‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 24 sur 115 · XXVII SÉANCE PUBLIQUE DU 18 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

XXVII SÉANCE PUBLIQUE DU 18 DÉCEMBRE

Mile Marie-Louise Pellé (1) se consacre, elle aussi, dès sa jeunesse, à une vie de sacrifices. Après avoir soigné et perdu son père et sa mère, elle reste, à vingt-deux ans, avec une vieille grand-mère tout à fait impotente. Sa piété filiale se reporte sur celle-ci, qui a vu mourir tous les sjens et à qui il ne reste que cette seule petite-fille. Elle ne craint pas de renoncer à ses plus belles années pour adoucir les derniers jours de cette vénérable aïeule, et un tel dévouement nous paraît bien touchant. Songez, Messieurs, aux innombrables sacrifices quotidiens imposés à cette jeune fille, de santé délicate, qui doit attribuer ses gains modestes à l’entretien du petit ménage, qui occupe ses loisirs à donner à la mère de sa mère les SUINS qu'exige son grand âge, sans jamais s’absenter, sans jamais se permettre les distractions les plus innocentes. Sa discrétion n’est pas moins grande : la maison qui l’emploie ignorait tout de sa situation de famille, pourtant si émouvante. Vous serez heureux, Messieurs, d'apprendre que M. Bardet, directeur de la Belle Jardinière, a voulu s'associer à votre geste : c’est La seconde fois, depuis trois ans, que M. Bardet donne à vos lauréates des avantages partie uliers. Vous serez unanimes à l’en féliciter, et à vous féliciter vous-mêmes d'avoir fait une bonne artion en signalant le rare mérite de cette jeune lille à l'attention de son entourage.

Nous avons voulu terminer la liste des bénéficiaires du prix Bour avec le nom de Marie-Adrienne Étienne (2), dont la piété filiale atteint vraiment jusqu'à l’héroïsme. Mie Étienne, àgre aujourd'hui de cinquante ans, est atteinte de la plus terrible des infirmités : elle est complètement aveugle depuis l’âge de vingt-cinq ans. Néanmoins, elle a refusé d'entrer dans une maison de rééducation, renonçÇçant ainsi à s'assurer une ressource pour l'avenir. N'écoutant que son amour pour les siens, elle s'est fixée dans le petit village de Delouze (Meuse), auprès de ses parents, qui n'avaient plus qu'elle, ses deux sœurs étant mariées. La mére souffrait alors d’une ma-

(1) 7, rue Thierry-Alix, Nancy.

(2) Houdelaincourt (Meuse).

Page 1