XXXII SÉANCE PUBLIQUE DU 20 DÉCEMBRE
Ce rapprochement de la beauté morale avec la perfection esthétique est, il faut bien en convenir, tout à l’honneur de la première qui implique tant de volonié persévérante dans le renoncement; la création de l’esprit, au contraire, constitue, je crois, pour celui qui s'y livre, une jouissance un peu égolste, analogue en somme à cette activité de jeu qui est celle des enfants, et les effets altruistes de l’œuvre d’art ne 8e manifestent qu'après, lorsqu'elle touche ceux à qui elle est destinée.
Tout compte fait, si les belles œuvres et les bonnes œuvres peuvent voisiner d'assez près dans la balance d’en haut, qui pèse toutes choses humaines, le plateau qui contient les secondes penchera certainement en faveur de celles-ci.
Quoi qu’il en soit, et quelque imparfait fût-il, ce voisinage, sans me faire oublier la supériorité de la vertu en action sur les conceptions esthétiques qui sont de mon ressort, m'a donné plus de confiance pour aborder l'étude qui m'était proposée.
Celle-ci se divise, assez naturellement, en trois parties correspondant aux prix que l’Académie a mission de décerner, d’abord à la piété filiale, — puis au dévouement maternel et aux familles nombreuses, — enfin au dévouement sans autre spécification; il en est tant de formes en ce monde pour les cœurs ingénieux à bien faire.
A cette troisième partie peuvent 8e rattacher certains prix locaux, qui y seront compris pour plus de simplicité.
On revient avec raison aujourd’hui aux humanités, dont des tendances malsaines ont trop longtemps dénigré les utiles leçons; parmi bien d’autres avantages, elles avaient cela d’excellent qu’elles meublaient nos âmes d’enfants de belles images, de tableaux achevés, sur lesquels rayonnaient, comme dans une apothéose de gloire, des reflets échappés au chaud soleil de la Grèce antique.