RAPPORT SUR LE PRIX DUPEUX XXV
la retraite vers la Meurthe des bataillons, escadrons et batteries qu’avaient éprouvés de rudes combats.
C’est alors qu'après tant d’espérances, l’angoisse étreint les cœurs de ces Lorrains de la frontière. Ils savent qu’au début d’août, les villages de Montigny et de Parux ont été brûlés par les Allemands. Faut-il partir? Mais c’est abandonner la maison des ancêtres et toutes ses richesses : les récoltes engrangées, les instruments de culture, les vieilles armoires aux cuivres étincelants, la grande horloge, témoin de la vie familiale et qui, depuis si longtemps en sonne les heures tristes ou joyeuses et tous ces objets familiers, chargés de souvenirs qui prolongent le passé dans le présent et auxquels les vieux sont attachés d’une AGO st touchante.
Mais le 22 août, des canons sont mis en batterie sur les hauteurs voisines et le 23, les rafales d’obus annoncent qu’un combat d’arrière-garde est engagé.
C’est alors le départ précipité. Sur des chariots sont chargés les objets qui paraissent les plus précieux et les plus nécessaires : des vivres, du linge, des matelats, des édredons et les pauvres gens s’en vont, vieillards, femmes et enfants — car les hommes sont mobilisés — ils franchissent la Meurthe sur laquelle ils espèrent que l’envahisseur sera arrêté, ils cherchent un refuge dans les villages de la vallée de la Mortagne, mais c’est au milieu des troupes allemandes, en pleine bataille et sous les obus français qu’ils tombent. A Domptail, deux habitants de Gelacourt sont tués. Les malheureux fugitifs reprennent la route de leur village et par les chemins creusés d’obus, c’est le retour lamentable vers la demeure qu'ils retrouvent pillée, odieusement profanée et occupée en maître par l’étranger.
Pendant plus de quinze jours il fallut vivre avec le vainqueur enivré de sa victoire, impérieux et brutal. Enfin le 12 septembre c’est la délivrance. Les Allemands se retirent dans la région de Domèvre —Ancerviller et jusqu’à la fin de la guerre, sous la menace d'une attaque toujours possible et sous la voix du canon qui tonne chaque jour, Gelacourt connut la pénible existence de ces villages qui, tout le long du front. s'efforcaient de