RÉPONSE DU PRÉSIDENT AUX RÉCIPIENDAIRES XCIX
par attachement à cette famille ducale qui se rendit si chère à nos aïeux, avait. sans renoncer pour cela au culte de sa province natale, suivi le due François IF, en Toscane, puis, à Vienne, et. par ses leçons et son exemple, avait présenté, dès l’enfance, à son fils, né et élevé hors de France, « comme un impérieux devoir de consacrer SA vie à ses anciens princes ».
11 n’était pas seul à manifester une fidélité aussi touchante. Le ministre de la Justice, Régnier. due de Massa, fit faire une enquête, à Nancy, en juillet 1811, au profit de « huit Francais, employés comme officiers dans les armées d'Autriche », pour lesquels François ÎT demandait. « l’autorisation de continuer leur résidence ou leur service à l’étranger » (1). Ces huit Français. en activité, portaient les noms de nobles maisons lorraines, et ils avaient vu le jour à Nancy, à Lunéville, à Mirecourt (2). Le patriotisme s’attachait encore à la personne du souverain, autant qu’à la terre et aux lois de son évolution.
Sur les événements complexes de sa vie, le général baron de Vincent a laissé des notes personnelles fort intéressantes, dont vous nous avez dit le mérite technique et littéraire. Ces notes, vous avez eu la délicate pensée de nous en lire des passages fort suggestifs dans nos réunions de quinzaine; vous en avez publié et annoté d’amples extraits, pour le “harme des lecteurs du Pays lorrain (3), et vous venez de les mettre à profit, pour nous brosser un aperçu, finement saisi et discrètement présenté, de la carrière de ce valeureux capitaine, qui, à de remarquables talents militaires, joignit la sagacité, la prudence et l’habileté d’un négociateur avisé.
Ce diplomate, caché sous l'uniforme, me semble même l'avoir emporté sur l’homme de guerre. L'empereur François IT sut le discerner. Quand, après Rivoli, Bonaparte,
(t) Arch. M.-et-M., Série U, 1811, Affaires criminelles.
(2) Comte de Ferraris, maréchal, né à Lunéville, comtes de Bey, de Provenchères, nés à Nancy: comte de Fresnel, né à Mirecourt; baron de Frimont, né en Lorraine, lieutenants généraux; baron de ŒMllet, général-major, et comte Mensdorf, colonel de uhlans, nes à Nancy, chevalier de Saint-Vincent, major d'infanterie, né à Verdun.
(3) Années 1926, 1927, 1929 et 1930.
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menacé dans sa marche sur Vienne d'être tourné par deux colonnes autrichiennes, profita de l'épouvante de la capitale pour offrir la paix. le monarque l'envova en qualité de plénipotentiaire. avec Gallo et Merveldt, diplomates de carrière, au quartier général francais établi au château d Eckenwald, près de Léoben.
Vous avez marqué l'importance de cette entrevue. dont M. de Vincent nous a tracé ce tableau fort Ft quant (1). « M. de Gallo parlait ; M. de Merveldt |! évoutait: Bonaparte se p'omenait dans la chambre: cette scène dura trois quarts d'heure, sans que ce dernier parût v faire attention. Après quoi, s’approchant de nous : «Il « faut rédiger quelque chose par écrit, Messieurs. dit-il : c’est le seul moyen de fixer des idées. »
« Merveldt et moi déférâmes l’écritoire au marquis de Gallo, qui est sans doute un habile courtisan, à Naples — où il était ambassadeur — peut-être même à Vienne, mais qui me parut ici bien pesant. Il écrivait trois mots, en effaçait deux, lisait, se reprenait, rerommençait et n'en finissait pas... « Mais. Monsieur l'Ambassadeur, vos « phrases n’ont point de physionomie, lui dit Bonaparte: « vous vous fatiguez beaucoup et nous n'avançons pas. « Laissez écrire M. de Vincent. — J'éviterais volontiers la peine à M. de Ga lo, repris-je, assez surpris de l'inrar- «tade; mais je ne suis pas fort habile en diplomatie. « — Croyez-moi, interrompit Bonaparte: nous autres, suldats, nous avons plus d'expérience des affaires que Messieurs les diplomates. I ne faut pas tant de finesse dans « des cceasions comme celle-ci. »
La finesse ne manquait. d’ailleurs, pas à ce fils de notre Lorraine, non plus que la claire vue des réalités Alors que son ministre Thugut se flattait — peut-être aver quelque raison — d’avoir attiré dans un piège l'armes d'Italie, la perspicacité de Vincent prévoyait le passage du Rhin par Hoche et Moreau. leur jonction éventuelle avec Bonaparte et le complet écra :ement des forces autrichienne:. Î rédigea donc des propositions qui, tout en servant grandement les intérêts de l’Empire, seraient
(1) Cité dans le Pays lorrain, mars 1926, p. 102.
