CHAPITRE V I
Miss Read , mariée à un autre . Nouveau changement d'état , et retour à l'imprimerie. Histoire d'un écolier d'Oxford.
Rupture avec Keimer , et raccommodement à l occasion d'un papier-monnoie. Connoissances que procure à Franklin l'impression de ce papier . Ses principes en fait de religion .
IC ei th n’étoit plus gouverneur à Philadelphie, le major Gordon l’ayant remplacé. Je le rencontrai marchant dans les rues comme un simple citoyen. Il parut un peu honteux , en me voyant , mais il passa sans me rien dire.
J’aurois été au moins aussi honteux moimême en voyant miss Read , si sa famille , désespérant , avec raison , de mon retour , d’après la lecture de ma lettre , ne l’eût persuadée de renoncer à moi , et d’épouser un potier , nommé Rogers , ce qui fut fait en mon absence. Il ne la rendit cependant jamais heureuse , et bientôt elle s’en sépara 9
renonçant à cohabiter avec lui , et même à porter son nom , parce que le bruit couroit qu'il avoit une autre femme. Son habileté dans sa profession avoit séduit les parens de miss Raad ; mais il étoit aussi mauvais sujet qu’excellent ouvrier. Il s’endetta et s’enfuit ,
1^27 ou 172S , aux des , ou il mourut.
Pendant mon absence , Keimer avoit pris une maison plus consirable , où il tenoit un magasin bien fourni de papiers , et autres articles accessoires. Il s’étoit procuré des caractères neufs en abondance , et nombre d ouvriers , dont , à la vérité, il n’y en avoit aucun de bon : l’ouvrage paroissoit ne pas manquer chez lui.
M. Denham prit un magasin dans ’W aterstreet , où nous étalâmes nos marchandises. Je fus assidu au travail ; j’étudiai la comptabilité , et en peu de temps je devins expert au métier. Nous logions et mangions ensemble ; il m’étoit sincèrement attaché , et amssoit avec moi comme s’il eût été mon père. De mon côté , je le respectois et laimois : ma situation étoit très-heureuse ; mais ce bonheur fut de courte durée.
Au commencement de février 1727 , époque pù j’entrois dans ma vingt-deuxième année,
nous
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nous tombâmes malades F un et F autre. Je fus attaqué d’une pleurésie qui faillit à m’emporter ; je souffris beaucoup , et me regardai comme perdu* Ce fut meme une sorte de désappointement pour moi , lorque je me trouvai en voie de guérison , et je regrettai d’avoir encore à parcourir tôt ou tard toute cette désagréable carrière.
J’ai oublié quelle étoit la maladie de M.î Denham \ elle fut longue , et enfin il y succomba. 11 me laissa , par testament ? un petit legs , en témoignage de son affection, et me livra de nouveau a moi -même dans le vaste univeis ; car le magasin fut confié aux soins de 1 exécuteur testamentaire , et je reçus mon congé.
Mon beau-frère , M. Holmes , qui se trouvoit alors a Philadelphie , me conseilla de retourner à ma première profession , et Keymer m offrit de gros appointemens pour m’engager a piendre la conduite de son imprimerie afin qu il pût donner lui-même tous ses soins à sa boutique. Sa femme et ses parens à Londres m’avoient fait de mauvais i apports sur son compte , et je ne me sournois pas trop d’avoir encore quelque chose à démeler ayec lui. Je cherchai de l’emploi