‹ Mémoires de la vie privée de Benjamin FranklinChapitre 24 sur 33 · CHAPITRE TIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIII

Trois espèces de premiers - planteurs . Le premier vit fort malheureux . Le second fait mal ses affaires . Le troisième meurt avant d’avoir achevé sa maison . Des cription poétique de la Caroline . Cinquante émigrans morts en une semaine i Les bons exemples pour lçi jeunesse sont rares en Amérique . Le déisme y est en vigueur. Quelques faiblesses attribuées au philosophe. Combat entre deux femmes. Des pommes d'or sur un fond d’argent. Maladie , mort et épitaphe de M. Franklin.

L’homme qui va s’établir dans les bois est le plus généralement' . celui qui a sur* vécu à son crédit ou à sa fortune dans les parties cultivées de l’état. Le temps le plus propre à la migration est le mois d’avril. Arrivé là , son premier soin est de bâtir une petite cabane de grosses brandies pour lui et sa famille. Le plancher do

cette cabane est de terre , et le toît de petites planches. Il relîoit le jour à travers la porte , ou quelquefois par une petite fenêtre couverte de papier huilé. Il éleve ensuite près cle sa cabane un autre bâtiment plus grossièrement construit , pour mettre une vache et deux chevaux. Cet ouvrage étant fini r il travaille à faire mourir les arbres dans l’espace dé quelques acres autour de sa cabane ; ce qui se fait en creusant en cercle autour de l’arbre , à deux ou trois pieds de profondeur. Alors il laboure ce terrein et y sème du bled des Indes. La saison pour le semer est vers le 2.0 mai. Dans les terres neuves ce grain croît généralement sans beaucoup de culture , et produit au mois d’octobre suivant entre 4° et 5o boisseaux par acre. Dès le premier septembre il fournit au premier-planteur et à sa famille une nourriture abondante, étant alors dans sa verdeur. Pendant l’été , ils ont vécu de poisson et de gibier , et d’une petite quantité de grains qu’ils avoient eu soin d’apporter. Les vaches et les chevaux ont mangé des herbes sauvages , ou lçs rejettons succulens des arbres.

Pendant la première année , ce pre-

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mier-planteur a beaucoup à souffrir de la faim , du froid , et de beaucoup d’autres Causes accidentelles ; îïiais il sè plaint rarement , et rarement il y succombe. Vivant dans le voisinage des Indiens , sa manière de vivre prend bientôt une forte teinte de la leur. Ses exercices sont violens , tant qu’ils durent ; mais il a de longs intervalles de repos. Tous ses plaisirs sont la chasse et la pêche. Dans sa cabaiie il mange , boit et dort dans l’ordure et lës haillons. Dans son comrçierc© avec les autres hommes , il employé tout 1 ai tiflce qui caractérisé les Indiens de notre pays. Il passe dans cette situation deux ou trois ans. Mais à mesure que la population s’accroît autour de lui , son habitation commence à lui déplaire. Anciennement il laissoit aller ses bestiaux paître au loin sans soin et sans contrainte ; à présent ées voisins lui signifient de les tenir enfermés dans des palissades. Anciennement il nourrissoit sa famille d’animaux sauvages ; à présent il n’a plus à sa disposition que des animaux domestiques , encore faut-il qu’il se donne la peine de les élever. Il se révolte sur-tout eoatre les loix , et ne peut se résoudre à se

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départir d’un seul de ses droits naturels en considération de tous les bienfaits qu’il reçoit du gouvernement. Ainsi il abandonne son petit établissement , et cherche une autre retraite dans les bois 7 ou il se soumet de nouveau à toutes les peines dont nous venons de faire l’énumération. Il y a des exemples d’hommes qui ont ainsi déménagé jusqu’à quatre fois , avançant toujours vers les parties les plus reculées de l’état. On a remarqué que les déménagemens sont plus fréquens dans ces cantons toutes les fois qu’il y vient quelques prédicateurs de l’évangile y dont ils trouvent , sans doute , les préceptes trop opposés à leur manière licencieuse de vivre. Si le planteur est propriétaire du coin de terre qu’il a commencé à cultiver y il le revend, et toujours avec un profit -i considérable , à son successeur ; mais s’il n’étoit , comme il arrive souvent,, que le fermier de quelque riche habitant , il laisse ordi- j nairement la ferme endettée. Cependant comme il y laisse toujours une certaine quan' tité d’objets qu’il ne peut emporter avec lui, il arrive presque toujours qu’une seconde espèce de planteurs s’accommode de l’habitation.

