BONHOMME RICHARD
Par B. Franklin.
J’ai ouï dire que rien ne fait autant de plaisir à un auteur , que de voir ses ouvrages cités avec vénération par d’autres savans écrivains. Il m’est rarement arrivé de jouir de ce plaisir. Car , quoique je puisse dire , sans vanité , que depuis un quart de siècle je me suis fait annuellement un nom distingué parmi les auteurs d’almanachs , il ne m’est guères arrivé de voir que les écrivains , mes confrères dans le même genre , daignassent m’honorer de quelques éloges , ou qu’aucun autre auteur fît la moindre mention de moi ; de sorte que , sans le petit profit effectif que j’ai fait sur mes productions , la disette d’applaudissemens m’auroit totalement découragé.
J’ai conclu à la fin que le meilleur juge
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de mon mérite étoit le peuple , puisqu'il aclietoit mon almanach , d’autant plus qu’eri me répandant dans le monde , sans êtrë connu, j’ai souvent entendu répéter quelqu’un de mes adages par celui-ci ou celuiyà, en ajoutant toujours à la fin : u coiriy* me dit le bonhomme Richard x>. Cela m’a fait quelque plaisir , et m’a protivé qua non-seulement on faisoit cas de mes leçons , mdis qu’on avoit encore quelque respect pour mon autorité ; et j’avoue que, pour encourager d’autant plus le monde à se rappeller mes maximes et à les répéter, il m’est arrivé quelquefois de me citer moimême du ton le plus grave.
Jugez d’après cela combien je dus être content d’une aventure que je vais vous rapporter. Je m’arrêtai l’autre jour à cheval dans un endroit où il y avoit beaucoup de monde assemblé pour une vente q l’on y faisoit. L’heure n’étant pas encore venue , la compagnie causoit sur la dureté des temps , et quelqu’un s’adressant à un personnage en cheveux blancs , et assez bien mis , lui dit : ce et vous , pere Abra*
» ham , que pensez-vous de ce temps-ci ?
& N’êtes-vous pas d’avis que la pesanteur
des
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8 des impositions finira par détruire ce » pays-ci de fond en comble ? Car , com- » ment faire pour les payer ? Quel parti » voudriez-vous qu’on prît là-dessus ?» Le père Abraham fut quelque temps à réfléchir , et répliqua : si vous voulez savoir ma façon de penser , je vais vous la dire en peu de mots : « car , pour l’homme bien » avisé , il ne faut que peu de paroles. Ce » n est pas la quantité de mots qui remplit le boisseau , comme dit le bonhomme Ri- » chard ». Tout le monde se réunit pour engager le père Abraham à parler , et l’assemblée s’étant approchée en cercle autour de lui , il tint le discours suivant : « Mes chers amis et bons voisins , il est certain que les impositions sont très-lourdes ; cependant, si nous n’avions à payer que celles que le gouvernement nous demande , nous pourrions espérer d’y faire face plus aisément ; mais nous en ayons une quanti é d’autres beaucoup plus onéreuses : par exemple , notre paresse nous prend deux fois autant que le gouvernement , notre orgueil trois fois , et notre inconsidération quatre fois autant encore. Cas taxes sont d’une telle nature , qu’il n’est pas Partie II. M
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possible aux commissaires de diminuer leur poids , ni de nous en délivrer ; cependant il y a quelque chose à espérer pour nous , si nous voulons suivre un bon conseil ; « car , comme dit le bonhomme Richard » dans son almanach de 1733 , Dieu dit à » l’homme aide-toi, je t’aiderai ».
