‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 4 sur 109 · VIII SÉANCE PUBLIQUE DU 23 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

VIII SÉANCE PUBLIQUE DU 23 DÉCEMBRE

pencha vers les ruines. Il eut ainsi la confidence des êtres disparus et des choses frappées à mort et il en traduisit les accents à ses élèves du collège de Lunéville « dans une langue — a-t-1l dit — qu’il n’avait jamais parlée ».

Pourquoi M. Garnier choisit-il cette langue? Parce qu’elle lui parut plus frappante, plus propre que la prose, à imprimer images et idées dans l'esprit de ses jeunes auditeurs, plus apte, en outre, à être conservée dans la mémoire. Les Druides agissaient ainsi, du temps de la guerre des Gaules; du moins César nous l’apprend dans ses Commentaires, et 1914 est une époque où le sol celtique avait vraiment besoin de ses Druides.

Le sentiment qui anime le Chant des ruines est juste; l'expression en est sobre et souvent même poignante. Qui de nous n’a pu murmurer, le cœur ému, avec le Poète, devant le spectacle des « Réfugiés lorrains » :

O tristesse infinie, à douleur, à misère, Voici les paysans et voilà la frontière Qui recule avec eux.

Parfois, un mot touchant fait image soudain, et, à travers le deuil des hommes et la détresse des villages, nous apercevons toute la Lorraine :

« Si le climat est dur, le paysage est tendre. »

Parfois, aussi, le ton s'élève et acquiert une certaine force, dans sa simplicité même. Tel « l’adieu suprême » prononcé, au front lorrain, « sur une tombe américaine » :

Tu luttais pour la liberté.

Goûte en repos la paix profonde, Que tu viens de donner au monde Adieu, toi qui meurs en beauté!

Mais à quoi bon chercher à justifier un choix qui nous est, en quelque sorte, dicté par la rumeur des événements?

Nulle raison ne pouvait mieux déterminer l’Académie à couronner le Poète que celle-ci : son œuvre fut bonne et utile. Sous le fracas même des bombes, le professeur donnait lecture de ses poèmes à ses élèves.

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