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Cet autre planteur est ordinairement un homme qui jouit de quelque propriété ; il paie en entrant dans sa plantation , consistant en trois ou quatre cents acres , le tiers ouïe quart de la valeur, et le reste à ter* mes. Le premier soin de celui-ci est d’ajouter à la cabane une maison faite de morceaux de bois coupés ; et comme les scies font partie essentielle de rétablissement , les planchers cle celle-ci sont en planches et les toîts en morceaux de chêne grossièrementfendu.Ces maisons ont ordinairement un rez-de-chaussée et un premier étage de deux pièces chacun ; au-dessous est une cave dont les murs sont de pierre. La cabane sert alors de cuisine à la maison ; ces préparatifs achevés, le nouveau planteur s’occupe à nettoyer un peu son pré. Il y plante un verger de deux ou trois cents pommiers, ilaggrandit son étable, et dans le cours d’une année ou deux il bâtit une longue grange dont le toit est ordinairement en chaume de seigle ; ensuite il étend sa terre labourable, et au lieu du bled des Indes il y sème du froment et du seigle. On ne cultive guères ce dernier que pour en faire des distillations ».

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Cette espèce cle planteur ne retire pas à beaucoup près de la terre tout le produit qu’on pourroit en retirer ; son champ mal labouré ne lui donne qu’une très-modique récolte. Il arrive souvent que ses bestiau?- , rompant les barricades peu solides de leur parc , vont ravager son champ et détruisent ses espérances de l’année ; ses chevaux ne font que la moitié du travail qu’ils pourroient faire s’ils étaient bien nourris , et son bétail, faute de provisions suffisantes, meurt souvent au printemps dans l’attente de l’herbe nouvelle. Dans sa maison comme dans sa ferme , tout annonce le découragement du maître ; les vitres de ses fenêtres sont cassées et les trous bouches avec de vieux chapeaux eu des oreillers. Ce planteur ne veut guères entendre parler de religion ni des devoirs du citoyen, il refuse de contribuer a l’entretien de son église , et rempli de hautes idées de liberté , il n est jamais disposé à payer sa quote part de la dette contractée par son établissement ; de plus il aime beaucoup la compagnie, boit des liqueurs spiritueuses, souvent jusqu’àl’exeès, et perd chaque semaine deux ou trois

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jours à aller parler politique dans des assemblées de ses égaux. Ainsi il Contracte des dettes qui , dans l’espace d’un petit nombre d’années, l'obligent, s’il ne peut les acquitter avec un papier-monnoie décrédité , à vendre sa plantation au planteur de la troisième et dernière classe.

Celui-ci est ordinairement un homme aisé et jouissant d’une bonne réputation ; c’est quelquefois le fils d unnche cultivateur d’une des parties anciennes et intérieures de l’état. Son premier soin est de convertir en prairie toute la partie de son terrain sur laquelle i! petit amener l’eau ; et cette partie est ordinairement la plus fertile de sa plantation. Bientôt il bâtit une grange en pierre dont une partie sert d’étable ; ce bâtiment a quelquefois cent pieds de long sur quarante de large ; les murs en sont épais, afin qu’en hiver le froid y pénètre plus difficilement : car nos cultivateurs ont fait la remarque que leurs chevaux et bestiaux mangent beaucoup moins quand ils ont chaud que lorsqu’ils sont exposés au froid. Cette méthode lui épargne aussi du bois ; pendant l’hiver il se réchauffe lui-même clans son étable. Il répare