S’il y avoit un gouvernement qui obligeât les sujets à donner régulièrement la dixième partie de leur temps pour son service , on trouveroit assurément cette condition fort dure ; mais la plupart d’entre nous sont taxés, par leur pâresse , d’une manière beaucoup plus tyrannique . Car si vous comptez le temps que vous passez dans une oisiveté absolue , c’est-à-dire, ou à ne rien faire, ou dans des dissipations qui ne mènent à rien , vous trouverez que je dis vrai. L’oisiveté amène avec elle des incommodités , et raccourcit sensiblement la durée de la vie. « L’oisiveté, » comme dit le bonhomme Richard, res- » semble à la rouille, elle use beaucoup » plus que le travail : la clef dont on se sert » est toujours claire ». Mais si vous aimez la vie , comme dit encore le bonhomme Richard , ne dissipez pas le temps , car la vie en est faite. Combien de temps ne donnons-
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lieras pas au sommeil au-delà de ce que nous devrions naturellement lui donner? Nous oublions que « le renard qui dort ne prend » point de poules » , et que nous aurons assez de temps à dormir quand nous serons dans le cercueil. Si le temps est le plus précieux des biens, « la perte du temps t comme » dit le bonhomme Richard , doit être aussi » la plus grande des prodigalités , puisque , » comme il le dit encore , le temps perdu » ne se retrouve jamais , et que ce que nous » appelions assez de temps se trouve tou- » jours trop court ». Courage donc , et agissons pendant que nous le pouvons. Moyennant l’activité , nous ferons beaucoup plus avec moins de peine. « L’oisiveté , comme 3* dit le bonhomme Richard , rend tout dif- » ficile ; l’industrie rend tout aisé ; celui qui » se lève tard s’agite tout le jour, et com- » mence à peine ses affaires qu’il est déjà » nuit. La paresse va si lentement , que la » pauvreté l’atteint tout d’un coup ; poussez » vos affaires , et que ce ne soit pas elles » qui vous poussent. Se coucher de bonne » heure et se lever matin sont les deux » meilleurs moyens de conserver sa santé , » sa fortune et son jugement ».
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Que signifient les espérances et les vœux que nous formons pour des temps plus heureux? Nous rendrons le temps bon en sortant de nous-mêmes, ce L'industrie , comme ^ dit le bonhomme Richard , n’a pas besoin 5? de souhaits. Celui qui vit sur l'espérance court risque de mourir de faim : il n’y ^ a point de profit sans peine ». Il faut me servir de mes mains puisque je n’ai point de terres ; si j’en ai , elles sont fortement imposées ; et y comme le bonhomme Richard l’observe avec raison 9 un métier vaut un fonds de terre ; une profession est un em- » ploi qui réunit toujours pour vous fhon- » ne ur et le profit ». Mais- il faut travailler à son métier et soutenir sa réputation ; autrement ni le fonds rifle magasin ne nous aideront pas àpayer nos impôts.. Quiconque est industrieux 9 dit le honhomme Richard , n?a point à craindre la disette ». Lafe-im regarde à la porte de F homme laborieux, mais elle n'ose pas y entrer. Elle est également respectée des commissaires et des lims^ siers ; car , comme dit le bonhomme Rî^ chard, ce ^industrie paie les dettes, et le » désespoir les augmente Il d'est pas nécessaire que vous trouviez des trésors , ni
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que de riches pareils tous fassent leur légataire. ce La vigilance, comme dit le bon- 33 homme Richard , est la mère de la pros- >3 périté , et Dieu ne refuse rien à l’indus- 33 trie 3>. Labourez pendant que le paresseux dort , vous aurez du bled à vendre et à garder. Labourez pendant tous les instans qui s’appellent aujourd’hui , car vous ne pouvez pas savoir tous les obstacles que vous rencontrerez le lendemain. C’estceqiiifaitdireau bonhomme Richard : ce un bon aujourd’hui vaut » mieux que deux demain. Et encore : avez- 33 vous quelque chose à faire pour demain ? 33 faites-la aujourd’hui 33. Si vous étiez la domestique d’un bon maître, ne seriez-vous pas honteux qu’il vous appellât paresseux ? Mais vous êtes votre propre maître, ce Rou* 33 gissez donc ^ comme dit le bonhomme 33 Richard , d’avoir à vous reprocher la pa- 33 resse 33. Vous avez tant à faire pour vousmême y pour votre famille , pour votre patrie, pour votre souverain : levez-vous donc dès le point du jour ; que le soleil r en regardant la terre , ne puisse pas dire : c< voilà un 33 lâche qui sommeille 33. Point de remises P mettez-vous à l’ouvrage , endurcissez vos malus à manier vos outils, etsotîvenez^y.oïxs *.
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comme dit le bonhomme Richard , * qu’un » chat en mitaine ne prend point de souris ». Vous me direz qu’il y a beaucoup à faire M et que vous n’avez pas la force. Cela peut être; mais ayez la volonté et la persévérance , et vous verrez des merveilles; car, comme dit le bonhomme Richard dans son almanach 9 je ne me souviens pas bien dans quelle année : ce l’eau qui tombe constamment goutte » à goutte parvient à consumer la pierre ». Avec du travail et de la patience une souris coupe un cable , et de petits coups répétés abattent de grands chênes.
