‹ Mémoires de la vie privée de Benjamin FranklinChapitre 12 sur 33 · DE B. F R A N KL I N · texte numérisé non relu

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tures attentives sur les differens sujets proposés , pour nous mettre en état d’en parler plus pertinemment. Nous y acquîmes aussi l’habitude d’une conversation plus agréable , chaque objet y étant discuté conformément à nos loix , et de manière à prévenir tout dégoût mutuel. jC’est à cette circonstance qu’on peut attribuer la longue continuation de ce club , dont j’aurai souvent occasion de faire mention , dans la suite.

J’en ai parlé ici’ comme d’un des moyens sur lesquels je pouvois compter pour l’établissement de mon commerce . , chacun des membres' se donnant -des mouvemens pour nous procurer du travail. Brintnall , entr’autresi, nous procura, de la part des quakers, l’impression de quarante feuilles de leur Histoire, le reste devant être fait par Keimer. Notre travail , sur cet ouvrage , fut extrêmement rude , en ce qu’il étoit à bas prix. . G’étqit un m-folio sur papier pro pa~ triâ , en caractère de cicéro , avec de longues notes de, plus petit caractère. J’en composons une feuille par jour , et Mérédith la mettoit sous presse. Il étoit souvent onze heures du soir , quelquefois plus tard , avant que f eusse fini ma distribution pour le tra-

Vâil du lendemain ; car les petits ouvrages que nous envoyoient nos amis de temps en temps , nous mettoient en retard ; mais jVétois si déterminé à faire une feuille de Vin folio par jour , qu’un soir , lorsqu’ayant imposé ma forme , je croyois avoir entièrement fini ma journée , un accident ayant rompu cette forme , et mis en pâte mes deux grandes pages de cicéro , je les distribuai surle ~ champ , et les recomposai de nouveau avant de me coucher.

- Cette industrie v gilantë , dont nos voisins s’àpercevoient , commença à nous donner de la réputation et du crédit. J’appris ; eritre autres chosés y qu’ayant été question de Ig nouvelle imprimerie au ëlüb des marchands p qui sassembîoient tous lès soirs , l’opinion générale a^oit été qu’elle tomberait , y ayant déjà deux imptitheries dans la ville y Keimér Bnadfôrd. Mâts le docteur Baird , que nous Utoïis eu oéëàsldii de voir , vous et moi , grand nombre drafiilëeé après y dans son pays natal y à Saint-AÂdr^ en Eéosse , fut d une opinion contraire. cc L?indüstrie dé 5?. ce Franklin, leur dit-il , est supérieure à ^vtouÆ.ce que j’ai vu èn ce gerirè. Je le vois >3 encore à ■l’ouvragé5 le soir, lorsque je me

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» retire du club , et il y est de nouveau le matin avant que ses voisins soient hors •-» du lit 33. Ce rapport frappa le reste de l'assemblée, et bientôt l’un de ses membres vint s’offrir à nous fournir d’articles de papeterie ; mais nous ne voulions pas encore nous mettre dans l’embarras de tenir boutique. Ce n’est pas pour me donner de l’encens que f entre si librement dans ces détails sur

mon industrie ; c’est afin que ceux de mes descendans qui liront ces mémoires , connoissent l’usage de cette vertu, en voyant dans le récit de ma rie les effets qu elle a produits en nia faveur.

George Webb , ayant trouvé un ami qui lui prêta l'argent nécessaire pour racheter son temps de Keimer , vint un jour s’offrir à nous, comme ouvrier. Nous ne pouvions R employer sur-le-champ ; mais je lui appris follement, sous le secret, que j’étois dans l’intention de commencer bientôt à publier

une nouvelle feuille périodique, et que nous aurions alors de l’ouvrage pour lui. Mes* espérances de succès , dont (je lui fis part ,* étoient fondées sur ce que le seul papiernouvelle que nous eussions dans ce temps, et qu’imprimoit Bradford , étoit une chose

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pitoyable , misérablement conduite , nulleipent amusante , et qui cependant lui donnent du profit. Je pensois conséquemment qu’un bon ouyrage de ce genre ne pourroit manquer de succès. Webb trahit mon secret , et le dit à Keimer , qui, aussi-tôt , pour me prévenir, publia le prospectus d’une feuille qu’il alloit imprimer lui-même , et à laquelle Webb devoit être employé.

