UNE VISITE AU PALAIS DUCAL DE NANCY LXXV
plu, je le répète, à restituer avec amour la splendeur, les manières et — pourquoi, je vous le demande, les en exempter? — les petits travers, rapprochant de nous tous ces grands. Homo sum, disait un Ancien, kumani nil a me alienum puto (1). Je vais donc évoquer et présenter, en une vision rapide mais fidèle, cette illustre demeure, dont il faut connaître les beaux jours depuis longtemps révolus, comme il faut brièvement apprécier les augustes vestiges, resserrés au fond de ses salles, ceux du moins cadrant avec cette modeste étude. Sous les mutilations, dictées par la mode, comme sous les aménagements, utilisant de nobles restes, recherchons et retrouvons son antique figure, de plus en plus altérée. Ainsi, du badigeon étendu sur un siècle, renaissent de vieilles fresques, restaurées, ligne par ligne, touche par touche, consciencieusement. Oublions, en ce pèlerinage, accompli côte à côte, le musée, fort bien ordonné cependant, et, comme au temps du duc Cherles IV, où il émerveillait les étrangers accourus, visitons pas à pas le château. Soyons, non le guide, identifiant pièce à pièce les divers objets, répartis de vitrine en vitrine, mais le chroniqueur, incarnant, pour les avoir hantés, les obscurs témoins de la vie magnifique et primitive, menée en ces lieux. Écoutons les dires de la concierge, les confidences du bonnetier, du ceinturier ou du menuisier, puis, opérant les rapprochements de forme, de style et de date, appelés par le décor, ébauchons simplement une haute et large synthèse.
Réduit à une seule aile, celle du duc Antoine, édifiée sur la Ville-Vieille au seuil du xvr® siècle, le château ducal, Pour lui restituer son vocable plus modeste mais plus intime, restera cependant un des plus purs joyaux, attachés à la couronne murale de notre ville. Toul, la cité médiévale, un « trou » pour certains, un musée pour les artistes, se voit tristement délaissé, hors des lieux fréquentés et imposés, où se perd le recueillement intérieur, propice à notre émotion esthétique. Pourtant, le Nancéien,
(1) TÉRENCE, Heautontimorumenos, v. 77, paroles de Chrémès à Ménéaème.