L'ANNÉE
Janvier.—Le 29 de ce mois, la Rivière St Laurent élait gelée près de Québec. Dans les observations des autres années, il est noté que la rivière se couvrait de
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188 SEPTEMBRE 1749, glace quelquefois dès la fin de Décembre et le commen- fl cement de Janvier. n
Février —Rien de remarquable n'est arrivé pendant : le cours de € mois.
Mars.—On dit que cet hiver est le plus doux qu'on ait 1 jamais eu ici ; même les anciens ne peuvent se rappeler à un hiver plus clément. La neige n'a pas dépassé deux “ pieds de profondeur, et la glace dans la rivière, vis-à-vis la Québec, n'a que la même épaisseur. Le vingt-un, il y eut un orage, et la foudre blesss un soldat. Les 19 st et 20,on commença à entailler ;es érables et à faire se du sucre. .
Avril—On continue à faire du sucre. Le 7, les jardiniers préparent leurs couches-chaudes. Le 20, la débâcle se feit dans la rivière près de Québec ; il est rare qu'elle ait lieu de si bonne heure : en effet, la rivière est souvent couverte de glace vis-à-vis Québec aussi tard que le 10 de Mai. Les 22 et 28, il tombe une petite quantité de neige. Le 25, on commence les semailles près de St Joachim. Le même jour apparaissent quelques hirondelles. Le 29, on sème le grain par tont le pays et Depuis le 23, la rivière n’a pas cessé d’être libre de glaces à Québec.
Mai.—Le 3 de ce mois, dans la matinée, il fait un froid tel que le thermomètre de Celsius ou suédois marque quatre degrés au-dessous du point de congélation. Cependant, les grains ne souffrent pas de dommage. Le 16.
tout le blé d'été était semé. Le 5, la sanguinaire, les w narcisses et les violettes commencent à s'épanouir. Le 17, ue les cerisiers sauvages, les framboisiers, les pommiers et we
les tilleuls déploient leurs feuilles et les fraisiers sont en
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fleurs. Le 19, les cerisiers sauvages, et le 26, les pommiers, les cerisiers et pruniers de France, en partie du moins, entrent en efflorescence.
Juin.—Le 5 de ce mois, tous les arbres ont fait leurs feuilles. Les pommiers sont en pleine floraison. Le 22, on peut se procurer un plat de fraises mûres. Ici, on
remarque que la saison est on ne peut plus propice pour la croissance des végétaux.
Juillet.—Le grain commença à épier le 12, et le 21, il était monté en épi partout. (Il faut remarquer qu'on ne sème ici que du blé d'été). Bientôt après, le grain entra en fleuraison. Le 22, on commença la coupe du foin. Le temps fut très beau pendant tout le.muis.
Aoûl.—Le 12, il y avait des melons et des poires en état de maturité à Montréal: le 20, le blé y était mûr et la récolte s'ouvrait. À Québec, elle commençait le 22.
Les 30 et 31, la terre fut couverte d'une petite gelée blanche.
Seplembre.—La récolte de tous les grains finit le 24 et le 25, Abondance de melons, melons d’eau ou pastèques, concombres et prunes durant tout le mois. Les pommes et les poires sont mûres aussi ce qui n'arrive pas toujours à cette saison. Dans les derniers jours de septembre,oncommencçaà labourer les champs. Voici une des observations faites durant ce mois. Les anciens disent que le grain, autrefois, “ne mürissait pas avant le 15 ou “ le 16 de septembre, sauf quelques bien rares excep- “tions, mais jamais avant le 12 de ce mois. Ils préten- “ dent, aussi, qu’il n’était jamuis parfaitement mûr. Mais “ depuis que le sol a été suffisamment déboisé, pour ‘“ donner plus de latitude à l’action des rayons du soleil,
“le grain mürit plus tôt qu'auparavant.” (1) Il y est aussi remarqué que les étés chauds sont toujours très favorables à la culture, en Canada, et que la plupart des céréales n'arrivent jamais à une maturité parfaite.
Octobre.—Pendant ce mois, on a labouré les champs, et le temps a toujours été très beau. Il y eût de petites gelées pendant plusieurs nuits, et le 28 il neigea, Vers la fin d'octobre les arbres commencèrent à se dépouiller de leurs feuilles.