Je fus indigné de cette indiscrétion , et pour les contre-carrer , ne pouvant pas commencer encore notre feuille périodique , j’écrivis plusieurs pièces divertissantes pour la feuille de Bradford , sous le titre de l’Intrigant (Bjusy-Body ) , que Breintnall continua quelques mois. Je fixai , par ce moyen , l’ attention du public sur cette feuille , et le prospectus de Keimer , que nous tournâmes en ridicule , fut dédaigné. Il commença , malgré çel.a sa feuille, et apres l’avoir continuée neuf mois, n’ayant tout au plus que quatre-vingtdix souscripteurs, il me l’offrit pour une bagatelle. J’étois prêt depuis quelque temps à m’en charger , je la pris sur-le-champ pour mon compte , et en peu d’années elle me donna beaucoup de profit.

Je m’aperçois que je suis porté à parler

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au singulier , quoique notre société existât . toujours. C’est peut-être par ce que , dans le fait , l’entreprise rouloit toute entière sur moi. Mérédith n’étoit pas compositeur, c’étoit un pauvre pressier, et il s’abstenoit rarement de boire trop. Mes amis me plai- . gnoient d’être lié avec lui; mais j’en tirois le meilleur parti possible.

Nos premiers numéros firent une toute autre sensation qu’aucune feuille périodique qu’on eût encore vue dans la province , tant pour le caractère que pour l’impression ; mais quelques remarques saillantes de ma façon , sur la dispute qui continuoit alors entre le gouverneur Burnet et l’assemblée de r Mas s ac h 11 set - , frappèrent les personnes 7$u-dessus du commun , furent cause quon parla beaucoup de la feuille et de ses éditeurs, et en peu de semaines les amenèrent toutes; à devenir nos souscripteurs. Leur exemple fut suivi par beaucoup d’autres, et . notre souscription ;alla continuellement en s’accroissant. Ce fut un des premiers bons effets des soins que j'ayois pris pour apprendre à mettre mes idées sur le papier. J’en retirai cet autre avantage , que les chefs .voyant, dans l’auteur de ces feuilles , un

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homme si bien en état de tenir la plumé , jugèrent à propos de me rendre service et de m’encourager.

Bradford imprimoit encore les motions , les loix et autres pièces publiques. Il avoit imprimé une adresse de la chambre au gouverneur y d’une manière grossière et incorrecte. Nous la réimprimâmes avec élégance et correction , et envoyâmes un exemplaire à chaque membre. Ils sentirent la différence ; elle fortifia l’influence de nos amis dans la chambre , qui nous nomma son imprimeur pour l'année suivante. :

Parmi les amis que nous avions dans cette assemblée , ;je ne dois pas Oublier un de ses membres , M. Hamilton , dont j’ai fait men tion ci - dessus , qui étoit alors de retour d’Angleterre. Il s’intéressa fortement péür moi clans cette occasion, comme iP le fit en beaucoup d’autres dans la suite , m’ayant continué sa bienveillance jusqu’à' sârn^t.

M. Vernon, vers cettë époque, mè ràppella ma dette envers lui ; mais sans me presser. Je lui écrivis une belle lettre d*e remercîrtiens , et le priai d’attendre encore un peu ) ce qu’il m’accotda ; et aussi tôt qu’il me fut possible, je le payai , intérêt et priri-

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cipâl , avec de grands témoignages de reconnoissance ; ensoi te que cette erreur de ma vie fut en quelque sorte corrigée.

Mais il me survint alors un embarras , auquel je n’avois jamais cru devoir m’attendre. Le père de M. Mérédith, qui, suivant no$ accords , devoit payer en entier le fonds de notre imprimerie , navoitpayé que 100 livres sterling comptant. Il en étoit encore dû autant au marchand , qui s’impatienta d’attendre , et nous attaqua tous. Nous donnâmes caution ; mais avec la triste perspective , que si l’argent n’étoit pas prêt au temps préfix , le procès seroit jugé , le jugement mis en exécution , nos belles espérances s’évanouiroient , et nous serions entièrement ruinés , attendu que la presse et les carac-> tères seroient vendus , peut-être à moitié prix , pour l’acquittement de la dette.

