‹ Mémoires de la Société historique de Montréal [microforme]Chapitre 44 sur 52 · RS ETAPE · texte numérisé non relu

RS ETAPE

bien apprêter, il faut la laisser mijoter dans plusieurs eaux depuis le matin jusqu'à midi, afin de lui faire perdre son mauvais goût, La queue se mange aussi ; après l'avoir fait bouillir de la manière qui précède, on la met rôtir; mais, quoiqu'on n'en veuille pas convenir, cette partie ne se compose que de gras,et il faut être habitué à ce mets pour en avaler une bouchée. Quelquefois, mais rarement, on prend des castors à poil blanc.

Le vin est presque la seule liqueur que les gens un peu à l'aise aient l'habitude de boire. Cependant, on fait, pour l'été, avec la tête de l’épinette blanche (1), un brevage qui s'appelle bière d’épinette ; mais l’usage n’en est pas général, et chez les gens de qualité il est rare qu'on en offre, Le Canada ne produisant pas de vin, (on ne peut donner ce nom aux liqueurs insipides que l'on fait avec le raisin indigène,) de grosses sommes sortent annuellement du pays pour l'importation de cet article. Les gens peu fortunés boivent de l’eau ; on r’a pas encore introduit ici la coutume de faire la bière d'orge; quant au cidre, les vergers ne peuvent fournir la quantité de pommes suflisante pour que l’usage de cette boisson devienne général parmi le peuple. Il s’en fait cependant, mais en petites quantités et seulement par des personnes riches, et par les grands propriétaires qui ont beaucoup d'arbres fruitiers, ét plutôt par fantaisie qu'en vue de l'utilité ou du profit. La haute classe habituée dès la jeunesse à ne boire que du vin, souffre beaucoup, en temps de guerre, lorsque les vaisseaux qui l’apportent sont interceptés par les corsaires anglais. À la fin de la dernière guerre, une barrique de

(1) La manière de brasser cette bière est décrite au long dans les Mémoire: de l'Académie Roya!e des Sciences, année 1751, p. 190.

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vin valait deux cent cinquante francs et méme cent écus.

Un cheval de moyenne encolure coûte maintenan! quarante francs (1) et plus. Un beau cheval vaut cent francs. Une vache se vend cinquante francs; maisil y a des gens qui se rappellent le temps où l’on pouvait s'en procurer une pour dix écus (2). Un mouton coûte cinq francs à présent, mais l’année dernière, alors que tout était cher, il coûtait de huit à dix francs, Un cochon d'un an, pesant de cent cinquante à deux cents livres, se vend quinze francs. M. Couâgne, le marchand, m'a dit avoir vu un cochon du poids de quatre cents livres chez les Indiens. Un poulet vaut de dix à douze sous (3), un coq-d’inde vingt sous. Un minot (4) de blé se vendait un écu l'an passé, mais à présent, il coûte quarante sous. Le maïs vaut toujours le même prix que le blé, parce qu'il n’y en a que très peu ici,et ce peu est accaparé par ceux qui font le commerce avec lessIndiens. Un minot d'avoine vaut quelquefois de quinze à vingt sous; mais ces années dernières, on en donnait vingt-six et même trente sous. Les pois ont toujours la même valeur que le blé. Le beurre coûte ordinairement huit d dix sous la livre ; mais l'an passé, le prix s'en est élevé jusqu'à seize sous. Une douzaine d'œufs ne coûte généralement que trois sous, cependant on en donne maintenant cinq sous. Ilne se fabrique pas de fromage à Montréal, et pour en avoir, il faut le faire venir d’ailleurs. Un melon

F (1) Le franc est de mème valeur que la livre, et vingt-deux livres font un louis sterling.

(2) Un écu vaut trois francs,

(3) Vingt sols font une livre.

(4) Mesure française équivalant à environ deux boisseaux anglais,

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d'eau vaut tinq ou six sols; mais s’il est bien gros, il coûtera de quinze à vingt sols. ;

Il n’y a pas encore de manufactures en Canada; cela est dû, probablement, à ce que la France ne veut pas perdre l'avantage d'y vendre ses propres marchandises. Cependant, les habitants du Canada, aussi bien que les Indiens, souffrent beaucoup, en temps de guerre, du manque d'établissements industriels.