Novembre.—Les labours se sont continués juspu’'au 10 de ce mois; les arbres avaient alors perdu toutes leurs feuilles. Jusqu'au 18,les troupeaux ont été envoyés dans les pâturages, à l'exception de quelques jours, durant lesquels le mauvais temps ne permit pas de les laisser dehors. Le 16, il y eut deséclairs et du tonnerre. Le 24, la rivière Nt. Laurent était encore libre de glaces,
(1) Ce n'est pas seulement le déboisement qui change le climai d'un pays et le tempère, mais la culture et le peuplement contribuent aussi à l'adoucir. Les Romains considéraient les hivers de l'Allemagne et de l'Angleterre comme très sévères, mais heureusement, ces deux pays ont, à présent, un climat bien plus agréable qu'autrefois, et ce changement est dû aux trois causes ci-dessus énoncées, Près de St, Petersbourg, à soixante degrés de latitude nord, la rivière Neva couverte de glace au commencement de décembre 1765 en était délivrée le LT avril 1766.
A Tsaritsin, à quarante-huit degrés et quarante minutes de latitude nord, la rivière Volga était couverte de glace le 26 novembre 1765 et libre le 27 avril 1766 (vieux style.) N'est-il pas presque incroyable que dans un pays situé à près de douze degrés plus au sud, le froid sévisse plus longtemps et avec plus de rigueur que dans une contrée plus septentrionale ? Les environs de St Petersbourg renferment beaucoup de bois, et cependant le froid y est moins sévère et moins persistant qu'à Tsaritsin, qui vst éloigné de plusieurs centaines de milles de toute forêt, à l’exception de quelques arbres et buissons le long de la Volga, sur ses iles et les terres basses qu'elle arrose; si bien que l'œil n'y embrasse à l’est que de vastes plaines nues sur une étendue de plus de cent lieues. Le déboisement ne contribue donc pas autant qu'onle prétend à l’adoucissement du climat
Décembre—Durant ce mois, on a observé que l’automne a été beaucoup plus doux que de coutume. Le ler, un vaisseau a pu encore mettre à la voile pour la France. Le 16, la rivière St Laurent était gelée sur ses bords, mais le chenal était encore libre. Dans la rivière St Charles la glace devint si épaisse que les chevaux purent passer dessus en tirant de lourdes charges. Le 26, une forte pluie produisit un commencement de débâcle, dans la rivière St Laurent, mais le 28, une partie du fleuve était encore couverte de glace.
D'autres observations marquent que l'hiver a été comparativement doux. Je reprends maintenant le récit de mon voyage.
Ce soir, je suis parti de Québec, par un vent favorable, pour retourner à Montréal. Le gouverneur-général du Canads, Marquis de la Jonquière, avait mis à ma disposi-
tion un des bateaux du roi monté par sept hommes d'équipage. Ainsi, j'ai fait ce voyage aux dépens de Na Majesté,
d'un pays. Quant à la culture, c'est différent. La neige fond toujours plus vite dans un champ labouré que dans un friche, Les particules chaudes et inflammables qui se dégagent des diverses espèces d'engrais aident beaucoup à adoucir les rigueurs de l'hiver ; dans une contrée populeuse, la chaleur produite par la combustion d'une infinité de substances diverses et la dispersion, dans toute l'atmosphére, des corpuseules caustiques, sont autant d’agenis qui contribuent à tempérer la froidure. Il y a moins de terre cultivée dans les cent milles carrés qui entourent Tsaritsin qu'il n’y en a dans les dix milles qui avoisinent St, Petersbourg ; et la culture est en proportion du nombre des habitants de chacune de ces villes, de là la différence du climat. Il y a encore une autre considérauon: St Petersbourg est situé près de la mer et Tsaritsin est dans l'intérieur : et, généralement parlant, on a observé que les pays voisins de la mer jouissent d'une température plus douce. Ces quelques remarques suffiront, je pense, pour faire comprendre à chacun la cause des changeinents de climat dans les divers pays qui deviennent plus chauds et plus tempérés à mesure que la culture et la population s'accroisssent, (1).
Le millieu de l’embarcation était recouvert d’une tenture en drap bleu où nous pûmes nous tenir à l’abri de la pluie. Nous avors fait trois milles français aujourd'hui.
Nous poursuivimes notre route toute la journée. La récolte du maïs de l'espèce naine—celle qui müûrit en trois mois de temps—était déjà faite et les épis séchaient pendus en tresses en plein air.
I] fait un temps qui ressemble au commencement de notre mois d'août, vieux style ; de là, je conjecture que l'automne commence, en Canada, un bon mois plus tard que dans le milieu de la Suède.