Dans cette détresse , deux vrais amis , dont je n’ai jamais oublié et n’oublierai jamais le généreux procédé, tant que je pourrai me souvenir de quelque cho e , vinrent à moi séparément , et à l’insu l’un de l’autre , et sans que je me fusse adressé à aucun d eux, Chacun des deux m’offrit de m’avancer tout l’argent qui me seroit nécessaire , pomr

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me charger du commerce en entier, si la chose étoit praticable , parce qu’ils n’aimoient point que je continuasse à être en société avec Mérédith , qu’on voyoit souvent , disoient- ils , ivre dans les rues , et jouant à de mauvais jeux dans les cabarets , ce qui faisoit beaucoup de tort à notre crédit» Ces deux amis étoient Guillaume Coleman et Robert Grâce. Je leur répondis , que tant qu’il restoit quelque probabilité que les Mérédith remplissent la partie de notre pacte qui les concernoit, je pouvois d’autant moins proposer une séparation , que je croyois leur avoir une grande obligation , pour ce qu’ils avoient fait , et feroient s’ils en avoient le pouvoir. Mais que si définitivement ils manquoient à leur engagement , et que notre société fût dissoute , je me croirois alors en liberté d accepter le secours de mes amis.

Les choses restèrent quelque temps en cet état. Je dis un jour à mon associé : cc Votre père est peut-être mécontent de la » part que vous avez prise dans notre éta- :» blissement , et ne veut pas faire pour deux , » ce qu’il feroit pour vous seul. Si cela est , » dites-le moi sincèrement , je vous remet-

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» trai le tout, et je ferai mes affaires de » mon côté ». — ce Non, dit-il , mon père » a réellement été trompé dans ses espé- » rances, il est hors d’état de payer, et je » ne veux pas le mettre davantage en souci. » Je vois que je ne suis nullement propre » à être imprimeur ; j’ai été élevé pour être » fermier , et ce fut une folie à moi de venir » à la ville , et de me mettre , à l’âge de » trente ans , en apprentissage pour un nou- » veau métier. Plusieurs de nos Gallois vont » s’établir dans la Caroline septentrionale , » où le terrein est à bon compte. Je suis » tenté d’aller avec eux, et de reprendre » mon ancienne occupation. Vous trouve- » rez , sans doute , des amis qui vous aide- » ront : si vous voulez vous charger des » dettes de la société, rendre à mon père » les cent livres sterling qu’il avoit avancées , » payer mes petites dettes personnelles , et » me donner trente livres sterling, avec » une selle neuve , je renoncerai à la so- » ciété , et laisserai le tout dans vos mains».

J’acceptai cette proposition sans balancer. Elle fut couchée par écrit , signée et scellée sans délai. Je lui donnai ce qu’il me demandoit, et il partit bientôt après pour la Caro-

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line , d’où il m’adressa , 1 année suivante, deux longues lettres, contenant les meilleurs détails qui eussent été donnés sur cette contrée , relativement au climat , au sol , à l’agriculture , etc. ; car il étoit très-expert dans ces matières. Je les publiai dans mes feuilles , et ils furent reçus avec grande satisfaction.

Aussi-tôt qu'il fut parti , je m’adressai à mes deux amis , et ne voulant donner une préférence désobligeante ni à l’un ni àl’autre, j’acceptai de chacun la moitié de ce qu’il m’avoit offert , et de ce qu’il me falloit. Je payai les dettes de la société , et continuai le commerce en mon propre nom , ayant soin d.’avertir le public que la société étoit dissoute. Je pense que c’étoit en l’année 1729, ou environ»

Vers cette époque, le peuple demanda une nouvelle création de papier-monnoie , dont on n’avoit encore fait alors dans la province, que pour i5,ooo livres ster lin, et cette quantité devoit bientôt être éteinte. Les habitans riches , prévenus contre tout papier de ce genre , par la crainte qu'il ne tombât de prix , comme il avoit fait dans la Nouvel le-Angleterre, au préjudice de tous

les

es créanciers , s’opposoien t à cette demande. Nous avions discutécette matière dans' notre junto , où j’étois du côté de ia nouvelle création de papier , persuadé que la première petite somme , fabriquée en 1723 , a voit fait beaucoup de bien dans la province, en y favorisant le commerce , l’industrie et la population , puisque je voyais à l’époque actuelle toutes les maisons habitées et beaucoup d autres qui s’élevoient 5 et je me souvenoiç bien que lorsque je parcourus pour la première fois les rues de Philadelphie, mangeant mon pain , je vis la plupart des maisons , dans Valnut-street , entre Secondsîreet et Fourth-street, ainsi qu’un grand nombre d’autres dans Chesnut-street , et ailleurs , portant des écriteaux de maisons a louer , ce qui me fit alors penser que les habitans de cette ville l’abandonnoient l’un après l’autre.