11 me semble entendre quelqu’un de vous me dire : ce est- ce qu’il ne faut pas prendre » quelques instans de loisir?» Je vous répondrai * mes amis , ce que dit le bonhomme Richard : cc employez bien votre temps si » vous voulez mériter le repos , et ne perdez » pas une heure , puisque vous n’êtes pas » sûrs d’une minute ». Le loisir est un temps qu’on peut employer à quelque chose d’utile. Il n’y a que l’homme vigilant qui puisse se procurer cette espèce de loisir auquel le paresseux ne parvient jamais, ce La vie tran- » quille , comme dit le bonhomme Richard , et la vie oisive sont deux choses fort dif-
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» férentes *>. Croyez -vous que la paresse vous procurera plus d’agrément que le travail ? Vous avez tort ; car , comme dit encore le bonhomme Richard , ce la paresse engen- » dre des soucis , et le loisir sans nécessite » produit des peines fâcheuses. Bien des 33 gens voudroient vivre , sans travailler, par 3* leur seul esprit ; mais ils ecliouent mute 33 de fonds 33 . L’industrie au contraire amène toujours l’agrément , l’abondance et la considération. Le plaisir court apres ceux qui le fuient. La fileuse vigilante ne manque jamais de chemise, ce Depuis que j ai un 33 troupeau et une vache, chacun me donne 33 le bonjour , comme dit très-bien le bon- 33 homme Richard
Mais indépendamment de l’industrie , il faut encore avoir de la constance , de la, résolution et des soins. Il faut voir ses affaires avec ses propres yeux , et ne pas trop se confier aux autres ; car, comme dit le bonhomme Richard , «c je n’ai jamais vu un 33 arbre qu’on change souvent de place , ni 33 une famille qui déménage souvent , pros- $3 pérer autant que d’autres qui sont stables » , Trois déménagemens font le meme tort que l’incendie. Il vaut autant jetter l’arbre au
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feu que le changer de place. Gardez votre boutique, et votre boutique vous gardera. Si vous voulez faire votre affaire , allez-y vous-même ; si vous voulez qu’elle ne soit pas faite , envoyez-y. Pour que le laboureur prospère, il faut qu’il conduise sa charrue, ou qu’il la tire lui-même. L’œil d’un maître bot plus que ses deux mains. Le défaut de soins fait plus de tort que le défaut de savoir. Ne point surveiller les journaliers est la même chose que livrer sa bourse à leur discrétion. Le trop de confiance dans les autres . est la ruine de bien des gens ; car , comme ctit l’almanach , « dans les affaires du monde » ce n’est pas par la foi qu’on se sauve , >3 c’est en n’en ayant pas ». Les soins qu’011 prend pour soi-même sont toujours profitables ; car , comme dit le bonholtime Richard, « le savoir est pour l’homme studieux, » et les richesses pour l’homme vigilant , sa comme la puissance pour la bravoure , et » le ciel pour la vertu ». Si vous voulez avoir un serviteur fidèle et que vous aimiez, comment ferez - vous P Servez -vous vousmême. Le bonhomme Richard conseille la circonsjiectiori et le soin par rapport aux ooje.ts môme de la plus petite importance ,
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parce qu’il arrive souvent qu’une légère négligence produit un grand mal. « Faute 33 d’un clou , dit-il ^ le fer d’un cheval se perd ; faute d’un fer ^ on perd le cheval ; 35 et faute d’un cheval , le cavalier lui-même 35 est perdu, parce que son ennemi l’atteint >5 et le tue , et le tout pour n’avoir pas fait ^ attention à un clou au fer de sa monture *>.