Personne ne se marie sans le consentement de ses parents. Cependant le juge peut en donner la permission si elle est refusée sans raison valide. Pareillement, si l'homme a trente ans et la femme vingt-six, ils peuvent se marier sans attendre plus longtemps le consentement de leurs parents.

Cette après-midi, je sortis de la ville et dirigeai mes pas vers la partie sud-ouest de l’île pour examiner le pays, en étudier l’économie rurale, et collectionner des graines. En face de la cité, il y a de belles terres autrefois cultivées, mais qui servent maintenant de pâturages. Au nord-ouest, le Mont-Royal domine tout le paysage ; il est couvert de champs et de jardins depuis sa base jusqu'à son sommet, ce qui prouve la fertilité de son sol. Au sud-est, la rivière St Laurent, qui est très large ici, coule entre une double rangée de terres en plein rapport, de vastes prairies et de belles maisons en pierre, qui semblent blanches à distance. Bien loin, au sud-est et près du fort Chambly, deux hautes montagnes bornent l'horizon, et les monts du lac Champlain élèvent leurs cimes au-dessus des forêts. Le sol, partout aux alentours, est couvert de pierres de

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différentes grosseurs, parmi lesquelles la pierre à chaux noire se voit fréquemment. À environ un mille français de la ville, la grande route longe la rivière qui est à main gauche, et à droite tout le pays est cultivé et habité. Les maisons des fermiers sont à une distance de trois, quatre ou cinq arpents, les unes des autres. Les bords de la rivière sont généralement hauts, escarpés et entièrement composés de terre végétale ; les champs sont couverts de pierres, de roches et de morceaux de schiste calcaire noir. A deux milles français de Montréal, le cours de la rivière est très rapide et rempli de pierres ; en quelques endroits, l’eau est assez agitée pour produire des vagues. Cependant, ceux qui vont en bateaux dans les contrées méridionales du Canada sont obligés de passer par là.

Les outardes et les canards commencent à émigrer par grandes volées vers le sud.

J'ai employé cette journée, comme les deux précédentes, à ramasser des graines.

La plupart des maisons des fermiers sont en pierre à chaux noire ou en moellons tirés des environs. Elles sont couvertes en bardeaux ou en chaume. Le comble en est toujours très haut et à pic. Les dépendances, les granges et les étables sont en bois.

La gelée de la nuit dernière a eu un eftet visible sur plusieurs arbres. Les noyers de toutes sortes perdent leurs feuilles, et les orties leurs fleurs (1). Les feuilles du tilleul ont été également endommagées, Dans les

(1) Urtica divar.ça'a.—Linn.—(Urticées), (M.

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jardins potagers, la gelée a détruit les feuilles du melon.

Cependant, le hêtre, le chène et le bouleau ne paraissent pas avoir souffert du tout. La terre est partout couverte d'ane gelée blanche. La glace des étangs a l'épaisseur d'une ligne et demie géométrique.

L'œænothère bisannuelle (Linn.) croit en abondance sur les collines boisées, là où la hache du bucheron a fait de larges éclaircies et dans les champs en friche. Un vieux français qui m'accompagnait pendant que je faisais ma collection de graines, ne pouvait assez vanter, comme un remède excellent pour la guérison des blessures, la feuille pilée de cette plante.

Un mot maintenant-sur les Sœurs de la Congrégation. Ce sont des religieuses qui, à la différence des nonnes, ne vivent pas dans un seul et même couvent ; elles ont, tant à la ville qu'à la campagne, des maisons qu’elles habitent, et elles vont demeurer où il leur plait. Il leur est même permis de se marier si elles en trouvent l’occasion ; mais on me dit que cela arrive très rarement. En beaucoup de paroisses à la campagne, il y a deux ou trois de ces sœurs et même plus; généralement, leur maison est voisine de l’église, et le terrain de l’autre côté est occupé par le presbytère. Leur mission est d'élever les jeunes filles dans la religion chrétienne, de leur apprendre la lecture, l'écriture, les ouvrages à l'aiguille et les arts d'agrément qui font partie de l'éducation des femmes. Les parents riches mettent leurs enfants en pension dans les maisons de ces sœurs, qui fournissent la nourriture, le logement, la literie, l'instruction et tout ce qui est nécessaire aux élèves à des termes très raisonnables.

Ta maison mère est à Montréal, et c'est de là que les religieuses sont envoyées dans les succursales, à la cam-

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