RECUEIL
DE PIÈCES , FRAGMENS ET ANECDOTES Relatives a B. Franklin.
F i A révolution d’Amérique ( 1 ) a fait éclore une foule d’hommes vertueux , de guerriers intrépides et de politiques éclairés ; mais on n’en a point vu qui possédassent à un si haut degré que Franklin les caractères du vrai philosophe : amour du genre humain , qui devient le besoin de tous les instans de la vie , zèle infatigable pour le servir , lumières étendues , simplicité dans les manières , et pureté dans les mœurs. Ce portrait n’établiroit pas une ligne de séparation assez marquée entre lui et les poli-
(i) Extrait du Patriote François.
ii2 Pièces, Fragmens
tiques patriotes , si je n’ajoutôis un trait caractéristique ; c’est que Franklin , au milieu de la vaste scène où il jouoit un si brillant rôle , avoit les yeux sans cesse fixés sur un théâtre bien autrement vaste , sur le ciel , sur la vie future : le seul point de vue qui puisse soutenir , désintéresser , aggrandir l’homme sur la terre , et qui en fasse un vrai philosophe. Toute sa vie n’a été qu’une étude , qu’une pratique constante de la philosophie.
Les divers traits qu’on a lus dans la première partie de sa vie privée auroient pu donner dès - lors à un observateur attentif la mesure de son caractère , et il nous semble qu’il n’est guères possible de les lire sans j un attendrissement mêlé de respect. Franklin errant dans les rues de Philadelphie , avec six francs , environ , dans sa poche , inconnu à tout le monde , mangeant avec avidité un pain , en tenant deux sous son bras , étanchant ensuite sa soif dans les eaux de la Delaware ! Qui auroit pu reconnoître dans cet ouvrier misérable un des législateurs futurs de l’Amérique , l’ornement du nouveau monde ; un des chefs de la philosophie moderne , et un ambassadeur cou- J
vert
sur B. Franklin, h y
vert de gloire dans la contrée la plus riche , la plus puissante , la plus éclairée de l’univers P Qui auroit pu croire que la France , que l’Europe éléveroit un jour des statues à cet homme , qui n’avoit pas de quoi reposer sa tête ? Ce trait rappelle celui de J. J. Rousseau ; ayant , pour toute fortune , six liards , harassé de fatigue , et tourmenté par la faim il balançoit s’il sacrifieroit sa petite pièce à son repos ou à son appétit : finissant ce combat par l’achat d’un petit pain , il se livra au sommeil en plein air , et , dans cet abandon de la nature et des hommes , il jouissoit encore de l’une, et méprisoit le$ autres. Le Lyonnois , qui dédaignoit Rousseau parce qu’il étoit mal vêtu , est mort inconnu , et fliomme mal vêtu a des autels aujourd’hui. Ces exemples doivent consoler les hommes de génie que le sort a réduits à une semblable position , et qui sont obligés de lutter contre les besoins. L’adversité les forme ; qu’ils persévèrent^ et la même récompense les attend.
Le puritanisme déployoit sa désolante austérité dans Massachusett ; il paraît que le Partie II. H
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jeune Franklin sut de bonne heure en apprécier les simagrées. Comme son père faisoit précéder ses repas de longues oraisons et de bénédictions sur tous les ptsts . il voulut le corriger par ce trait plaisant. Il étoit occupé , a l’entrée de l’hiver , à saler des provisions : Père , lui dit-il , vous devriez faire la bénédiction une fois pour toutes sur ce tonneau de viande , ce seroit une grande économie de temps.
Benjamin se peignoit dans ce dernier trait , dont le principe étoit la base de sâ politique.
"Franklin , persuâdé que les lumières né pouvoient se répandre qu’en les recueillant d’abord , qu’en rassemblant les hommes qui les possédoient , a toujours été trèsardent pour encourager par-tout l’existence des clubs littéraires et politiques. Dans un de ces clubs qu’il fonda , voici les questions qui étoient faites au candidat.
Aimez-vous tous les hommes , de quelque profession ou religiôn qu ils soient ?
Croyez-vous qu’on puisse persécuter ou décrier un homme pour de pures opi-
sur B. Franklin.
Üions spéculatives , ou pour le culte qu’il professe ?
Aime^yous la vérité pour elle-même f ëruploiere^-yous tous vos efforts pour la coniioitre et la faire comioître aux autres ?
L’Amérique (i) angloise étoit destinée ; flans les vues éternelles de la providence et flans les combinaisons déjà mûres du géliie de Franklin , à voir élever de sort, honson le soleil de justice sociale , qui doit progressivement rayonner sur toutes les parties du monde. Ses colonies étoient formées d’hommes qui ne s’étoient pas trouvés assez libres en Angleterre ; qui cherélioient la nature , inconnue en Europe ; qui ne vouloient dépendre , clans leur religion , que du ciel et de la conscience j dans leurs mœurs , que de l’égalité civile et des loix ; dans leur bonheur , que de la société domestique et de la simplicité des vertus.
(i-) Fragmens du discours de M. l’abbé Fauchet ; prononce le 21 juillet 1790, au nom de la commuât hs * sns«