STANISLAS DE GUAITA LXIX
lui un rayon de lumière projeté dans les profondeurs du mystère et l’invitation à s’évader définitivement de ce monde au-dessus duquel la poésie ne parvenait pas à l’élever assez haut.
Ce qui écartait Guaita de ce monde, ce n’était pas la misanthropie; pour son semblable, il n’avait ni haine, ni mépris; certes 1l savait défendre son honneur l'épée à la main, mais il respectait celui des autres et n’éprouvait pour les hommes, ses frères, courbés comme lui sous un même destin qu’une immense pitié dont ses amis ont éprouvé souvent, les généreux bienfaits.
Ce qui éloignait de ce monde Stanislas de Guaita, c'étaient la confusion des idées et l’âpreté des débats qui agitaient le siècle aux environs de 1880 : il voyait en effet les savants prétendre enfermer dans le cycle de leurs découvertes tout l’infini du monde, la Science se dresser contre la Foi, l'esprit nouveau ruiner l’expérience des : siècles, le dogme du progrès matériel l'emporter sur celui de la perfection spirituelle et morale, le jeu mécanique du nombre régler la destinée des nations et le bonheur terrestre de l'individu devenir le but et la fin de l’État.
« Le délire de l’irrespect, écrit Guaita, dans l’introduction du Temple de Satan, la monomanie du relatif et la fièvre de l’individualisme » voilà les trois symptômes du désarroi dans lequel se débat le monde moderne.
Dans la société, Guaita n’apercevait que discorde et chaos, alors que l’ordre lui paraissait le signe du Beau et du Vrai et la condition de toute paix et de toute prospérité. Il écrivait à Laurent Tailhade : « N’êtes-vous pas une des voix grondantes de la négation, un des clairons de la révolte? Tandis que je vois mon idéal dans le respect des sincérités mème ennemies, dans l’apaisement des colères, dans le syncrétisme des doctrines et me persuade qu'il n’est point d’édifice social adéquat en dehors de la hiérarchie; je pense comme Goethe « qui aimait mieux souffrir une injustice que d’autoriser un désordre ».
Aussi, est-ce avec le sentiment d’une délivrance qu’à la suite d’'Eliphas Lévi, de Fabre d’Olivet, du marquis Saint-Yves d'Alveydre, il s'élance vers les hautes spéculations de la Science des Mages. |