‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 94 sur 116 · V. — LA VUE · texte numérisé non relu

V. — LA VUE

Il me faut transformer, moi, le globe oculaire, Chambre noire faisant suite à la chambre claire. Les trilles de l’éther, ces ondulations

Dont le nombre se compte à six cents trillions (1) Par seconde... Lumière, Ô toi qui cours si vite Et qui mets le soleil au fond de mon orbite, Blanc rayon, composé pourtant des sept couleurs Ainsi que larc-en-ciel dans sa nuée en pleurs, Viens, pénètre-moi par l'iris et la pupille, Diaphragme vivant! Derrière ma lentille Concentre tes filets convergents sur l'écran, L'écran que tend avec les dix couches en rang De ses nerfs emmêlés mon ardente rétine!

Tel au milieu des fleurs un essaim qui butine, Tels se jouant parmi cônes et bâtonnets (2).

Tes rais font trembloter les filaments fluets

De mes cellules... Viens, et les éblouis toutes, : Lumière qui descends par les célestes routes

Des astres enflammés! Viens, je veux par les yeux Que le cerveau soit plein d’éclairs mystérieux, Que l’image du Beau s’imprime dans ses moelles,

(1) On sait que les rayons rouges correspondent à 435 trillions et

les rayons violets à 764 trillions de vibrations par seconde.

(2) La rétine est une membrane faite de fibres nerveuses réparties en dix couches; dans la dernière (membrane de Jacob), faite des cônes et des bâtonnets, s'opère la transformation de la lumière en excila-

tion nerveuse.

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