CHAPITRE TIL
de B. Franklin.
CH APURÉ VII.
Entrée dans le commerce. Le dèclamateur Mickle. Le junto , club politique et philosophique. Vigilance et activité triomphent de tous les obstacles. Entreprise d’une feuille périodique. Acquittement de la dette de Vernon. Nouveaux embarras et générosité de deux amis. Pcupture du traité d’ association avec Mèrèdith. Création nouvelle d’un papier-monnpie. Soi t utilité. Etablissement d’une boutique de papeterie. Assiduité , sobriété et modestie font une bonne réputation. Projets de mariage , réalisés avec miss Read. Bibliothèque publique .
Îl ii y avoit pas long-temps que nous étions de retour à Philadelphie, lorsque nos instrumens typographiques arrivèrent de Londres. Je réglai mes comptes avec Keirner , et le quittai , de son consentement , avant qu’il en eût connoissance. Nous trouvâmes une maison à louer près du marché ; nous la primes , et afin d’en rendre le loyer moins
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lourd pour nous il «toit alors de 24 livres sterling par an , et je l’ai vu louer depuis 70 ) , nous y reçûmes Thomas Godfrey , vitrier , avec sa famille , qui en supporta une portion considérable , et n us donna la table moyennant une pension.
A peine avions-nous déballé nos caractères et mis notre presse en ordre, qu’une de mes connoissances , c’étoit George House , nous amena un campagnard , qu’il avoit rencontré dans les rues , cherchant un imprimeur.
Notre argent étoit presque tout épuisé par la quantité d’objets que nous avions été obligés de nous procurer. Les cinq schellings de ce campagnard , prémices de notre gain , venant si à-propos , me causèrent plus de plaisir qu’aucune somme que j’aie gagnée depuis ; et la reconnoissance que j’éprouvai envers G'eorge Nouse , dans cette occasion , m’a rendu souvent plus porté , que je ne l’aurois peut-être été sans cela , à favoriser les jeunes gens qui commencent.
Il y a , dans chaque pays , des gens moroses , pronostiquant toujours la ruine. Il y en avoit un alors à Philadelphie. G etoit un homme d’un certain âge , ayant de la fortune , un air de sagesse et une manière de parler très-grave. Son nom étoit Samuel
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Mickle. Cet homme , que je ne connoissois point , s’arrêta un jour à ma porte , et me demanda si j’étois le jeune homme qui avoit ouvert depuis peu une nouvelle imprimerie. Sur ma réponse affirmative , il dit qu’il en étoit fâché pour moi , parce que c’étoit une entreprise conteuse ? et dont la dépense seroit perdue , attendu que Philadelphie étoit une place en décadence , ses habitans ayant déjà tous remis leur bilan , ou peu s en falloit ; qu il savoit , de science certaine , que tout ce qui pouvoit faire croire le contraire , comme les nouvelles bâtisses et le haussement du prix des loyers , étoient des signes trompeurs , qui, dans le fait, contribueroient à bâter notre ruine ; et il me fit un si long detail d infortunes , actuellement existantes ou qui dévoient bientôt avoir heu , qu’il me laissa près qu’en tièrement décourage. Si j eusse connu cet homme , avant de m engager dans ce commerce , je ne ni’y serois sans dou e jamais aventuré. Il continua de vivre dans cette place en décadence et de déclamer de la même manière, refusant pendant longues années d’y acheter une maison , parce que tout tendoit vers sa destruction ; et , à la fin , j eus la satisfaction de lui voir
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payer pour en avoir une , cinq fois autant qu’elle lui auroit coûté , s il 1 eût achetée lorsqu’il commença ses jérémiades.
J’aurois dû rapporter que , pendant l’automne de l’année précédente , j’avois rassemblé la plus grande partie des gens instruits de ma connoissance en un club , que nous nommions le junto . et dont 1 objet étoit de perfectionner notre entendement. Nous nous assemblions les vendredis au soir. Le réglement que je dressai obligeoit chaque membre, à son tour , de proposer une ou plusieurs questions sur quelque point de morale , de politique , ou de physique , pour être discutées par la compagnie ; et de lire une fois , en trois mois , un essai de sa composition sur le sujet qu’il voudroit. Nos débats dévoient être soumis à la direction d’un président , et n’ètre excités que par le sincère désir de chercher la vérité , sans que le plaisir de disputer, ou la vanité d’être vainqueur, entrassent pour rien dans nos discussions j et afin de prévenir réchauffement des esprits , toutes les expressions qui impliquoient l’entêtement pour une opinion , et toute contradiction directe , étoient prohibées sous de petites peines pécuniaires.
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Les premiers membres de notre club furent : Joseph Breintnall , dont l’occupation étoit de copier des actes pour les notaires. C’étoit un homme de moyen âge , de bon naturel , très-attaché à ses amis, grand amateur de poésie , lisant tout ce qu'il rencôntroit , et écrivant assez passablement , trèsingénieux dans beaucoup de petites bagatelles, et d’agréable conversation.
Thomas Godfery , habile mathématicien , qui s’étoit formé sans maître , et qui fut ensuite l’inventeur de ce qu’on appelle maintenant le cadran d’Hadley ; mais il savoit peu au-delà de sa sphère , et n’étoit pas supportable en compagnié , exigeant toujours , ainsi que la plupart dés grands mathématiciens que j’ai rencontrés en ma vie , une précision inusitée dans tout 0:e qui- se disoit , et niant ou distinguant sans cesse sut des vétilles ; vrai moyen de troubler ' toute conversation. Il nous quitta bientôt. a
Nicolas Seuil, arpenteur, qui devint ensubé5àrpentéur génèrSl.' Il âimoit les livres, et fâisoit des vers.
Guillaume Parsons , élevé au métier de cordôttriièr ,itïais qui , aimant la lecture, avoit actjuis de profondes connoissances dans les
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mathématiques. Il les étudia d’abord , ayant en vue l’astrologie , dont ensuite il rioit le premier. Il devint aussi arpenteur-général.
Guillaume Maugridge , menuisier , et trèsexcellent mécanicien ; d’ailleurs , homme solide et sensé.
Hugues Mérédith , EtiennePotts , et George Webb , dont j’ai fait mention ci-dessus.
Robert Grâce, jeune homme ayant de la fortune , généreux , vif ^spirituel , aimant répigtamme , mais encore plus ses amis.
Enfiri Guillaume Coleman , alors commis chez ujft Marchand , qt à-peu-près de mon 4ge. Il avoit la tète la 'plus froide et la plus claire, p le meilleur copur et la plus, ■ exacte morale: .que j’aie -presque jamais rencontrés dans- aucun: homme. Il: devint , dans }a suite , un marchand tn'vs-accretlité , et 1 un de nos
juges provinciaux. . Notre amitié dura , $ans
interruption éàur4ela‘4ft^<jwarante, aqs , jusqu’à sa mort , et -Je., oluî^ ,çontiutiaid>e,xister presrpiladssi long-rtem^rui -, -ràu -- -"
C étoit la meilleure école de- pl^esophie et de politique qui existât alors, dans unité la province; car nos questions qui étaient lues une huitaine avant , qu’on les.mit en discussion , nous engageoient à faire des le c-