RAPPORT SUR LES PRIX DE VÉRTU XXVII
pas, sont appliqués ailleurs à de tels devoirs, par elle si simplement, si modestement pratiqués. C’est, naturellement, aussi la jeune Renée qui entretient le ménage dans une propreté toujours irréprochable, elle qui fait la cuisine, qui veille aux travaux de couture, qui lave le linge de la famille : lourde tâche pour des bras de quinze ans! Pourquoi demander aux récits classiques d’autrefois de rares exemples de piété filiale, quand notre terre lorraine nous en met sous les yeux, chaque jour, d’humbles et parfaits modèles? A Renée Jandel, d’Ancerviller, l’Académie a justement attribué le prix de 1928 de la fondation militaire Goussaincourt, instituée pour récompenser les actes de reconnaissance et de piété exercés en faveur des anciens soldats, victimes du devoir.
Au prix Chassignet et à l’un des prix Goussaincourt, les donateurs ont attaché une signification particulière, à savoir qu'ici, la récompense doit s’appliquer surtout aux actes de dévouement dont l’effet est de maintenir les bases d’un milieu familial en danger.
Mlle Renée Ulveling (1), que vous avez jugée digne du prix Chassignet, réalise bien, en effet, le type de la jeune fille énergique, vigilante, qui seule pouvait, en poussant à ses limites l’abnégation, sauver du désarroi un foyer ébranlé par les coups du dehors et déjà lézardé. L’épreuve, pour elle, ne commença qu'après la guerre terminée. Ce fut le 21 juin 1919 que son père, ajusteur-mécanicien de son état, fut victime, en déchargeant un obus non éclaté, d’une explosion qui lui arracha le bras droit et, ea outre, le fit aveugle. Des soins immédiats, une opération habilement conduite, suivie d’un traitement pro- Jongé, rerdirent le pauvre homme à sa famille, mais dans quel état, physique et moral! Il fallut liquider, fâcheusement, le petit commerce de fruiterie qu'avait tenu jusque là, de son côté, Mme Ülveling, il fallut se limiter à l’insuffisante pension de l’infirme, en y joignant tout juste le
(1) 28, rue Sainte-Marie, Nancy.