LVIII SÉANCE PUBLIQUE DU 24 MAI
fle et la main de l’homme. Mérite ou faiblesse, archaïsme ou routine, depuis les plus vieux temps du monde, dans aucun pays célèbre par ses verriers, on n’a trouvé autre chose, et que le Ciel en soit loué!
Cette main-d'œuvre, cette habileté professionnelle, ne se crée plus, ne se trouve plus qu’en Lorraine. Elle ne 8e déplace pas ou guère, car elle tient à des gens tenaces, fiers, fidèles à des traditions locales; à une terre pourtant peu généreuse qu'ils adorent, acquièrent, et cultivent de ces mêmes mains qui œuvrent le verre fragile; à l'esprit de famille qui se transmet l’amour du sol et du métier. Et c’est elle avec toutes ces vertus foncièrement honnêtes et saines qui nous retient, nous autres, fabricants d'objets d’art et de gobeletterie, en dépit des lois économiques, à l'extrémité du territoire, pour le plus grand bien d’ailleurs de notre indépendance intellectuelle et de nos inspirations.
Au temps passé, les verreries pullulaient dans toutes les forêts de France : sauf celles qui se sont transformées ou déplacées pour devenir les fabrications mécaniques dont je viens de parler et qui n’ont plus besoin de spécialistes, elles ont toutes disparu. Elles produisaient pourtant de beaux et charmants ouvrages en Dauphiné, en Provence, en Poitou, en Normandie; nous en avons des exemples nombreux, alors que notre pauvre Lorraine, si souvent saccagée, ne nous a rien laissé de son ancien savoir-faire. Mais le métier est dur, l'apprentissage long et difficile, la concurrence fastidieuse : on lâche pied : et le Dauphiné, la Provence, le Poitou, la Vendée s’en vont à des travaux plus lucratifs peut-être, mais moins fatigants.
Au xvuie siècle, il n'existait plus déjà aucune de ces verreries autrefois célèbres dans les provinces. Elles ne survivalent courageusement que chez nous.
Et aujourd’hui, c’est encore chez nous, s’égrenant par groupes du nord au sud des Vosges, non sans tentatives parfois vers Paris, que quelque 20.000 hommes et jeunes gens, soufileurs et façonniers à la main, tous enfants du même crû, parlant les mêmes patois, apparentés entre eux de nom et de sang, avec une dextérité toujours pres-