RAPPORT SUR LES PRIX DE VERTU XXIX
plein d’entrain, aux usines Solvay. Le 29 décembre, son père étant mort depuis deux mois à peine, il tombait, au cours de son travail dans une cuve d’ammoniaque d’où on le retirait, vivant encore, mais dans un état lamentable. Une tuberculose osseuse se déclara, une coxalgie s’ensuivit, et ce fut pour ce tout jeune homme, pendant plus de deux années, la rigide immobilisation du corps entier dans le plâtre. Aux soins minutieux et multiples, parfois rebutants, toujours infiniment pénibles qu’exigeait l’état du malade, Jeanne Idoux se consacra aussitôt sans réserves. Énergique, active et gaie, ce fut elle aussi qui, dans les crises de désespoir par où passait le pauvre garçon, se donna la tâche de rééduquer sa volonté, de relever son moral. Point central d’une famille où les épreuves allaient s’accumulant, elle restait, pour tous, la consolation, la lumière et la joie. Deux années ainsi s’écoulèrent : le jeune Robert avait subi à Nancy une opération, son état paraissait s'améliorer quand, nouvelle traverse, est venue l'heure où l’appel au régiment du plus jeune des frères, Fernand, va diminuer d’autant les ressources de la communauté, Mais déjà, Jeanne Idoux est prête à se dévouer sous une nouvelle forme: elle a suivi les cours de l’École Pigier, passé les examens : à son tour, elle va chercher au dehors les moyens d’aider plus efficacement les siens. Admirons, avec un si long exemple de dévouement fraternel et de tels sacrifices chaque jour consentis d’un cœur joyeux, les généreux motifs d’un renoncement que Miie [doux eût voulu tenir plus secret. Votre Compagnie a cru de son devoir d’en décider autrement et d’accorder à M1ie Idoux celui des prix Goussaincourt destiné à récompenser publiquement la piété filiale et le dévouement dans la famille.