‹ Mémoires de l’Académie de Stanislas (volume 5)Chapitre 93 sur 116 · HI. — L'ODORAT · texte numérisé non relu

HI. — L'ODORAT

Oui... mais qu’en serait-il du goût sans l’odorat ?.. Dis-nous, Langue, ma sœur, dis si mon rôle ingrat

Se pourrait supprimer... C’est ma pituitaire

Qui, plongeant aux sinus sa trame cavitaire,

Reçoit, trie et concentre aromes et fumets, Fragrances et senteurs, odeurs montant des mets Et des fleurs. — Vous, parfums des lilas et des roses, Des jasmins et des lys, vous, essences des choses. Que seriez-vous sans moi? Parfums, esprits subtils, Que seriez-vous, dans l’air flottant, sans mes longs cils, Sans mes cornets, mes nerfs et leurs fines cellules (1) Se prolongeant jusqu'aux noyaux des glomérules Olfactifs? O parfums que n’aspire aucun nez, Parfums que rien ne fixe, êtes-vous pas mort-nés? Non, ne vous perdez pas sans but dans l’atmosphere :

(1) Les cellules olfactives, dites cellules de Schultze, qui commu. niquent avec les glomérules des bulbes olfactifs, à la base du cerveau,

IV. — L'OUÏE Silence! — Qui dira la complication Qu'en l'oreille subit toute vibration Acoustique? — Bruits, sons, harmonie ou musique,

Murmures ou grands cris, l’air en onde rythmique Se met en mouvement et par son tourbillon Ébranle la membrane au fond du pavillon, Si bien que mon tympan agit par intervalle En poussant l’étrier dans la fenêtre ovale Sous les chocs que l’enclume a reçus du marteau. Chaine des osselets, forge où manque l’étau, Baguettes qui battez au centre de la caisse, O leviers délicats qui remuez sans cesse, C'est par vos sauts légers et vos tressaillements Que s’émeuvent mes nerfs et leurs prolongements, Mes cellules, ma lymphe et mes dents auditives (1), Merveilleux râtelier aux touches attentives Que précèdent l’arcade avec ses deux piliers, Le tunnel et la rampe aux contours réguliers Le long du limaçon et de sa triple spire!

À chaque note ainsi qui chante ou qui soupire Une dent du clavier s'accorde à l’unisson; Et comme au moindre vent ondule la moisson, Tel constamment frémit ce pavement sonore En qui l’audition finale s’élabore :

Et c'est par mon rocher, Cerveau, que tu perçois Toute hauteur des sons et tout timbre des voix... ratantlerahinimmihrene (1} On appelle ainsi les cellules nerveuses réceptrices rangées der-

a le tunnel {arcade de Corti) : le nerf cochléen vient s’y ramifier infini.

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