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gens raisonnables en avaient porté le même jugement ; vous savez comme on en a use avec moi^ et cela finit par me voler mon sujet. Que faire ? Rien , je crois , sinon de détromper le public y en cas que le vol soit trop manifeste. Je souhaite beaucoup de prospérité à Lanoue; mais son procédé est d'autant plus extraordinaire y qu'il dit à M. de Richelieu que le sujet d'une coquette ne pourrait plus réussir au théâtre^ qu'il était trop usé. Il est plaisant qu'après un pareil propos^ il en fasse une sur le modèle de la mienne. Ressouvenezvous que y l'hiver où on refusa ma pièce ^ vous en jouâtes cinq nouvelles qui tombèrent à plat toutes les cinq. Lanoue y par l'imprudence de M. de Richelieu , a eu ma pièce quatre jours, sous prétexte de l'étudier pour la bien lire. Effectivement , il la possédait si bien y qu'en la lisant y il passait adroitement les jolis détaik et les deux meilleures scènes de l'ouvrage. A la Comédie 9 vous savez comme elle a été lue; j'aurais déiié à un ange d'y rien comprendre. Enfin y il £aiut tâcher d'oublier les choses désagréables et injustes; c'est ce que j'ai fait. Je me ressouviens pourtant que j'ai laissé mon rôle de la Coquette à mademoiselle Grandval. Je ne doute pas que Lanoue ne s'en soit aidé :
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c'est le meilleur de la pièce ^ et je souhaite qu'il en ait tiré un bon parti ; mais ne parktns plus de cela.
Vous demandez à mon oncle une tragédie f •et vous ayez raison : donnez-lui donc le tempd de la faire. Son sujet est choisi ; mais l'ouvrage n'est pas encore conunencé. Il a encore plu** sieurs choses à finir avant d*y pouvoir travailler. Heureusement y vous saves qu'il les fait fort vite. Il £aiit des vers mieux que jamais; et s'il vit^ comme je l'espère^je ne doute pas ^e vous n'ayez encore plusieurs tragédies de lui. Pour inoi> je l'y porterai de tout mon cœur 9 et surtout je l'engagerai à faire deux beaux rôles ; un pour -vous y et un pour mademoiseUe Clairon^ et c'est bien son intention.
Le pauvre Qiateaubrun est tond» : aussi pourquoi ^ lorsqu'on a eu le bonheur à» réussir dans deux pièces médiocres, en donner^ coup sur coup ^ une troisième , moins bonne que les premières? Pour un homme de soixante -dix ans^ c'est une furieuse imprudence. Adieu ^ monsieur; je souhaite que POrphèSn y ous dédommage* Avez-voos joué dans Astianaa:?
Mademoiselle Clairon y jouait-elle ? Mandezmoi cela ; &ites-moi l'amitié aufôi de me dira
quels sont les acteurs qui joueront dans la pièce de Lanoue : on a beau être loin de Paris y ou s'intéresse toujours à lui; mais je m'intéresse encore bien plus à vous et à vos succès. Continuez^ monsieur, de plaire au public et d'aimer vos amis. Pour moi, je serai toujours des vôtres ; j'aime passionnément vos talens , et j'estime votre cœui' et votre façon de penser. G)nservez-moi votre amitié, et ne douter jamais de la mienne ; elle est à vous pour ma vie. Dsiru.
6 février 1756^
VoTKE lettre, monsieur, m'a fait un plaisir extrême. L'éloignement ne me fait oublier ni vos grands talens ^ ni mon ancienne amitié pour vous. On nous mande, de toute part, quç vous vous surpassez encore dans Sémiramis ; ourdit aussi que mademoiselle Dumesnil y fait des merveilles.
