‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 44 sur 109 · COMPTE RENDU DE L’EXERCICE 1928-1929 LI · texte numérisé non relu

COMPTE RENDU DE L’EXERCICE 1928-1929 LI

En m'élisant parmi ses membres, elle ajoute un lien de plus à tous ceux qui m’unissent déjà à la terre lorraine.

Je ratifie très volontiers son initiative et adresse à mes nouveaux collègues mes sincères remerciements. »

Je ne suis pas qualifié, — et qui le serait ,— pour apprécier les talents militaires du maréchal Foch, et je m'en voudrais de rappeler encore les phases successives de sa carrière, universellement connue maintenant.Dans l'esprit de tout bon Français, et plus spécialement pour nous, de tout bon Lorrain, elle se résume, cette carrière, en quelques traits essentiels, son départ de Nancy en août 1914 à la tête du 20€ corps, la bataille de la Marne et les marais de Saint-Gond, la résistance sur l’Yser, l'unité de commandement, et enfin la clairière de Rethondes où il dicta ses conditions aux envoyés de l’Allemagne vaincue,

Maintenant qu’il n’est plus, c’est aux Invalides, où le conduisit, depuis l’Arc de Triomphe et Notre-Dame, une cérémonie inoubliable, que nous voyons se dresser, comme dans la légende épique d’un autre Napoléon, la figure admirable du grand Français qui fixa la victoire.

Par delà les tombeaux, les plus modestes comme les plus chargés de gloire, la vie continue, et partout les vivants doivent recueillir le flambeau des mains glacées qui l’ont laissé échapper.

L’Académie de Stanislas n’a pu échapper à cette règle commune et a dù pourvoir à son recrutement régulier.

Elle a donc élu, le 18 janvier 1929, M. Charles Benoît, comme associé-correspondant. Il est difficile à un profane d'estimer la valeur des travaux scientifiques de M. Benoit sur l'attraction, l'électricité ou la propagation du son; mais sa situation d'ingénieur en chef des Manufactures de l’État justifie du savoir de ce nouveau confrère. auquel M. le Président Aubin, son collègue, a été, j'en suis sûr, très heureux de souhaiter la bienvenue.

Vous avez nommé quatre membres titulaires, dont deux M. le colonel Blaison et M. Maure vous étaient recommandé: par des travaux historiques ou littéraires d’une réelle valeur.

LII SÉANCE PUBLIQUE DU 16 Mar 1929

Né à Charmes en 1867, M. le colonel Blaison, après son passage à Saint-Cyr, puis à l’École de Guerre, a été nommé capitaine d'état-major à la place de Belfort, et il a consacré à l’histoire de cette ville plusieurs études fort attachantes : le complot militaire de Belfort en 1822, le siège de Belfort, la couverture d’une place forte en 1825. Il a publié en outre dans le Pays Lorrain ou les Marches de l'Est des contes et des nouvelles, ainsi qu’un roman d'histoire lorraine, les Défenseurs, qui eut les honneurs d’une préface de Maurice Barrès.

M. Marcel Maure, qui appartient à une vieille famille de magistrats lorrains, offrait des titres non moins précieux à vos suffrages. Ses études historiques sur Bourmont et le Bassigny lorrain sont écrites en un style souple, aisé, vivant qu'ont souvent apprécié aussi les lecteurs du Pays lorrain.

Grâce à une alliance de famille, M. Maure possède de très précieux papiers du général Baron de Vincent, qui lui ont permis d'écrire des pages excellentes sur les préliminaires de Leoben dont son héros fut le véritable négociateur. La place de MM. Blaison et Maure était donc marquée à l’Académie de Stanislas où les recherches historiques sont, avec raison, fort en honneur.

Pour appartenir au monde judiciaire par des liens étroits, M. Émile Nicolas n’en touche pas moins à celui des Arts plastiques par des affinités électives, qui nous valent le plaisir de laccueillir aujourd’hui. Collaborateur assidu du Pays lorrain, de la Revue lorraine illustrée ou de l'Étoile de l'Est, il a écrit de nombreux articles de critique d’art, où il fait preuve d’un sens délicat du beau et de tendances modernes, sans sectarisme ni outrance. S’il aime l’art, M. Émile Nicolas est aussi un fervent de la nature, dont celui-ci n’est en somme qu'un reflet, vu à travers la personnalité de l'artiste; il est grand promeneur, et j’oublierais un des traits essentiels de son originale physionomie si je ne notais ici ses remarquables connaissances mycologiques.