C’en est assez , mes amis , sur l’industrie et sur l’attention que nous devons donner à nos propres affaires ; mais après cela nous devons avoir encore la tempérance , si nous voulons assurer les succès de notre industrie. Si un homme ne sait pas épargner en même- temps qu’il gagne , il mourra sans avoir un sou , après avoir été toute sa vie collé sur son ouvrage. «Plus la cuisine est 33 grasse , ait le bonhomme Richard , plus le 33 testament est maigre ». Bien des fortunes se dissipent en meine-temps qu’on les gagne , depuis que les femmes ont négligé les que-* nouilles et le tricot pour la table à thé , et que les hommes ont quitté pour le punch, la hache et le marteau, ce Si vous voulez être 33 riche , dit -il dans un autre almanach, 33 n’apprenez pas seulement comment oh » gagne , sachez aussi comment on
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nage ». Les Indes n’ont pas enrichi les Espagnols , parce que leurs dépenses ont été plus considérables que leurs profits.
Renoncez donc à vos folies dispendieuses , et vous aurez moins à vous plaindre de l’ingratitude des temps, de la dureté des impositions , et de l’entretien onéreux de vos grosses maisons. Car , comme dit le bonhomme Richard , « le vin , les femmes , le m jeu et la mauvaise foi diminuent la fortune » et multiplient les besoins ». Il en coûte plus cher pour maintenir un vice , que pour élever deux erifans. Vous pensez peut-être qu’un peu de thé , quelques tasses de punch de fois à autre , quelques délicatesses pour la table , quelques recherches de plus dans les habits , et quelques amusemens de temps en temps ne peuvent pas être d’une grande importance ; maissouvenezvousdece que dit le bonhomme Richard : «un peu répété plu- » sieurs fois fait beaucoup ». Soyez en garde contre les petites dépenses. Il ne faut qu’une légère voie d’eau pour submerger un grand vaisseau. La délicatesse du goût conduit à la mendicité. Les fous donnent les festins, et les sages' les mangent.
Vous voilà tous assemblés ici pour une
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Tente de curiosités et de brinborions précieux. Vous appeliez cela des biens ; mais , si vous n’y prenez garde , il en résultera de grands maux pour quelques-uns de vous.
Vous comptez que ces objets se vendront bon marché , c’est-à-dire , moins qu’ils n’ont coûté ; mais s’ils ne vous sont pas réellement nécessaires, ils seront toujours beaucoup trop chers pour vous. Ressouvenezvous encore de ce que dit le bonhomme Richard : ce Si tu achètes ce qui est superflu » pour toi , tu ne tarderas pas à vendre ce y* qui t’est le plus nécessaire *>. Fais toujours réflexion avant de profiter d’un bon marché. Le bonhomme pense peut-être que souvent un bon marché n’est qu'illusoire , et qu’en vous gênant dans vos affaires , il vous cause plus de tort qu’il ne vous fait de profit. Car je me souviens qu’il dit : w j’ai vu quantité de » gens ruinés pour avoir lait de bons mar- » chés. C’est une folie , dit encore le bon- 35 homme Richard , d’employer son argent 3> à acheter un repentir 55. C’est cependant ce qu’on fait tous les jours dans les ventes, faute d’avoir lu l’almanach. ce L’homme sage, » dit encore le bonhomme Richard , s’ins- " trait par les malheurs d’autrui »• Les fous
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deviennent rarement plus sages par leur propre malheur \felix quem f admit aliéna pencula caution . Je sais tel cjui , pour orner ses épaulés , a fait jeûner son ventre , et a presque réduit sa famille à se passer de pain.
Les étoffes de soie , les satins , les écar- 73 lates elles velours, comme dit le bonhomme » Richard , refroidissent la cuisine ». Loin d être des besoins de la vie ^ on peut à peine les regarder comme des commodités. L’on ii est tenté de les avoir , qu’à cause de l’éclat de leur apparence. C’est ainsi que les besoins artiüciels du genre humain sont devenus plus nombreux que les besoins naturels.