Nos débats me mirent si pleinement en possession de ce sujet , que j’écrivis et imprimai un pamphlet anonyme sur la nature et la nécessité du papier -monnoie II fut bien reçu par le bas peuple en général ; mais il déplut aux riches , parce qu’il accrut et fortifia les clameurs en fayçur d’une nouvelle

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création de ce papier ; et n’y ayant parmi eux aucun écrivain capable d y repondre , leur opposition- mollit , et la majorité dans la chambre se trouvant du côté du projet, il passa. Les amis que je m'etois faits dans cette assemblée , persuades que j avois bien servi dans cette occasion, jugèrent à propos de me récompenser en m’employant à imprimer ce papier. C’étoit un ouvrage lucratif; il me fut d’un très-grand secours , autre avantage que je retirai de mon aptitude à écrire.

Le temps et l’expérience démontrèrent si évidemment l’utilité du papier-monnoie , que jamais dans la suite elle n’éprouva beaucoup de contradiction. De sorte qu’il monta bientôt à la somme de 55,ooo livres sterling , et en 1739 , à 80,000 livres sterling; depuis cette époque , il s'est élevé dans la dernière guerre, à 35o,ooo livres sterling, le. commerce , la bâtisse et le nombre des habitans

s’étant continuellement accrus dans 1 intervalle ; mais je suis maintenant persuadé , qu’il y a des limites au - delà desquelles la quantité de ce [papier peut être préjudiciable.

J’obtins bientôt après , par l’entremise cie

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frion ami Hamiîton , l’impression du papiermonnoie de New-Castel, autre ouvrage profitable , comme je le pensois alors , de petites choses paroissant grandes à ceux dont la fortune est modique , et ce furent réellement pour moi de grands avantages , parce que ce furent de grands encouragemens. lime procura aussi l’impression des loix et des motions de ce gouvernement , et ce travail demeura dans mes mains , tant que j’exerçai cette profession.

J’ouvris alors une petite boutique de marchand de papier. J’y tenois des blancs de toute espèce , les plus corrects qui eussent jamais paru parmi nous ; j étois aidé , dans cette besogne , par mon ami Breintnall.

J ayois aussi du papier , du parchemin , du carton , des livres , etc. Un nommé Wite- Mach , compositeur , que j’avois connu à Londres, excellent ouvrier, vint s’offrir ; je ^ engageai , et il travailla constamment et diligemment avec moi. Je pris aussi un apprentif , le fils d’Aquila-Rose.

Je commençai dès-lors à payer peu-à~peu la dette que j’avois contractée pour limprimerie ; et afin d’assurer mon crédit et mon caractère comme commerçant, je pris soin

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non-seulement d’être réellement industrieux et frugal , mais encore d’éviter toute apparence du contraire. J’étois vêtu simplement ; on ne me voyoit dans aucun lieu d'amusement public. Je n’allois jamais à la pêclre ou à la chasse. Un livre me débauchoit , à la vérité , quelquefois de mon ouvrage ; mais e’étoit rarement , à la dérobée et sans scandale ; et pour montrer que je ne me croyois pas au-dessus de ma procession , j apportois quelquefois chez moi , dans une brouette que je rouïois par les rues , le papi; r que j’avois acheté dans les magasins.

Je parvins ainsi à être généralement connu pour un jeune homme industrieux , et trèsexact dans ses paiemens; les marchands qui import oient les articles de papeterie sollicitoient ma pratique ; d’autres venoient m’offrir de me fournir des livres , et mon petit commerce alioit en prospérant.

Sur ces en! refaites , le crédit et le commerce de Keimer déclinant journellement , il "fut enfin forcé de vendre son imprimerie pour satisfaire ses créanciers , et se rendit à la Barbade où il vécut quelque-temps dans un très-pauvre état. Son apprenti f , David Ha ry , que j’avois instruit pendant que je

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travaillois chez Keimer , ayant acheté ses matériaux , s’établit à sa place. Je craignis , dans les commencemens , de trouver dans Harry un puissant concurrent , parce qu’il tenoit à une famille considérable et accréditée. Je lui proposai , en conséquence, une association qu’il rejeta , heureusement pour moi , av^c le plus grand mépris. Il étoit très-hautain, se mettoit comme un petit seigneur, faisoit de la dépense , et prenoit beaucoup de divertissement hors de chez lui. Il s’endetta , il négligea son ouvrage , et l’ouvrage le quitta. Ne trouvant bientôt plus rien à faire dans le pays , il suivit Keimer à la Barbade , emportant l’imprimerie avec lui. Là , cet apprentif employa , comme journalier , son ancien maître. Ils étoient souvent en dispute ; Harry continua de s’arriérer , et fut enfin forcé de vendre ses caractères , et de retourner à son travail des champs en Pensylvanie. La personne qui les acheta , employa Keimer pour en tirer parti , mais peu d’années après il mourut.

