‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 2)Chapitre 20 sur 101 · XXVI SÉANCE PUBLIQUE DU 22 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XXVI SÉANCE PUBLIQUE DU 22 DÉCEMBRE

remettre en culture leurs champs abandonnés et qui devaient en même temps offrir l'hospitalité de leurs maisons aux troupes descendant des tranchées : artilleurs et fantassins, hussards et spahis, nègres du général Marchand et soldats d'Amérique.

M. Didierjean reconstitue avec précision les épisodes de cette vie d'épreuves traversée de temps à autre par la joie de l’arrivée d’un soldat du pays, permissionnaire; 1l dit comment les vieillards et les femmes, fidèles à la noble mission du laboureur, malgré les difficultés, reprennent le travail des champs, font labours, semailles et récoltes; 1] conte les tracas de cette vie de cantonnement qui laisse à l'habitant bien peu de liberté dans sa maison et le met à la merci de l'humeur tantôt compatissante, tantôt insensible du soldat qui l’occupe.

L'étude de M. Didierjean est un document intéressant sur la vie d’un village du front lorrain pendant la grande guerre, 1] semble toutefois que l’auteur ait donné à l'histoire générale de la guerre une part plus grande qu'iln’était nécessaire pour comprendre l’histoire particulière de Gelacourt pendant cette crise. En outre, deux chapitres consacrés l’un (chap. VI) à l'artillerie lourde, l’autre (chap. X) au canon de 75 si intéressants qu’ils soient, interrompent d’une façon inattendue le cours du récit des événements.

Ces réserves faites, l’Académie a estimé que l'ouvrage de M. Didierjean méritait de recevoir une partie du prix Dupeux et une somme de 150 francs lui a été attribuée.

Le troisième ouvrage présenté au concours du prix Dupeux est une étude historique sur les « Forestiers » des Vosges par M. Méline, instituteur honoraire au Tholy.

L'auteur a passé la plus grande partie de sa vie dans la vallée de la Moselotte et dans le massif montagneux qu'encadrent cette rivière et la Vologne. Au cours de ses promenades, il a recherché dans le sol les traces du passé et a découvert des vestiges de l’époque préhistorique : mendhirs, instruments en pierre polie, grès vosgiens et os calcinés indices de foyers. Ses découvertes l’incitèrent à rechercher quels furent dans la suite des siècles les descendants de ces ancêtres lointains dont il assure qu'ils se maintinrent dans la montagne sans interruption, depuis

RAPPORT SUR LE PRIX DUPEUX XXVIT

l’époque néolithique et ne furent asservis ni par les Gaulois, ni par les Romains.

C’est ainsi que M. Méline fut amené à étudier l’histoire de ces « Forestiers » dont le norn tiré du mot latin foris (extérieur), signifie ceux qui habitent le dehors, ce qu'il faut entendre par le dehors de la villa humaine, le dehors du village ou du groupement humain organisé dans la plaine ou la vallée pour la vie en commun qu’impose la culture du sol.

Vivant pauvrement du produit de leur pêche, de leur chasse, de leurs troupeaux, de la récolte des glands et du miel trouvé dans les arbres creux, M. Méline suppose que ces montagnards, disséminés dans les clairières et sur les plateaux découverts ne sont entrés en relations avec les habitants de la plaine qu’à l’époque des Francs Mérovingiens. C’est à cette époque que les chefs francs auraient créé les forestaria ou foresteries, vastes territoires de bois et de pâtures qu'ils se réservaient pour leurs troupeaux et pour leurs chasses contre l’ours, l’auroch, le sanglier et le cerf. pe

Le premier texte mentionné par M. Méline dans lequel il soit question de la foresta vosgienne est une lettre de 822 donnée à Luxeuil par l’empereur Louis le Débonnaire pour confirmer les privilèges dont jouissent plusieurs forestiers vosgiens exempts de certaines charges et de certains impôts. D’après le texte de cette charte dont l'original ne nous est pas parvenu, ces forestiers vivant dans la montagne vosgienne en dehors des agglomérations rurales étaient les uns de condition libre, les autres serfs; les uns propriétaires, les autres détenteurs censitaires de « manses » ou petites fermes. Ils désignaient trois ministri qui étaient juges de leurs contestations et leurs délégués près du pouvoir impérial.

La foresterie était une sorte de circonscription administrative, ses habitants, les forestaux ou forestiers, ne ne différaient pas sensiblement des autres tenanciers de l’époque féodale et leurs ministri étaient « à la fois administrateurs, officiers judiciaires et gardiens domaniaux responsables » (p. 38).

C'est ce qui ressort des autres textes du x11€ au xvIe siè-

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