I. — Piété filiale
Douze des vingt-neuf prix de vertu que vous allez répartir ont pour objet de glorifier, sous toutes ses formes, le dévouement filial. On dirait que jadis ceux qui les instituèrent se soient rencontrés pour marquer par avance, à des temps à venir où l’égoïsme serait la seule loi, quelle doit demeurer cependant la pierre angulaire et stable de tout groupement humain qui veut se perpétuer. À l’un de ces prix, Mlle Eugénie Fladenmüller, de Nancy (1), vous a paru avoir des titres qui s’imposaient. Déjà, sa vieille mère, aujourd’hui âgée de soixante-quinze ans, a vécu la vie des humbles qu’accable, parfois sans répit, un sort sans justice. Veuve de fait, puisqu’abandonnée par son mari, elle a dû, pour nourrir ses deux petites filles, s’offrir tout de suite aux besognes les plus rudes. C’est amsi qu’employée pendant vingt-quatre ans aux lessives de l’Hôpital Civil, puis à celles de la Maison des Sœurs de Saint-Charles, elle était pourtant arrivée à ce moment où la maladie enlève, à tant de pauvres vieilles qui sont à bout, les joies qu’elles avaient jusque-là tirées de leur travail, et, aussi, l’humble sécurité du lendemain. Mais déjà, sur les traces et à l’exemple de sa mère,
(1) 57, rue de la Hache, Nancy.