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acceptables par le vainqueur. Qu'il ait été secondé, à son insu, par les visées politiques du « Corse à cheveux plats ». dont, tout récemment. Gulielmo Ferrero cherchait à percer le secret (1), cela est possible: il n’en reste pas moins — vous le notiez tout à l'heure, Monsieur, — que les clauses de Léoben, si avantageuses pour l'Autriche que d’aucuns les déclarent paradoxales, furent obtenues par le baron de Vincent. La scène de la montre. que vous nous avez narrée, paraît bien en donner l’assurance.
Bonaparte savait apprécier le: hommes. Le refus, si franc, si digne de son présent augmenta l'estime qu'il avait conçue de votre parent. [Il saisit l’occasion de la manifester, quand, après son couronnement romme roi d'Italie, 1l vint à Vé’one, en juin 1805. M. de Vincent avait été chargé de Je harangçuer. Il l’entoura d’égards et se déclara infiniment flatté de l'organe dont le gouverneur de la Vénétie s'était servi, pour Ini adresser la pa: role.
Vous avez tout au long relaté l’entrevue. Je ne retiens que la réflexion faite par notre personnage, après que Napoléon eut exposé de quel intérêt il était, pour l'Autriche, de ne point se compromettre avec l'Angleterre et la Russie : « Votre Majesté n'a point parlé à des sourds... mais à des soldats. J’aurais désiré qu'Elle püt être entendue par des ministres. »
Mais les ministres ne l’entendirent pas. Deux mois après, l'Autriche prit les armes, et ce fut en quelques semaines la capitulation d’Ulm, la défaite d’Austerlitz, le dur traité de Presbourg. Cette fois encore, le général de Vincent avait vu clair.
Une fois rentré à Vienne, après avoir sauvé l'armée d'Italie de l’étreinte de Masséna, il fut invité par son empereur à échanger de nouveau l'épée contre le portefeuille de diplomate. — [1 devait le garder jusqu'à sa retraite. — C’est que, après Presbourg, de graves questions restaient à traiter aver le vainqueur... et nul ne semblait plus apte à mener à bien d'aussi délicats pour-
(1) Zllustration, 6 février 1932, p. 161.
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parlers que celui à qui Napoléon avait fait un ar-cueil si favorable. Vous nous avez dit les marques de haute considération dont 1l fut l’objet, en ce printemps de 1806, de la part de tous, Français et étrangers.
Tallevrand vouluÿ l'avoir fréquemment à sa table, et il eut avec lui de longs entretiens. Que se disaient-1ls? ‘ Quelle réaction le soldat diplomate opposait-il aux subtils enjôlements de l’« Indéchiffrable »? Naturellement. les notes. prises au jour le jour, ne le révèlent pas. Elles se Laisent également sur ce que nous brülerions de savoir, du motif qui, à Erfurt, où de Vincent eut le grand hon:neur d'être envoyé par son souverain à cette assemblée de rois, le fit réveiller, vers minuit. le soir même de son arrivée, par le prince de Bénévent, pour un colloque secret, qui dura jusqu’à 3 heures du matin.
Que n’avez-vous pu, Monsieur, consulter les Archives du Ballplatz. Les lettres et les rapports que M. de Vincent envoyait au ministre Stadion, vous auraient permis de nous faire applaudir davantage encore aux propositions que Napoléon lui fit, en 1811, de passer au service de la France. Il s’honora. en déclarant vouloir rester fidèle au descendant de ses ducs; mais les assauts qu’il dut subir dix mois durant, prouvent en quelle estime l’Empereur, qui s'y connaissait en hommes, tenait ce fils de Lorraine, que nous vous remercions de nous avoir révélé... le mot n’est pas trop fort.
C’est par amour pour notre petite et noble patrie que vous l’avez fait, car vous l’entourez d’un culte pieux. Voici longtemps que vous êtes l’un des secrétaires de notre si méritante Société d'Archéologie lorraine, et le Comité du Musée lorrain vous compte parmi ses membres les plus attentifs.
Combien de fois — avec ce fils tombé en 1915 au Boë Le Prêtre — avez-vous gravi les sentiers de l’âpre colline qui porta La Mnthe., et conduit les « pèlerins de Lorraine » à l’'émouvante église d'Outremécourt, bâtie avet les pierres de la vité martyre. L'abbé Liébaut, d’érudite et sainte mémoire, vous y accueillait, reconnaissant des encouragements que vous donniez à ses fouilles. Et
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