RAPPORT SUR LES PRIX DE VERTU XXXVII
conservée après sa guérison comme infirmière, par sœur Louise, de laquelle nul ne s’étonnera de voir ici le nom naturellement surgir. Pendant huit ans à cette école, votre future lauréate allait apprendre, et pour toute sa vie, la pratique de la bonté intelligente et forte, de celle qui porte fruit. Entrée en 1911 chez Mlle Sommelier, rue de Strasbourg, la Guerre n’allait pas tarder à fixer son besoin de dévouement, et, le 24 avril 1916, elle unissait son sort à celui d’un blessé du poumon gravement atteint, Paul Lebrun, ouvrier briquetier à Liverdun. Hélas! trop souvent, même aujourd’hui, ne voit-on pas la grande Destructrice se retourner, et, loin derrière elle, frapper encore ? Lebrun, guéri de sa blessure, fut atteint d’une bronchite. Et le mal insidieux suivit, celui qui vide les foyers de la paix : la tuberculose. À son mari, hors d’état de subvenir aux besoins des siens, aux deux enfants venus au monde entre temps, Mme Lebrun se consacrera corps et âme et pourra du moins prolonger jusqu’en 1921 les dernières années de l’ancien combattant. Épuisée par le poids des angoisses et de la longue tâche, elle tombe à son tour malade : atteinte d’une nouvelle coxalgie, que complique une sciatique chronique, la voilà réduite, pour se mouvoir, aux béquilles et aux cannes. Va-t-elle pouvoir, maintenant songer à elle? Point. Le cadet des enfants, paraphlégique de naissance, mène à neuf ans la vie infirme des débilités, impuissant à se tenir, sans supports, hors de son lit et debout. Envisageant de loin, quand même, l'avenir possible du pauvre petit, Mme Lebrun, qui ne saurait encore l’envoyer, vu son état, à l’école, a entrepris de refaire (par quels moyens!) sa propre instruction, et ainsi arrivet-elle à diriger par elle-même son fils dans ses premières études, à l’amener sans trop de retard au seuil des classes régulières (où, assurément, il voudra s’appliquer, car il est intelligent), et, par-là, peut-être, dans un cadre social tel qu’il soit à même d’y gagner plus tard honnêtement sa vie. À voir, dans un intérieur d’une propreté parfaite, parmi les pièces de couture et les travaux commencés qui l’aident à vivre, une femme d’aspect si frêle, d’allure si discrète, on ne se douterait pas des prodiges d'énergie que créent ici continôment, depuis des années, le dévoue-