En raison de mes fonctions professionnelles, je suis un peu embarrassé pour indiquer les titres qui ont valu à M. le Premier Président Reiter les suffrages unanimes

COMPTE RENDU DE L’EXERCICE 4928 1929 Lil!

de l’Académie. Mais, j'en suis convaincu, M. le Premier Président voudra bien considérer que c’est comme musicien que je suis à ce Bureau, qu’à ce titre j'ai l’oreille assez fine, et que, de loin, me sont venues depuis le Palais des rumeurs favorables, auxquelles je suis étranger et dont je me fais seulement l'écho.

Entré dans la magistrature le 26 mai 1891 comme jugesuppléant à Saint-Mihiel, M. Reiter y a fait une carrière rapide et brillante que marquent et couronnent sa présidense du Tribunal de Nancy en 1918, et sa première Présidence de la Cour de Douai en mai 1924. Dans ce poste très important, car la Cour de Douai avec ses quatre Chambres est une des plus considérables de France, M. Reiter eut à faire l’application difficile de toute la législation nouvelle sur les loyers, les dommages de guerre, les réquisitions ou la propriété commerciale. Ses arrêts, rapportés fréquemment dans les journaux judiciaires, se sont toujours imposés à l’attention et ont fait jurisprudence.

A la Cour de Nancy, où, sur sa demande en raison de ses attaches lorraines, il fut nommé le 4 avril 1927, M. le Premier Président Reiter a continué avec autorité cette grande tâche qui est celle du magistrat : Dire le droit. Il n’est pas dans l’État de fonction plus haute que celle qui a pour but de solutionner les litiges privés et de faire régner partout l’ordre et la paix sociale. Il faut, pour bien l'exercer, la science juridique, le sens des affaires, la connaissance des hommes et une parfaite indépendance. Ce sont là qualités éminentes, alliées chez M. le Premier Président Reiter à une clarté et une élégance de rédaction dignes de tous éloges; elles font de notre nouveau confrère une personnalité hautement distinguée qui honore l’Académie de Stanislas tout entière.

J’ai été bien long déjà, et l'examen des travaux de l’année en souffrira nécessairement, d'autant plus qu'il me faut signaler encore la nomination de M. le Conseiller Sadoul comme président de Chambre et celle de M. Charles Sadoul comme chevalier de la Légion d'honneur, promotion et distinction amplement justifiées toutes deux par les talents divers de nos deux collè rues.

LIV SÉANCE PUBLIQUE DU 16 Mar 1929

Je ne puis donc que citer trop brièvement eu égard à leur mérite l’ouvrage de M. Hottenger sur Augustin Piroux, l’étude de M. Hippolyte Roy sur le Dr Cuny, ainsi que la communication de M. Müllot sur les travaux océanographiques de M. Poulet.

Historien averti, M. le chanoine Martin fait revivre la curieuse figure du « Père Benoît Picard, capucin de Toul, historien lorrain », tandis que votre Secrétaire annuel essaie de dégager ce que Maurice Barrès a pu devoir à la musique.

Nam oportet et hereses esse, a dit saint Paul. Il est utile qu’il y ait des hérésies; leur histoire est en tous cas bien attachante sous la plume experte de M. le chanoine Edmond Renard, qui a résumé pour nous son magistral ouvrage sur Ernest Renan, et les étapes de sa pensée.

Émule des Bertin et des Bouflers, auteur de vers galants et spirituels, le chevalier de Lisle (1735-1784) appartenait à une ancienne maison de Lorraine, éteinte aujourd’hui. M. le comte de Mahuet, grâce à des papiers de famille, a campé dans l’ambiance de son époque ce personnage plaisant et sa séduisante silhouette. |

Mais il n’est pas que des vers légers, et la muse du poète Charles Beaudoin est plus grave et plus profonde. Le fin lettré qu'est M. Charles Bohème en a dit, à l’aide de citations choisies, le charme prenant, tout en étudiant par ailleurs l’œuvre en prose et les travaux philosophiques du même auteur, actuellement professeur à l’Université de Genève.

Fidèle à sa cité natale, Raon-l’Étape, M. Louis Sadoul, de son style alerte et primesautier, a ressuscité pour nous une petite ville sous la République de 1848 et le Second Empire, tandis que M. le Dr Donnadieu étudiait les Lorrains à la Cour de Florence de 1732 à 1742.

Mer Jérôme, enfin, à l’occasion de lettres inédites de Lacordaire, a évoqué quelques souvenirs du séjour de l'illustre Dominicain à Nancy en 1843 et 1842. Ses prédications inspirées eurent en notre ville un retentissement énorme qu'il était curieux de rappeler.

En dehors de ses séances ordinaires, votre Compagnie

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