‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 27 sur 109 · XXX SÉANCE PUBLIQUE DU 23 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XXX SÉANCE PUBLIQUE DU 23 DÉCEMBRE

courant qui sans cesse monte et descend, vivifie par ses apports l’organisme familial, le consolide, le perpétue. Voilà pourquoi, Messieurs, vous avez décidé que sept lauréates, pour la plupart mères de familles nombreus,se se partageraient en 1928 les prix des fondations Gouy, Pister, Audiat, Goussaincourt et Pitoy.

Mme Mayer (1), de Nancy, âgée de trente-huit ans, a présentement à sa charge son père, sa mère, deux tout

jeunes enfants. Son mari, quoique médicalement dispensé

de servir, s’engagea en 1914, fit toute la campagne, revint au foyer à sa libération. Il n’y devait rester qu’un temps. Ressaisi par la nostalgie de la vie errante et de l’aventure, se refusant (de quoi rien ne saurait le justifier) à reprendre les obligations de la vie normale et d’un emploi régulier, brusquement il s’engagea de nouveau, partit au Maroc, et, incorporé dans une unité de la Légion, participa per.dant cinq années nouvelles, avec ce corps fameux, aux marches et opérations dont le Protectorat fut alors le théâtre. Rien n’avait pu le retenir, ni les larmes de ses enfants, ni les supplications de sa femme. Celle-ci, cependant, ne s’abandonna pas. N’ayant plus droit aux allocations militaires, la période de la guerre continentale étant close, sans aide pécuniaire à attendre de son mari, redevenu soldat de 2€ classe et comme tel dénué, elle parvint par ses propres forces à maintenir à flot, malgré tout, les quatre existences dont elle devenait l’unique appui. En 1921, son père mourait, et sa mère, impotente, devait renoncer à contribuer à l’entretien d’un ménage où la vie chère amenait chaque jour plus d’angoisses. Mme Mayer, d’abord, fit des ménages. Puis, ayant trouvé à s’employer à la manufacture de lingerie Léon, elle sut, par son dévouement, sa conscience, et son honnêteté, acquérir et garder la confiance de ses patrons. Enfin, grâce aux témoignages de quelques personnes qui connaissaient son malheur, sa constance et ses mérites, elle obtint un emploi de concierge à la maison paroissiale de Saint-Epvre, où, du moins, le logement lui est assuré, à elle et aux siens.

(1) 6, rue de Guise, Nancy.

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