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Penn , le premier homme sorti du cahos social ou étoicnt plongées les nations ,, ayoit fondé P hiladelphie , la ville des frères , et qui , à ce titre , quelle a si bien justifié , mérite d’être appehee la capitale du genre humain • Elle est ouverte à la nature humaine , sans restriction ; car la loi qui excepte de l’admission dans la cité fraternelle l’athée et le fainéant , comme n’étant pas des hommes , ne présente, ainsi que Franklin lui-même en a fait la belle observation , qu’une exception comminatoire et sans effet ; « puisque , s’il existoit , ditil , un athée dans le reste de l’univers , a* il se couver tir oit en entrant dans une ville yy où tout est si bien ; et , s’il y naissoit un *> paresseux^ ayant incessamment sous les » yeux trois aimables sœurs , la richesse , » la science et la vertu , qui sont les filles du travail y il prendrait bientôt de l’amour v> pour elles , et s’efforcerait de les obtenir » de leur père ».
Les hommes ne peuvent être frères , et , par conséquent ^ sociables , quand les uns réprouvent les autres pour leurs opinions natives , et se croyent , en raison de cette diversité , divisés entr’eux par la distance
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du ciel et des enfers. Nul ne peut juger les consciences que Dieu seul. Le premier génie de l’univers , avec le plus ardent amour du vrai, peut embrasser une erreur religieuse, et s’y trouver lié par la sévérité de sa conscience. Quel est le mortel audacieux qui prétendra pouvoir calculer toutes les lumières et toutes les ombres qui affectent le plus simple ou le plus sublime des esprits , et qui osera dire :
« Il auroit pu croire comme moi ? Il est des préjugés invincibles : les effets de i’édu- cation , les croyances qui enveloppent l’aine dans l’enfance et la jeunesse , les tableaux religieux qui emplissent les imaginations de terreurs augustes , les habitudes d’adoration , la sanction de l’amour donnée à des dogmes révérés , mille actes de vertu pratiqués dans ces principes par des aines sincères ? peuvent retenir inévitablement le plus droit et le plus juste des hommes dans une religion paternelle mêlée d’erreurs. Le sage % lui-même qui , par la force de ses réflexions et l’activité de sa grande ame , s’élève , en implorant l’assistance divine , au-dessus des vulgaires pensées et des superstitions populaires , ne fait que flotter dans l’immensité des conceptions éternelles. , et redescend ?
IIS riECES
a\ec une sainte frayeur , aux élémens de sa loi primitive : il n en séparé que le mélange impur par lequel le fanatisme en a évidemment pour lui altéré la simplicité vénérable. Sans doute, la paresse de réfléchir, ue coupables passions , de libres abus de nos facultés peuvent nous retenir ou nous jetter , en matière de religion , dans des erreurs quinoussont imputa bles.Mais il n’appartient qu à celui qui lit dans les pensées et qui sonde les cceuts de les noter dans le livre des consciences, et de les punir au jour de ses jugemens. Les seules actions manifestement contraires aux loix de la morale universelle sont soumises a 1 inspection de tous les horo-j mes , et aux sentences de la société. Le vicieux , le méchant , l’être nuisible , lors même qu’il professe le yrai culte , voilà l’ennemi de l’humanité : le vertueux, le bon, l’être bienfaisant , lors même que son culte
est une erreur, voilà l’ami du genre hu- . P
in am.
Telle étoit , messieurs , la doctrine du sage dont nous honorons la mémoire. — Cette religion de la vertu par laquelle nous aimons Dieu et les hommes, et qui, selon nos écri, pires sacrées, est la seule pure et sans tache.
sur B. Franklin. i 19
était dans le cœur de Franklin et dans sesœuvres. Il la prêchoit dans les ouvrages cpi’il composoit , et qu’il imprimoit à Philadelphie. Il y rnettoit une simplicité , une naïve** té , une bonhommie , et cependant une intelligence , une sensibilité , un calme heureux qui saisissoit les âmes. Il excelloit dans ces paraboles religieuses dont l’évangile fournit tant d’aimables et sublimes exemples* Permettez-rnoi, messieurs, d’en citer une des siennes contre l’intolérace et la persécution. Il y peint, dans le style antique de la Genèse* le patriarche Abraham exerçant l’hospitalité envers un vieillard qui &e refuse à la prière de bénédiction adressée au Dieu très-haut * créateur du ciel et de la terre. L’étranger lui déclare qu’il n’adore que le Dieu de ses Loyers , et qu’il ne veut point participer b, un autre culte. Alors le zèle d’Àbraham s’allume ; il repousse l’homme , et le chasse la nuit dans le désert. Bientôt la voix de Dieu se fait entendre : « où est l’étranger » ? Le patriarche répond : « Seigneur il ne vous adore pas 1 j’ai, chassé cet infidèle Et Dieu dit : « Je l’ai souffert cent quatre -vingt- *> dix-huit ans • je l’ai nourri et habillé mal--
* gré sa rébellion contre moi ; et toi , homme
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» pécheur , tu ne peux le supporter une » seule nuit >5 ? Abraham s’écrie : ce J’ai pé- » ché , Seigneur ; que votre colère n’éclate » point », Et il se lève , il court au désert, il cherche le vieillard , il le trouve , il le ramène à sa tente , il le traite avec amitié , et le renvoie le lendemain avec des présens.