i5> P °ur une personne réellement pauvre , dit le bonhomme Richard , il y a cent indi- » gens ». Par ces extravagances et autres Semblables, les gens bien nés sont réduits a la pauvreté , et sont forcés d'avoir recours à ceux qu’ils méprisoient auparavant ^ mais qui ont su se maintenir par l’industrie et la tempérance. C'est ce qui prouve « qu’un manant sur ses pieds , comme le dit fort bien le bonhomme Richard , est plus grand » qu’un gentilhomme à genoux ». Peut-être ceux qui se plaignent le plus a voient-ils héritVé d’une fortune honnête ; mais , -sans c on-
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fcioître les moyens par lesquels elle avoit été acquise , ils se sont dit : ce il est jour , et il » ne fera jamais nuit ». Une si petite dépense sur une fortune comme la mienne ne mérite pas qu’on y fasse attention. Mais dans le fond , « les enfans et les fous , comme le » dit très-bien le bonhomme Richard , ima- » gin eut que vingt francs et vingt ans ne peuas vent jamais finir». Mais à force de toujours prendre à la huche , sans y rien mettre , on vient bientôt à trouver le fond ; et alo^s , comme dit le bonhomme Richard , ce quand » le puits est sec ? on connoît la valeur de » l’eau ». Mais c’est ce qu’ils auroient su d’abord , s’ils avaient voulu le consulter. Etes- vous curieux , mes amis y de connoître ce que vaut l’argent ? Allez et essayez d’en emprunter à quelqu’un ; celui qui veut faire un emprunt doit s’attendre à une mortification. Il en aiyiye autant à ceux qui prêtent à certaines gens,, quand ils vont redemander leur du. Mais ce n’est pas là notre question. Le bonhomme Richard , à propos de ce que je disois d’abord , nous prévient prudemment que l’orgueil de la parure est un travers funeste. Avant de consulter votre fantaisie , consultez votre bourse. L’orgueil est un men-
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•diant qui crie aussi haut que le besoin , mais qui est infiniment plus insatiable. Si voué avez acheté une jolie chose , il vous en faudra dix autres encore , afin que l’assortiment soit complet ; car , comme dit le bonhomme Richard , « il est plus aisé de réprimer la pre- » mière fantaisie , que de satisfaire toutes >• celles qui viennent ensuite ». Il est aussi fou au pauvre de vouloir être le singe du riche , qu’il l’étoit à la grenouille de s’enfler pour devenir l’égale du bœuf. Les gros vaisseaux peuvent risquer davantage ; mais il ne faut pas que les petits bateaux s’éloignent jamais du rivage. Les folies de cette espèce sont bientôt punies ; car , comme dit le bonhomme Richard , « la gloire qui dîne de » l’orgueil , fait son souper du mépris ». Et le bonhomme dit encore ailleurs : « la gloire » déjeûne avec l’abondance , dîne avec la » pauvreté , et soupe avec la honte ». Que revient-il,au reste, de cette vanité de paroître pour laquelle on se donne tant de peines , et l’on s’expose à de si grands chagrinsPCela ne peut ni nous conserver la santé, ni nous guérir de nos maladies. Au contraire , sans augmenter le mérite personnel, cela fait naître l’envie, et précipite la ruine des fortunes.
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Qu’est-ce qu’un papillon ? Ce n’est tout au plus qu’une chenille habillée , et voilà ce qu’est le petit maître. Comme dit encore le bonhomme Richard : ce quelle folie n’est-ce » pas que de s’endetter pour de telles super- » fluités ! *> Dans cette vente -ci , mes amis , on nous offre six mois de crédit, et peut-être est-ce l’avantage de cette condition qui a engagé quelqu’un d’entre nous à s’y trouver f parce que , n’ayant point d’argent comptant à dépenser , nous trouverons ici la facilité de satisfaire notre fantaisie sans rien débourser. Mais pensez- vous bien à ce que vous faites , lorsque vous vous endettez ? Vous donnez des droits à un autre homme sur votre liberté. Si vous ne payez pas au terme fixé , vous serez honteux de voir votre créancier , vous serez dans l’appréhension en lui parlant : vous vous abaisserez à des excuses pitoyablement motivées ; peu-à-peu vous perdrez votre franchise , et vous viendrez enfin à vous déshonorer par les menteriesles plus évidentes et les plus méprisables. Car, comme dit le bonhomme Richard , ce la première » faute est de s’endetter , la seconde est de » mentir ». Le faiseur de dettes a toujours le mensonge en croupe. Un Ànglois né libre
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ne deyr oit jamais rougir ni appréhender de parler à quelque homme vivant que ce soit , ni de le regarder en face. La pauvreté n’est que trop capable d’anéantir le courage et toutes les vertus de l’homme . « Il est diffî- » cile, dit îe bonhomme Richard, qu’un sac 3» yuide puisse se tenir debout » Que penseriez vous d’un prince ou d’un gouvernement qui vous défendroit , par un édit , de vous habiller comme les personnes de distinction , sous peine de prison ou de servitude ? Ne diriez-vous pas que vous êtes nés libres , que vous avez le droit de vous habiller comme bon vous semble , qu’un tel édit sexoit un attentat formel contre vos privilèges , et qu’un tel gouvernement seroit tyrannique ? Et cependant vous vous soumettez vous-mêmes à cette tyrannie v quand vous vous endettez par la fantaisie de paroître.