11 ne me restoit alors d’autre compétiteur a Philadelphie , que Bradford , qui , étant assez riche , faisoit simplement quelques impressions , de temps en temps , par des ou-

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vriers de passage , et n’étoit pas très-inquiet sur le travail. Cependant, comme iltenoitle bureau des postes , on imaginoit qu’il étoit mieux en état de se procurer des nouvelles. Son papier-nouvelle passoit pour meilleur distributeur d’avertissemens que le mien , et par conséquent il en recevoit beaucoup plus ; ce qui étoit aussi profitable pour lui què désavantageux pour moi. J’avois beau recevoir et envoyer des papiers par la poste , lé public étoit dans l’opinion contraire , parce que je n’y parvênois , qu’en corrompant les courriers , qui ne pouvoient conséquemment s’en charger qu’à la dérobée , Bradfort étant assez mal honnête pour le leur défendre. Ce procédé me donnoit de l’humeur , et je lui en savois si mauvais gré , que , lorsque dans la suite , je me trouvai à sa place ; j’eus grand soin de ne pas l’imiter.

J’avois , jusque-là , continué à faire ordinaire aiec Godfrey , qui occupoit , avec sa femme et ses enfans , une partie de ma maison , et la moitié de la boutique pour son métier de vitrier. Il est vrai qu’il travailloit peu , étant toujours absorbé par ses mathématiques. Mistriss Godfrey se mit dans la tête de me marier avec la fille d’un de ses parens.

Elle eut soin de ménageries occasions de nous

faire trouver souvent ensemble , jusqu’à ce qu’elle vit que j’étois sérieusement engagé ; ce qui ne fut point difficile , la personne en pétant très-digne par son mérite personnel. Les parens encouragèrent ma poursuite , en m’invitant continuellement à souper , et nous laissant ensemble , jusqu’à ce qu 'enfin il fut temps de s’expliquer. Mistriss Godfrey se chargea de négocier notre petit traité. Je lux annonçai que je m’attendois à recevoir, avec la demoiselle , une somme d’argent , qui , au moins , me mît en état d’acquitter le restant de ma dette pour l’ imprimerie. Je crois que ce n’étoit plus alors qu’un objet de cent livres sterîings. Elle m’apporta pour réponse , qu’ils navoient pas une pareille somme à leur disposition. J’observai , qu’en hypothéquant leur maison, ils trouveraient cet argent au bureau des emprunts. La réponse à cela , au bout de quelques jours , fut qu’ils n’approuvoient pas mon alliance ; que s’étant informés de Bradford, ils avoient appris que la profession d’imprimeur n’étoit pas lucrative ; que les caractères seroient bientôt usés, et qu’il en faudroit d’autres ; que J. Keimer et David Harry avoient manqué Lun après

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l’autre , et que , probablement , je ferois comme eux. En conséquence * on m’interdit la maison, et on resserra’ la demoiselle. Je ne sais si ce fut vraiment un * changement d’avis , ou seulement un artifice , dans la^ supposition que nous étions] engagés trop avant l’un et l’autre pour nous désister , et que, par conséquent , nous chercherions à nous unir par un mariage clandestin ; ce qui leur laisseroit la liberté de donner ou de refuser ce qui leur plairoit. Mais soupçonnant ce motif, j’en fus piqué, et n’y retournai plus.

Mistriss Godfrey vint me dire , quelquetemps après , qu’ils étoient dans de plus favorables dispositions à mon égard , et voulut me rengager. Mais je déclarai que j étois absolument résolu à navoir plus rien à faire avec cette famille. Les Godfreys m’en témoignèrent du ressentiment ; nous ne pûmes nous mettre d’accord , et ils changèrent de demeure, melaissant la maison toute entière. Je résolus alors de ne plus prendre de locataires. Cette affaire ayant tourné mes pensées vers le ma, riage , je regardai autour de moi , et fis des ouvertures d’alliance dans cr autres endroits ; mais je trouvai bientôt que, la profession d’im-

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