Ainsi Franklin affermissoit doucement , dans ses ouvrages périodiques , qui avoient un prodigieux succès dans les colonies angloises du continent, les fondemens sacrés de la morale sociale. Il n’est pas moins ini* mîtable dans les développemens de cette morale appliquée aux devoirs de l’amitié , à la charité générale, à l’emploi du temps, au bonheur de bien faire , à la combinaison nécessaire du bien particulier avec le bien public , aux fruits du travail , à la douce existence que procurent seules lès bonnes vertus , qui nous mettent à l’aise avec la société et avec nous-mêmes. Les Proverbes du vieux Henri > la Science du bonhomme Richard ( 1 ) sont entre les mains des ignorans et des savans : c’est la
(1) Nous avons cru que ce petit ouvrage , qu’on trouvera ci-après , ne dépareroit pas ce volume.
lit
sur B. Franklin.
plus sublime morale usuelle rendue populaire ; c’est pour tous les humains le catéchisme du bonheur.
Franklin étoit trop profond moraliste , et connoissoit trop les hommes , pour ne pas voir dans les femmes îês arbitres des mœurs. Il s’appliquoit à perfectionner leur empire , et à les engager à orner toutes leurs grâces le sceptre de la vertu. C’est à elles qu’il appartient d’exciter les courages , d’accabler le vice de leurs dé«* daiiis , d’allumer le civisme , et d’embraser les cœurs du saint amour de la patrie. Sa fille , riche , honorée de la publique estime , faisoit elle-même les premiers vêtemens de l’armée , et répandoit parmi ses concitoyennes l’émulation patriotique de servir de l’aiguille et du fuseau ceux qui s er voient l’état avec le glaive et le canon. Avec quel charme de sagesse et quelle grâce de sentiment Ce grave philosophe savait converser avec les femmes , les aimer et s’en faire aimer, leur inspirer le goût des occupations domestiques , leur montrer le prix de l’irréprochable honneur , les appliquer à la première institution des enfans , à la Seconde éducation des hommes , pour
riz Pièces, Fragmens
acquitter la dette de la nature , et remplir l’espoir de la société ! - Moraliste aimable , il descendoit , dans ses écrits , aux détails les. plus naïfs , aux familiarités les plus ingénues, aux premières notions de la vie champêtre » commerciale , civile et patriotique ; à des conversations d’enfans et de vieillards , pleines de toute la verdeur et de toute la maturité de la sagesse ; enfin. à l’exposition des vertus obscures , faciles , heureuses dont se compose la chaîne ininterrompue des momens de l’homme de bien.
— Les loisirs de Franklin étoient des actes, de honte dont les détails , s’ils n’étoient trop nombreux , feraient le charme de ce discours. Ses amusemens étoient des expenences qui tenoient du prodige y et dont une seule suffît pour en donner une idee hdeiie. Il fait lui-même ? dans une letti c à Lun des plus savans académiciens de Londres ( x } , la peinture d’une fête qu’il donnoit à ses amis et au public, sur les, bords heureux du Slcuyskill.
(l) M, Coliisoa.
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Une étincelle électrique , sans antre con«? ducteur que l’eau du fleuve , part et allume * au meme instant, sur les deux rives, l’esprit volatil préparé pour éclairer la fête 5 le ctioc invisible de l’électricité tue , aux yeux des spectateurs ravis , le gibier du festin ; des instrumens électrisés tournent et cuisent les viandes à la chaleur de la flamme éthérée ; des coupes pleines de ce fluide subtil , et sans en rien perdre , s’emplissent de vin d’Europe ; les savans convives de Philadelphie j habiles à éviter le contact labial qui feroit tout répandre , saluent j tour- à-tour , au bruit de l’artillerie d’une batterie électrique , tous les fameux électriciens de France , cPAnpîeterre , de Suisse , de Hollande , d’Italie , d’Allemagne : les échos des rivages répètent au loin ces salutations solemnel^es. — Vous concevez , Messieurs ^ quel doux et impérieux ascendant un sage qui fait goûter à ses concitoyens de si nobles plaisirs doit exercer sur leurs âmes élevées ! pas un moment de perdu dans sa vie ; pas une de ses pensées qui 11’aille au bien public ; pas un de ses travaux et de ses 4plassejnens qui ne di§e aux hommes :