Chaque ferme est pourvue de son jardin potager rempli d'herbages et surtout d'oignons dont les paysans font une grande consommation et qui avec un peu de pain composent tout le menu de leur diner, les vendredis et samedis et les jours de jeune, Je ne puis dire cependant que les Français soient de stricts observateurs du jeûne ; plusieurs de nos rameurs ont mangé de la viande aujourd'hui, vendredi. On reconnaît les gens du commun à leur haleine quand on les rencontre tant l’usage de l'oignon est fréquent parmi eux. La citrouille est pareillement très abondante dans les jardins potagers. On la sert de diverses manières, mais généralement on la coupe, par le millieu, en deux n:orceaux qu'on met rôtir devant le feu, l’intérieur tourné du côté de la flamme ; on en mange la pulpe après l'avoir pelée ; les gens à l'aise la saupoudrent de sucre. Le petit potager contient aussi des carottes, de la laitue, des fêves de France (haricots) des concombres et des gadelliers.
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Chaque fermier plante près de sa maison une quantité de tabac plus ou moins considérable, suivant que sa famille est plus ou moins nombreuse. Il faut bien que les paysans s’'adonnent à la culture du tabac ; il est d’un usage universel parmi les gens du peuple. On voit des gamins de dix à douze ans courir les rues, la pipe à la bouche, imitant l'exemple de leurs ainés. Des personnes au-dessus du vulgaire ne dédaignent pas de fumer une pipe par-ci par-là. Dans les parties les plus septentrionales du Canada on fume généralement le petun sans mélange. Mais dans le sud et aux environs de Montréal, on y mêle l'écorce intérieure du cornouiller sanguin (1) pour le rendre plus faible. La tabatière aussi, est fort à la mode. Presque tout le tabac qui se consomme, ici, est produit dans le pays et certains amateurs le préfèrent au tabac de Virginie ; mais ceux qui se prétendent des connaïsseurs émettent une opinion tout-à-fait contraire. (2)
Chose curieusel tandis que beaucoup de nations imitent les coutumes françaises, je remarque, qu'ici, ce sont les Français qui, à maints égards, suivent les coutumes des Indiens, avec lesquels ils ont des rapports journaliers. [ls fament, dans des pipes indiennes, un tabac préparé à l’indienne, se chaussent à l’indienne et portent jarretières et ceintures comme les Indiens. Sur le sentier de guerre ils imitent la circonspection des Indiens ; de plus, ils leur empruntent leurs canots d’écorce et les conduisent à l'indienne; ils s’enveloppent les pieds avec des morceaux d'étoffe carrés au lieu de bas et ont adopté beaucoup d’autres façons indiennes, Un
(1) Cornus sanguinea, Linn, Cornouiller sanguin ou bois punais.
(2; La culture du tabac, en Canada, date de l’Intencant Hocquart. Ses premiers essais eurent lieu à Chambly, Beauport et à Québec même, (M)
étranger entre-t-il dans la maison d'un paysan ou cultivateur canadien, aussitôt il se lève, salue le visiteur d'un coup de chapeau, l'invite à s'asseoir, puis il remet son chapeau et se rassied lui-même. Ici, tout le monde est Monsieur où Madame, le paysan aussi bien que le gentilhomme, la paysanne comme la plus grande dame. Les gens de la campagne, les femmes surtout, portent des chaussures de bois faites tout d'une pièce et creusées en forme de pantoufle. Les jeunes gens, et même les vieux paysans, tiennent leurs cheveux noués en couette par derrière et beaucoup d’entre eux passent la journée à la maison la tête couverte d'un bonnet de laine rouge : il y en a même qui font des voyages ainsi coiflés. (1)
Le lait entre dans la préparation de presque tous les mets du fermier. Le beurre se voit rarement sur sa table et encore est-il presque toujours fait avec de la crème sûre ; aussi, il est loin de valoir le beurre anglais. Les Français aiment beaucoup le lait et en font une grande consommation surtout les jours de jeüne. Cependant, ils ne connaissent pas autant de manières de le préparer que nous, Suédois. Crénéralement, ils le font bouillir. puis ils y jettent des morceaux de pain et beaucoup de sucre. Les Français, ici, mangent autant de viande que les Anglais, les jours auxquels leur religion ne leur en défend pas l'usage. À l'exception de la soupe, de la salade et du dessert, tous les autres mets sont des viandes diversement apprétées.
(1) Les bonnets de laine des gens de la campagne (Luques) étaient rouges dans le district de Québec et bleus dans celui de Montréal, qui est resté fidèle à ses couleurs, du moins quant à cette sorte de couvre-chef, M. de Courcelles appelait ses capots bleus les soixante-dix volontaires de Montréal qui vinrent sous la conduite de Charles Lemoine renforcer sa petile troupe dans son excursion contre les Agniers en 1665. (M)
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