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les palissades clé son parc, en sorte que son champ de labeur n’ait rien à craindre de l’intasion de ses bestiaux ; alors il augmente le nombre des articles de sa culture. Ne se bornant pas à planter du bled , froment ou sehle , il fait d’un acre ou deux de son ter-

rein un jardin dans lequel il plante des choux et des patates. Les parties nouvellement défrichées lui produisent des navets en quantité ; le printemps lui fournissant une suffisante quantité d’eau , il bâtit une laiterie et bonifie son verger : ses fils travaillent à son côté toute l’année, et sa femme et ses filles laissent là leurs rouets à filer et le soin de la laiterie pour partager avec lui les travaux de la moisson. Le dernier objet de son industrie est de se bâtir une maison; cette affaire est quelquefois celle de sa vie entière, et souvent il lègue à son fils ou a tout autre héritier le soin de l’achever. De- là on dit en commun proverbe parmi les cultivateurs : qu’un fils doit toujours commencer par où son père a fini , c’est-à-dire se constiuire une maison commode et assortie à la valeur de la plantation , etc.

A tous ces détails, dit l’auteur, j’ajou-

de B. Franklin, ioi terai seulement que les émigrans de la Pensylvanie se portent toujours vers le Sud. Le sol et le climat des parties occidentales de la Virginie , des deux Carolines et de la Géorgie offrent aux cultivateurs paresseux une vie plus aisee que le sol moins libéral, quoique plus durable, de laPensylvanie. Ici notre terrein pour être fertile veut être labouré a fond et à plusieurs reprises ; là il suffit de gratter la terre une fais ou deux pour en tirer une récolte passablement abondante. En Pensylvanie, les laboureurs sont obligés, par la longueur et la froidure des hivers; de donner à la nourriture de leurs bestiaux une grande part de leur labeur; dans les parties méridionales les animaux trou vent, pendant la plus grande partie de l’hiver une pâture suffisante dans les champs et les bois. C est pour cela que la plupart des liabitans des parties occidentales de ces contrées sent originaires de Pensylvanie. Durant la dernière guerre la milice de la comté d’Orange, dans la Caroline septentrionale, fut enrôlée : il s y trouvoit 35oo hommes qui tous avoienfc émigré de la Pensylvanie.

Vous voyez , d’après ces récits , que la

Pensylvanie est le grand port où viennent débarquer tous les émigrans Européens, et qu’après avoir fait à leur égard l’office d’un tamis , en retenant ceux qui possèdent quelque vertu ou quelque industrie , elle 'i laisse passer tout le reste dans les autres états qui sont plus favorables à leur indolence et à leurs vices.

Examinons maintenant quel sort attend un Européen émigrant dans les deux Carolines % et l’on verra que les souffrances et lesinconvéniens provenant du climat l’emportent de beaucoup sur les avantages qu’il pourroit espérer d’y rencontrer. Le docteur Ladd 9 poète américain , décrit de la manière suivante la Caroline méridionale au mois de juillet.

«r Mais voici qu*environnée d’une clarté » divine , la belle Caroline s’élève à nos >3 yeux. Ici le soleil lance de son disque en- 33 flammé un faisceau de rayons que l’œil m ne peut soutenir ; foible et sans couleur 33 dans les contrées du nord , ici sa brûlante t» lumière pénètre et dilate les ruisseaux.

33 Ici s ’élèvent, du sein des lacs croupissans,

d’épaisses vapeurs qui se forment en

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nuâges onduleux et noircissent l’atmos- 35 plière. Sur ces brouillards terribles est » assise la mort aux axies noires , et tel est , » malheureuse contrée , la source de tes ca- 33 lamités. Quand les rayons tombent yeiv 33 ticalement , enveloppant la tête des mon- >3 fagnes et répandant le venin pestilentiel 33 de la rouge canicule , alors on voit fumer 33 leurs sommets , car les brouillards qui 33 s’élèvent du fonds des marais enva- 33 hissent les plus hautes terres. Malheur à 33 celui qui ne peut à cette heure désastreuse 33 éviter leur mortelle influence.

