies par les contrées septentrionales de l'Amérique : peaux d'ours, de castor, d'élan (orignal ou orignac), de renne oa caribou, de loupcervier et de martre. Il vient aussi du sud, des peaux de martre, mais elles sont rouges et ne valent pas grand” chose, Le pichou du Nord est peut-être l’animal que les Anglais de la Baie d'Hudson appellent le wolverenne (1).
de
(1) Suivant le Naiuralisle Canadien, ler vol., p. 131, le Wolverenne des Anglais est le même quadrupède carnassier du genre plantigrade que les naturalistes français désignent sous le nom de Glouton, Gulus, et les Canadiens sous celui de Carcajou; sa véritable dénomination zoologique serait Gulus luscus. Cependant, certains auteurs modernes disent que le carcajou est le blaireau d'Amérique, Meles Labradorica. Le nom de Pichou, donné par les anciens trappeurs canadiens au Wolverenne, don aspect est repoussant, est resté dans nos compagnes comme synonyme de laid: « Laid comme un Pichou." (M.)