Mon oncle écrira certainement à M. le maréchal de Richelieu , pour le congé que vous demandez : il n'a pu le faire jusqu'à présent, n'ayant pas cru convenable de lui parler de comédie, dans un moment où le roi a donné de si justes alarmes à toute la France. Il me
durge de tous dire qall lai ëcrin incessamment. Si Tons passa par' Lyon ^ yons séries bien aimable de Tenir nous Yoir quelques jours aux Délices. Vons les trouTeriez bien mieux nommés actuellement qu'ils n'étaient antrefois^ et TOUS j trouyeriez deux personnes qui yous aiment toujours. Nous nous arrangerions pour que yotre yojage ne yous coûtât rien^ et nous pourrions jouer ensemble deyant mon oncle, Abàrey Zaïre ^ Métope ^ afin de lui donner enyie de yous donner encore une pièce. Pensez à cela ; nous saurons nos rôles à yotre arriyée y et nous surprendrons tout le monde. Pensez-y sérieusement ; mais gardez-moi un secret inyiolaUe ; je yous le demande en grâce. Adieu ^ monsieur. Soyez bien sûr que personne ne yous admire ayec plus de plaisir que moi . Denis.
A Femey, 98 féTiier 1756.
J'écris à M. le duc d'Aumont^ monsieur^ et je yous enyoie ma lettre; faites-la lui donner par M. d' Argental y si cela lui conyient ; sinon présentez-la-Iuî yous-méme y si M. d' Argental le trouye à propos. Vous êtes sur les
lieux et vous pouvez bien mieux juger que moi de ce qui convient.
M. de Ximenés m'assure que vous êtes toujours dans la résolution de nous venir voir à Pâques ; je vous attends avec grande impatience^ et mon oncle désire, autant que moi, de vous posséder à Femey. Je demande à M. le duc d'Aumont un congé de huit jours; c'est-à-dire , que vous devriez venir à Paris le 1 9 , lendemain du dimanche de la Quasimodo ; et je demande votre congé jusqu'au lundi suivant, qui sera le 26. Vous pourriez jouer y en passant , la semaine de la Passion à Lyon ; vous passeriez la semaine sainte à Ferney : nous l'emploierions à répéter ; nous jouerions le mardi de la semaine de Pâques , le jeudi , le samedi et le lundi ; ce qui fait quatre représentations.Vous partirez le mardi, et vous serez très facilement le dimanche 25 à Paris. On y va d'ici en cinq jours; j'en mets un de plus pour les accidens.
Nous jouerons Sémiramis^ Tancrède^ Gengiskan et Cassandre. Je vous annonce que mon oncle ne vous donnera point Cassandre que vous ne veniez le chercher : il y est très résolu. De plus^ mon oncle a d'autres ou-^ vrages singuliers , pour lesquels il veut abso-»
lumeot vous parler : en un mot, monsieur, îl ne peut croire que l'on vous refusera un congé, lorsqu'il est question de le venir trouver pour des affaires qui regardent le théâtre ; il le traite assez bien pour qu'on lui donne cette satis-* faction ; et je vous déclare que vous n'aurez point Cassandre que vous ne veniez le chercher.
Viendrez-vous seul ? viendrez-vous avec le marquis de Xi menés? Vous trouverez à Ferney un très joli théâtre , oii l'on peut tout jouer, l'oncle et la nièce qui vous aiment toujours, et une foule de gens qui meurent d'envie de vous entendre.
Je sais Sémiramis^ Aménaïde, Idamé et Olympie : je me fais un plaisir extrême de jouer avec vous ; tous les rôles seront sus.
Je ne doute pas du progrès que je ferai, lorsque je vous aurai entendu ; mon oncle s'en fait un plaisir extrême , et surtout de vous entendre jouer Cassandre. Il y jouera le Grand Prêtre ; encore le Grand Prêtre dans Sémi-ramis ; Zamti, dans Gengis, et le père dans Tancrède. Vous aurez la bonté d'apporter vos habits. Vous voilà bien au fait : mandez -moi vite si ma lettre , auprès de M. d' Aumont , aura réussi. Mon oncle lui aurait écrit s'il
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n'avait pas un peu de goutte à la main ; mais il n'y avait pas de temps à perdre ^ et il m'a chargée de cette négociation. Parlez-en à M. d'Argental; je suis sûr qu'il la favorisera : il n'est occupé que du soin d'obliger mon oncle ^ et c'est un ami bien précieux pour nous. Ne doutez pas de notre amitié.
Denis.