‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 4)Chapitre 77 sur 115 · LXXXIV SÉANCE PUBLIQUE DU:24 MAI · texte numérisé non relu

LXXXIV SÉANCE PUBLIQUE DU:24 MAI

amas, et qu’un aveugle ignorant prenne les lettres une à une et les aligne; il y a un degré de probabilité extrémement petit pour que sorte de ce choix hasardeux un poème comme l’/liade. Or, l'Univers est d’une complication qui dépasse immensément l’/liade ; la probabilité de sa réussite, ou plutôt de ses réussites successives, en partant d’un arrangement contingent d’atomes est nulle. Et cependant, l’improbable, l'impossible, l’impensable s’est réalisé! La réussite du Monde était possible puisqu'elle s’est faite; il y avait donc une préordinalion dans la nébuleuse primitive, de même qu’il y a une préordination dans l’amas de lettres d'imprimerie puisqu'il y a toutes les lettres nécessaires.

On ne peut échapper à la contradiction et rendre compte du fait capital de la préordination qu’en sortant de la réalité positive et en admettant une intervention métaphysique, une Pensée dont l'Univers est l’Acte; il nous faut alors considérer l’évolution universelle comme l'effet d’une Volonté qui nous dépasse infiniment, qui, par un commencement absolu, a imprimé le mouvement, au Monde et le dirige dans Ses Voies par l’action des causes eflicientes ou secondes.

Par la considération des probabilités, on peut donc acquérir l'assurance que notre inquiétude métaphysique n’est pas une illusion vaine, et qu'il y a un autre réel derrière celui que nous touchons et déduisons. Mais l'Homme de science ne peut, par ses méthodes propres, aller plus loin dans la recherche de l'absolu.

Nouveau Prométhée, encore ébloui d’avoir osé s’approcher de l’Inconnaissable, 1l s’effraie de son audace, et, redevenu conscient de sa petitesse, il ne peut que s’humilier devant le mystère du Monde et de sa destinée. Mais, assuré au moins de la réalité de l’immatériel, 1l comprend mieux son inapaisable désir de savoir et d’expliquer, sa nostalgie ardente d’un Éden d’où la Douleur, la Mort et le Temps seront bannis, et il attend avec sérénité le jour prochain où, son corps éphémère étant rentré dans le sein de la Nature, il contemplera face à face la Vérité éternelle.

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