Votre créancier, a le droit , si bon lui sem* ble , de vous priver de votre liberté , en vous confinant pour toute votre vie dans une prison , ou en vous vendant comme esclave, si vous n’êtes pcs en état de le payer. Quand vous avez fait le marché qui vous plaît , il peut arriver que vous ne songiez guères
au
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an paiement ; mais les créanciers . comme dit le bonhomme Richard , « ont meil- » leure mémoire que les débiteurs. Les » créanciers , dit-il encore , sont la secte du » monde là plus superstitieuse. Il n’y a pas »> d’observateurs plus exacts qu’eux de »> toutes les époques du calendrier ». Le temps roule autour de vous sans que vous y fassiez attention , et l’on vient former demande avant que vous ayez formé le moindre préparatif pour y satisfaire. Si vous songez , au contraire , à votre dette , le terme , qui pâroissoit d’abord si long, tous semblera extrêmement court lorsqu’il s’approchera. Il semble que le temps ait des ailes aux talons , comme il en a aux épaules. ce Le carême est bien court , dit le » bonhomme Richard , pour ceux qui doi-- » vent payer à Pâques ». L’emprunteur et Je débiteur sont deux esclaves , l’un du prêteur , l’autre du créancier ; ayez horreur de cette chaîne. Conservez votre lhberté et votre indépendance ; soyez industrieux et libres ; soyez modestes et libres ; mais peut-être pensez -vous en ce moment être dans un état d’opulence qui vous permet de satisfaire quelque fantaisie sans ris- Partis II. N
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quer de vous faire tort. Mais épargnez pou# Je temps de la vieillesse et du besoin , pendant que vous le pouvez ; « le soleil du maso tin ne dure pas tout le j our , comme dit *> le bonhomme Richard ». Le gain est in- » certain et passager , mais la. dépense sera toujours continuelle et certaine. « Il est r> plus aisé de bâtir deux cheminées que d’en tenir une chaude , comme dit le bon- » homme Richard ; ainsi j allez plutôt vous » coucher sans souper , que de vous lever *. avec des dettes ». Gagnez ce qu’il vous est possible , et sachez ménager ce que vous avez gagné. C’est le véritable secret de changer votre plomb en or. Il est bien sûr que quand vous posséderez cette pierre philosophale , vous ne vous plaindrez pas de la rigueur des temps , et de la difficulté à payer les impôts. Cette doctrine , mes amis , est celle de la raison et de la prudence. JSPallez pas cependant vous confier uniquement à votre industrie , à votre vigilance et à votre économie. Ce sont d’excellentes choses , à la vérité , mais elles vous seront tout-à-fait inutiles , si vous n’avez , avant tout , les bénédictions du ciel. Demandez humblement ces bénédictions ; ne
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.Soyez point insensibles aux besoins de cens à qui elles sont refusées ; m is donnez-leur des consolations et des secours. Souvenez- Vous que Job Fut pauvre , et qu’ensuite il redevint heureux.
Je n en dirai pas davantage. L expérience tient une école où les leçons coûtent cher ; mais c est la seule où. les insensés puissent s’instruire , encore n’apprennent-ils pas grand cnose ■ car f comme dit le bonhomme Richard , « on peut donner un bon avis P *> mais non pas la bonne conduite ». Reseohvenez-vous donc que celui qui ne sait pas recevoir un bon conseil p ne peut pas non plus être secouru d’une manière utile ; car , comme dit le bonhomme Richard ce si vous rie vouiez pas écouter la raison , •» elle ne manquera pas de se Faire sentir », Le vieil Abi aliam finit ainsi sa harangue. Le peuple écoutoit son discours ; on approuva ses maximes ; mais on ne manqua pas de Faire sur le champ le contraire précisément , comme il arrive aux sermons ordinaires : car la vente ayant commencé chacun acheta !e la manière la plus extravagante f nonobstant toutes les remontrances du sermonneur et les craintes qtr«t~