33 Mais , dites-moi , célestes Muses , quel 33 fut le téméraire qui osa le premier diriger 3» sa route à travers l’épaisse vapeur de 33 ces marais ! — Arrête , jeune insensé ! 33 cet air est empoisonné ; l’être, vivant ne 33 peut le respirer impunément. Arrête , 33 tandis que des fibres robustes unissent 33 toutes les parties de ton corps ^ et que la 33 santé vermeille brille encore sur ton aima- 33 ble visage ; arrête , avant que Phobera ( i J >3 ait fait couler dans tes veines ses germes

(i) Avant-courière des maladies.

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>5 mortifères. Apprends, jeune homme, que » ces marais recèlent des miasmes enveni- 33 mes. S’ils atteignent ton généreux sang , >3 adieu santé , adieu ton bonheur sur la 53 terre.

53 De-là naissent l’impitoyable lièvre tierce, y> fléau de la Caroline , et tout l’essaim far ou* >3 che des maladies , qu’accompagnent Phor- 53 reur au teint livide , l’angoisse aveugle et >3 les vertiges , troupe infernale ; cesse , te 33 dis-je , de respirer cet air impur : la mort 33 est dans le zéphyr; 33

Je puis certifier que cette description n’est nullement exagérée. Le climat est en effet terrible. Au mois d’août 1785 j’étois à Charlestown ; Pair étoit alors extrêmement chaud , car le thermomètre de Farenheit étoit à io5 degrés. Dans cette dangereuse saison, le vaisseau le George, capitaine W. Miskeily , venant de Belfast en dix semaines, arriva avec 227 passagers. Comme tous ces hommes n’a voient jamais respiré un air aussi brûlant , la plupart tombèrent malades , et dans l’espace d’une seule semaine cinquante de ces malheureux émigrans furent portés en terre. Un de ces passagers

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fut tellement effrayé de cet événement qu’il repartit aussi - tôt de Charlestown y sur un vaisseau destiné pour Philadelphie , d’où il se rendit à son pays natal , sans montrer le moindre désir de voir ou de connoître autrement le continent Américain.

On ne connoî’c pas assez combien les provinces méridionales de l’Amérique ont été anciennement fatales aux Européens. Des milliers d’hommes y ont émigré tous les ans. La plupart y sont morts et ont été oubliés. Dans l’espace de ces trente dernières années il est parti pour ce pays plus de monde d’Ecosse et d’Irlande que d’Angleterre. Je me rappelle que , quelque temps avant la dernière révolution , une douzaine de familles angloises partirent à-peu-près ensemble pour la Caroline. Toutes étoient composées de jeunes gens pleins d’ardeur et animés par l’espoir de faire une grande fortune. — Hélas ! la plupart moururent dans l’espace d’environ cinq ans, et en moins de dix tout fut éteint.

Mais revenons à notte docteur , et disons encore quelques mots sur son pamphlet.

Les mauyais exemples , dit - il , pour la

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jeunesse sont plus rares en Amérique qu’ailleurs « ; c’est sur quoi je ne tombe pas d’accord avec lui. Il y a moins d’industrie , et d’après cette seule circonstance je pourrois inférer que la jeunesse y est plus à portée de voir le vice. Dans la plus grande partie de l’Amérique où j’ai voyagé, j’ai vu que les enfans des habitans , pauvres comme riches , étoient dénués de toute espèce d’éducation , les uns par la négligence de leurs parens , les autres par l’extrême difficulté de s’y procurer de bons maîtres. C’est ce que personne ne peut nier ; mais on peut ajouter que si rhabitant pauvre fait apprendre un métier à son enfant , il est très-rare qu’il devienne bon ouvrier , par là raison -que les maîtres artisans donnent toujours la préférence à ceux qui viennent , comme ils disent , de la vieille contrée \ et lorsque quelqu’un de ceux - ci vient à s’établir , il a grand soin d’informer le public qu’il est arrivant d’Europe ; ce qui est pour lui un grand titre de recommandation.

