RAPPORT SUR LES PRIX DE VERTU XXXIII
Et je me vois encore, traduisant sur les bancs de notre vieux Lycée, les nobles vers de Sophocle :
«Te voici arrivé, à étranger, dans la riche cité de Colone, fertile en beaux chevaux... »
La peinture 8e précise à mon souvenir, et sur la route poudreuse que bordent des bois d’oliviers, s’évoque à moi le vieil Œdipe, accablé par le malheur, et dont sa fidèle Antigone guide les pas aveugles et errants.
Certes, les brillantes fictions des poètes, — et c’est leur rôle, — dépassent souvent les réalités d’ici-bas, mais dans les humbles sphères de la vie de chaque jour. sous les toits d’ardoises des villes ou sous les chaumes du village, il est encore et toujours, avec moins de prestige que celle du grand tragique, de modernes Antigones. |
Ce n’est plus sous le peplum aux plis harmonieux qu’on les trouve aujourd’hui, mais sous l’humble robe noire de l’ouvrière; et leur cœur n’en est pas moins beau. Dussé-je offenser leur modestie certaine, en voici les merveilleux secrets :
C'est Mile Émilie Maxanf (1), qui, avec son salaire de giletière (12 francs par jour) et dans une profession qui connaît le chômage, trouve le moyen de subvenir aux besoins de son vieux père infirme, âgé de soixantetreize ans, et de sa mère, qui en a soixante-seize. Une sœur, âgée de quarante-deux ans, l’aide en de petits travaux, mais elle a eu dans sa jeunesse une coxalgie et, trop souvent, c’est encore à la charge de Mie Maxant * que retombe cette pauvre femme. Celle-ci supporte le lourd fardeau avec le plus beau courage, celui qui sait sourire.
C’est encore M1ie Marie-Marguerite Tisserand (2), qui eut à soigner pendant sept longues années une jeune sœur malade et sa mère affligée de douloureux ulcères aux deux jambes. A la fin, cette malheureuse personne, décédée le 4 juin dernier, exigeait des soins constants, à tel point que Mie Tisserand dut abandonner son tra-
(1) Rue Drouin, 22.
(2) Rue Durival, 34.
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