XXXIV SÉANCE PUBLIQUE DU 23 DÉCEMBRE
A comparer les étendues champêtres où s’éparpille le calme îlot des granges et des maisons de Vandeléville, à l’amas serré de constructions, de cheminées et d’usines où tout s’active, retentit et rougeoie dans le Dombasle d’aujourd’hui, on pourrait croire à deux mondes qui s’ignorent, à des vies que tout, ici et là, rend à jamais dissemblables. Ici et là, pourtant, les mêmes vertus de race, alimentées par le même profond idéal, émergent et fleurissent dans des milieux, par l’aspect, les plus opposés. M. Olier, de Dombasle, travaillait déjà, avant la guerre (tout jeune alors) aux usines Solvay. Incorporé en août 1914 au 20° de chasseurs, un de nos glorieux bataillons lorrains, 1l participe aux opérations de frontières vers Badonviller, suit de là son unité vers la Marne et se retrouve, avec les mêmes cadres d’élite, à Notre-Damede-Lorette. Cette fois, le voilà blessé : la main, l’épaule droite traversées, deux doigts coupés. On le réforme. Attaché aux lieux de son travail comme il l’eût été à son champ, il s’en revient tout droit à l’usine où se passa sa Jeunesse, y reprend l’emploi de jadis et là, dès qu’il le peut, se marie. De cela, il y a onze ans. Et voici, aujourd’hui, sept enfants.
Tous sont d’allure vivante et gaie, parfaitement élevés, de tenue irréprochable. Car, dans ce ménage ouvrier, l'épouse (1) est à la hauteur du mari. Confectionner, entretenir le linge et les vêtements de neuf personnes, cultiver en pommes de terre et en légumes le terrain loué par l’Usine, assurer l’alimentation substantielle de tous, la propreté méticuleuse de chacun : que de longues heures de lavoir, de balayage, de cuisine, de repassage, de couture! Elles ne sont courtes, les heures, que pour le repos. Et pourtant, cette année même, il y eut, pour la mère, bien des traverses, bien des durs moments. Phlébite, abcès phlegmoneux, conséquence d’une lointaine diph-
(1) Dombasle, Maroc 2, cité H.