J’ose donc affirmer que l’Amérique n’of- j; ire aux enfans ni bons exemples , ni faci- ji lites pour s’y procurer un état. Quant à la

piété et à la religion , je conviens que dans la nouvelle Angleterre il s'en trouvoit encore unpeu;que plusieurs de ceux qui l’habitoient étoient encore exacts observateurs du sabbat ^ et fidèlement attachés aux préceptes de l’évangile ; mais depuis quelques années ils commencent fort à dégénérer de la sévérité religieuse de leurs ancêtres. Tous les autres états n’ont ni clergé ni églises ; ils ne sont instruits que par quelques sectaires fort peu respectables ; et tout homme qui connoît les mœurs actuelles du continent doit savoir que le plus grand nombre de ce qu’on y appelle gens de distinction ont pour la religion un souverain mépris ; on y professe ouvertement le déisme , ou ce qu’on appelle en Europe philosophie. On prétend même que M. Franklin n’étoit pas trop éloigné de ce système ; et que dans ses conversations avec ses amis , il aimoit à s’égayer sur les miracles de l’ancien testament. Ainsi, relativement à la religion , les bons exemples sont peut-être plus rares encore en Amérique que par-tout ailleurs.

M. Franklin , dans sa vie privée , n’étoit pas exempt des imperfections et des fol-

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blesses humaines. Il ne se picjuoit pas d une plus grande régularité en matière conjugale qu’en fait de religion , et l’on assure que sa légitime épouse ayoit à lui reprocher de temps en temps quelques petites infidélités. On n’ignore pas qu’il a eu quelques maitresses , et qu’il existe plusieurs témoignages vivans de ses licencieuses amours. J’ai ouï souvent raconter l’anecdôcte suivante par un citoyen de Philadelphie qui ayoit été fort lié avec lui. Se promenant un après-midi dans les environs de la maison du docteur , il apperçut deux femmes qui se querelloient devant sa porte. En approchant , il vit que l’une étoit la femme de charge de la maison du docteur, et l’autre une fort jolie blanchisseuse, pour laquelle le docteur avoit eu sans doute des bontés. L’une étoit en faveur, et l’autre étoit disgraciée ; il n’est pas étonnant qu’elles n’eussent pas une grande amitié l’une pour l’autre. La dispute s’é-chauffa , des paroles on en vint aux coups , les rues retentissoient de leurs cris , et les. chapeaux , les coëffes , les mouchoirs votaient en lambeaux. Le docteur à sa fe-.

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ïiêtre regardoit le combat , et rioit à gorge déployée. N-cmo mortalium omnibus koris sapït ; et les philosophes ont leurs fragilités comme les autres hommes.

En conversant avec ses amis et ses connoissances , le docteur étoit affable et obligeant , et il aimoit à raconter des anecdotes comiques , qu’on aimoit à recueillir. Comme il avoit réellement de l’esprit , une collection de ses saillies et de ses propos favoris seroit une lecture amusante et instructive. Ses lettres à ses correspondans en étoient pleines ; & , dans ces compositions > on peut dire que ses aphorismes énergiques ressembloient à des pommes d’or sur un fonds d’argent .

Le docteur fut attaqué de la gravelle plusieurs années avant sa mort ; mais , au commencement d’avril 1790 , il fut pris d’une indisposition fébrile y sans aucuns symptômes, particuliers. Mais le 3 et le 4 il se plaignit d’une douleur dans le sein gauche. Insensiblement cette douleur augmenta 7 et devint extrêmement aiguë , accompagnée d’une toux et d’une mande difficulté de

respirer. Il demeura dans cet état jusqu’au

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17 , jour auquel, s’abandonnant avec une entière résignation à la volonté divine , il mourut âgé de 85 ans.

L’épitaphe qu’on va lire a été écrite par lui-même , long-temps avant sa mort.

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