‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 33 sur 109 · XXXVI SÉANCE PUBLIQUE DU 23 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XXXVI SÉANCE PUBLIQUE DU 23 DÉCEMBRE

fants, Mme Roussel, veuve elle-même, n’ignorait rien des obligations qu’elle allait assumer. Quatre tout jeunes enfants à élever : ç’avait été, en effet, une rude tâche pour un père de famille que son travailretenait au dehors tout le jour, quelque dévouement qu'il y miît, et l’on conçoit que le cœur d’une femme solitaire se soit ému devant le sort qui attendait les orphelins. Aussi, dès que Mne Roussel eût paru au foyer, ceux-ci reconnurent une mère nouvelle. Par quels labeurs incessants, par quelles luttes, obscures et magnifiques, contre les difficultés si sévères de l’heure présente, Mme Roussel a-t-elle pu faire en quelques années, des délaissés que son cœur adoptait, une petite famille maintenant florissante ? Son mari seul pourrait le dire. Avec une reconnaissante fierté, il regarde le chemin parcouru en six ans, le foyer élargi où, aux côtés de ses frères et sœurs, un cinquième enfant a pris place. Et votre Académie, voulant, avec lui, en reporter l’honneur au beau courage d’une mère parfaite, a attribué à Mme Roussel les arrérages de la fondation Audiat.

On voit parfois de tristes vies, sans défense sous les coups redoublés du sort, tout de suite réduites à merci et tenues dès lors à jamais enlisées. D’autres, au contraire à côté d’elles, réagissant aux premières atteintes, par là donnent jour à des forces profondes, accrues peu à peu sur elles-mêmes, et, finalement, victorieuses. Voici les étapes par où passa sans fléchir Mme Paul Lebrun (1), de Liverdun. Orpheline presque à sa naissance, elle fut élevée par une tante déjà chargée de sept enfants, et, tout de suite, mise au travail. À treize ans, envoyée en service au dehors, elle gagnait sa vie. Pourtant, à contraindre trop tôt certaines lois, 1l arrive que la nature se révolte. Tombée malade à dix-sept ans, la jeune orpheline était atteinte de coxalgie, soignée à l’hôpital de Nancy et — rayon de soleil dans la morne série des jours sans joie —

(1) Liverdun (Meurthe-et-Moselle).

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