‹ Mémoires de la vie privée de Benjamin FranklinChapitre 1 sur 33 · D E ÉDITE U R · texte numérisé non relu

D E ÉDITE U R

Je n’entrerai point dans un détail peu important pour mes Lecteurs , sur la manière dont la copie manuscrite* originale de ces Mémoires , qui est en anglois , est parvenue entre mes mains. Dès l’instant où je pus la parcourir , elle me parut si intéressante , que je n’hésitai pas à me livrer au plaisir de la mettre en François.

Le nom de Franklin étoit déjà un préjugé en faveur de l’Ouvrage ; mais il n’auroit pas suffi pour me déterminer à le publier , si, au lieu du récit simple et naïf des événemens de la jeunesse d’un homme si justement célèbre , j’y eusse trouvé une suite d’aventures romanesques-, qui , plus amusantes , peut-être , pour un grand nombre de Lecteurs , n’auroient certainement point intéressé les gens sensés ; parce qu’ils les auroient regardées , avec raison , comme

ij PRÉFACE, une pure fiction. Le caractère de vérité et de simplicité qu’on y remarque , est un sûr garant de l’authenticité de ces Mémoires ; je n’ai sans doute pas. besoin d’y joindre d’autres témoignages.

Si cependant quelaue critique incrédule m’attribuoit cet Ouvrage , et révoquoit en doute l’existence du Manuscrit original , je suis prêt à la constater , par le moyen de l’impression ; mais n’étant point assuré du débit d’un Ouvrage écrit dans une langue étrangère, je ne puis le publier qu’à la faveur d’une Souscription , qui garantisse la rentrée des avances. On ne supposera assurément pas que j’aie pu composer cet Ouvrage dans les deux langues. Peu de François , je crois , en seroient capables ; on me feroit trop d’honneur , et quelque versé que je puisse avoir la vanité de me croire dans l'intelligence de la langue angloise (i) , j’avoue que je

(i) Les Personnes curieuses de lire les Mémoires de la Vit privée de Franklin } dans leur langue originale , peuvent se faire inscrire chez Buisson , libraire , rue Haute-feuille y n° 10,

PRÉFACE. îij

suis loin de prétendre composer , ou même traduire dans cette langue.

La partie des Mémoires de Franklin que j’ai en mon pouvoir, et dont je publie la traduction , ne renferme que la première période d’une vie , dont le cours entier a été ensuite illustré par des événement de la plus haute importance ; elle se termine à l’époque , où , après s’être marié , il a commencé à se rendre recommandable par des projets et des étabiissemens d’une utilité générale.

Il est possible que Franklin ait écrit Lé reste de son histoire , à compter de l’époque où finit la partie que je donne au public , et qu’il fixe lui-même à l’année 1771. Si cela est , les héritiers de ce grand homme ne manqueront pas de publier , soit en Angleterre , soit en Pensylvanie,

les Mémoires qu’il aura laissés ; et dès qu’ils paroîtront , on en fera sans doute ,

pour cet Ouvrage. Il sera mis sous presse dès qu’il y aura 400 signatures. Le prix pour les Souscripteurs sera de 48 sols.

à Paris ou en Hollande , une traduction Françoise , qui sera reçue du Public avec le plus grand empressement; mais je suis persuadé qu’ils n’en publieront que la partie .la plus saillante : celle qui a rapport au rôle éclatant qu’il a joué dans le monde , et comme savant , et comme homme d’état. Ils ne se détermineront peut-être jamais à mettre au jour les humbles détails des premières années de sa vie , et les simples anecdotes d’une famille , dont l’obscurité , en rehaussant l’éclat des talens et des vertus du grand homme qu’elle a produit, pourrait , blesser leur amour-propre.

Si mes conjectures se vérifient ; si les Mémoires qu’on publiera , sous le nom de Franklin , sont tronqués ; si l’on a supprimé cette première partie , si essentielle pour les Lecteurs capables de sentir et de juger , je m’applaudirai de l’avoir conservée , et iis me sauront gre de les avoir mis en état de suivre le développement et les premiers progrès de cet esprit profond et sublime, qui, dans la suite ,

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