‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 3)Chapitre 95 sur 109 · LETTRE VII · texte numérisé non relu

LETTRE VII

Monsieur et cher ami,

L'accident qui vous est arrivé est si horrible que 1e n'ose me le représenter (2). Est-il possible que des hommes aussi craignants Dieu et aussi raisonnables que vous l’êtes y soient exposés? Ce fléau ne devroit être réservé qu'aux impies aux tyrans et aux bêtes féroces. Je le trouve trop accablant et trop supérieur aux forces de l'humanité et il me semble que sa suppression ferait beaucoup d’honneur à la miséricorde de Dieu. J’ay fait part à Vienne de votre affliction, et ie me flatte de l’avoir -dépeinte, comme ïe l’ay ressentie, c’est-à-dire d'une façon proportionnée à la parfaite amitié que votre vertu et votre mérite m'ont toujours imposés. Si mes raisons ne produisent aucun effet, ce sera une preuve qu'il y a des cœurs de bronze. Mais quelqu'’en soit l’événement j'auray remplice que les lois sacrées de l’amitié -exigent de moi et ie n’auray fait que mon devoir. Comme R on m'asseure que les vivres sont fort chers où vous êtes et que ie sCais la manière dont vous êtes payé, vous me ferés plaisir d'accepter 100 livres que je vous donne de bon cœur, et que vous prendrés sur les 300 livres que l’on me

(1) Scaliger (Jules-César), né en 1484 à Padoue. Il visait au renom d'homme universel. Grammairien célèbre. Sa vanité était excessive. Son fils, Joseph-Just, le surpassa comme philologue, chronologis'e «et historien.

(2) Fachet était devenu aveugle.

doit à Nancy (1). Vous garderes les 200 livres pour la destination ordinaire en Champagne. Vous en donneres 40 au frère Zozime (2) pour certaines réparations dont 1e fais mention dans le billet qui luy est adressé. J'écris aujourd’huy à Mme la comtesse de Juvrecourt (3) de vous faire tenir la somme cy dessus par quelque voye seure. Je vous prie de m’entretenir de votre situation actuelle, surtout par raport à la funeste incommodité dont vous êtes afigé. Mille respectueuses amitiés à M. le Pan (4) et à M. La Guerre (5). J’embrasse Mlle Fachette et vos 2 Bibis et suis de tout mon cœur, Monsieur et cher ami, Votre très humble et très obéissant serviteur

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