RAPPORT SUR LES PRIX DE VERTU XXXIX
à l'attribution de vos prix destinés à récompenser le dévouement aux enfants et les familles nombreuses.
Mme Veuve Chatelain (1) était bien digne du prix Gouy que vous lui décernez. Cette femme modeste et courageuse a élevé six enfants, morts aujourd’hui, et dont deux sont des victimes de la guerre, le fils Paul, mort dans les prisons allemandes, et la fflle, Mme Muller. Celle-ci eut un bras emporté par l’obus qui fit explosion près de la Sous-Intendance. Après deux ans de souffrances, la malheureuse mourut, laissant deux enfants, une fillette de sept ans et un garçonnet de trois ans, abandonnés lâchement par un père indigne, qui depuis sept ans n’a pas donné signe de vie. La grand’mère, qui cependant était à l’âge du repos, n’hésita pas devant le devoir, prit à sa charge les deux petits et gagne vsillamment sa vie et la leur en faisant des lessives. Ne pensez-vous pas que Mme Chatelain mérite notre respect très ému?
Mme Bourg (2) ne nous inspirera pas moins d’admiretion : elle a élevé sept enfants, dont trois sont encore vivants. Son mari, mobilisé et atteint de troubles mentaux consécutifs à la guerre, ne peut travailler que par intermittence, et la mère, en faisant des ménages, arrive à pourvoir à la subsistance de tous par des prodiges de patience et d'économie.
Vous avez décerné à cette excellente femme un prix Gouy.
La famille Barthélemy (3) est une belle famille comme on en voudrait voir beaucoup sur notre terre de France. Onze enfants s’échelonnent de vingt ans à un mois. Quelques-uns commencent à aider les parents de leur travail, mais la plupart sont trop jeunes, et l’on comprend sans peine les efforts incessants que doivent s'imposer le père et la mère pour élever, nourrir et éduquer cette nombreuse nichée. Ils le font d’ailleurs à merveille et le maire, l’instituteur et le curé de Dombasle
(1) Place Saint-Epvre, 24.
(2) Rue Didion, 4.
(3) Cité G, n° 414, à Dombasle.