LETTRES DIVERSES
Pithivîersy 28 juillet 1759.
Mon cher ami^ le silence qui a précédé mon départ^ a dû vous étonner^ et vous auriez sans doute à me reprocher encore plus celui qui le suivrait plus long-temps. Je suis dans le sein de ma famille , occupé à prendre les derniers arrangemens avec mes cohéri-* tiers. Grâce au ciel ^ je touche à cette heureuse indépendance qui me permettra de consacrer entièrement ma vie aux lettres et aux arts. Je suis décidé à prendre un chez moi honnête ^ à mon retour dans notre capitale^ et à devenir citoyen en forme y de la plus belle ville du monde. O mon cher Lekain ! que ne puis*je
3^8 IféllOIKES
me flatter d y jouir ^ dans mes talens, des applaudissemens et de Testime que les TÔtres vous attirent ! Vous êtes l'illustre de votre art, et je ne suis encore qu'un timide aspirant dans le mien. Que les réputations sont difficiles à £Eiire ! Avec peu de santé et des talens médiocres y comment succéder aux grands hommes qui touchent au terme de leur carrière ? Combien mon infortunée Caliste a de suffrages à rassembler pour attirer quelque gloire à son auteur! Je compte sur vous^ mon plus cher ami, sur votre zèle, sur vos talens. Je trouverai des obstacles : les Mar-> montel et la méchanceté tragique m'attendent au fatal passage ; ne vous sentez-vous pas cette fermeté stoïcienne ^ qui déconcerte les petits complots et la sourde cabale ? Oh ! je vous con* nais ! vous êtes un homme impayable dans les momens critiques , où il faut de la résistance et de l'inébranlement. Vous avez fiait vos preuves, et vous êtes, soit dît entre nous, le plus opiniâtre personnage que je connaisse. Pour moi , je l'avoue à ma honte , j'ai des faiblesses , des terreurs paniques y des palpitations , mon ami , d'indignes palpitations : voilà nos auteurs , nos lièvres du Parnasse. Oh ! les lâches ! Je m'insulte ; je le mérite bien.
DE^LERÀiif. 3:2g
Électrisez-moi^ notre féal; tirez du feu^ morbleu^ tirez du feu ; donnez-moi de l'âme ; j'en ai besoin, très grand besoin.
A propos de besoin , j'ai surtout besoin que vous m'aimiez beaucoup ; remplacez les dépenses que je fais pour vous en amitié : je suis toujours 1 homme du monde le plus enthousiasmé de vos talens et de vous. J'attends avec impatience le moment de vous en donner des preuves certaines. Colarbeau.
A PithÎTÎers 9 le 14 septembre 1759.
Moii cher Lekain, toute réflexion faite, voici la manière la plus raisonnable de notre inscription, (i)
Depuis le jour auguste où ce maître adoré
Ceignit dans ces remparts le bandeau révéré ,
De l'empire des lis la gloire soutenue.
Au sein de ses états la paix entretenue ,
Par les lois de Tamour ses sujets gouvernés ,
Nos champs toujours féconds sans crainte moissonnés ,
Le commerce à sa suite entraînant Pabondance ,
Et les arts , sous son règne , honorés dans la France »
Tout nous dit que ce roi , le bonheur des mortels ,
A rempli les sermens qu*il fit sur nos autels.
(1) Inscription pour mettre au bas de la statue équestre de Louis xy, k Reims.
33o MEMOIRES
L'enchainement des rimes ne me permet pas de vous donner douze vers : je pense que ce nombre doit être indiffèrent. Si ce vers, par les lois de Vamour, vous paraissait susceptible d'une mauvaise interprétation, sub«* stituez, par d^ équitables lois. Je préférerais cependant la première expression : votre prudence en fera le choix. Si ces vers sont acceptés, je vous prie de recevoir les présens des Champenois ; leur reconnaissance contribuera à la miennie.
Personne n'est plus enchanté que moi du succès de Doyen. Je lui ai écrit une lettre de félicitation , lors de la Saint-Louis; il ne m'a pas répondu : si vous le voyez, faites lui ce reproche de ma part; il le mérite. Je l'engageais à venir me chercher dans ma province, avec un autre de mes amiis que j'attends incessamment.
Il sera bien difficile, mon cher ami, de percer la multitude de nos auteurs cet hiver prochain . Au reste, j'attendrai s'il le faut, et le poète vivra sur son revenu. Caliste sera prête pour mon retour : la tranquillité du séjour que j'habite avait changé beaucoup de mes idées sur cet ouvrage; je les crois bonnes, et j'espère que vous serez content de la muse de votre
DE LEKATir. 33 1
ami. J\ai surtout travaillé à votre rèle; il m'a donné bien des peines : vous êtes un furieux^ un scélérat 9 qu'il faut rendre intéressant. Apprêtez - vous à bien des emportemens ; la sensibilité de votre âme me répond de tout. Heureux si mon génie répond à l'étendiie du vôtre !
Je vous donne , soiis le secret , mes pressentimens sur la pièce de D. (i). J'ai lu cet ouvrage; il m'a paru précieusement et froidement écrit 9 plein de ressemblances , sans génie et sans intérêt : il parait que vous en pensez comme moi. Fréron est payé pour vanter ce jeune homme et me décrier ; il affecte y dans ses feuilles^ de me mettre en parallèle avec lui sur mes lettres , et dernièrement encore sur le sujet d'ffeloïse et d^ Abailard. Il est probable que cette sourde animosité vient de ce que je ne suis ni louangeur , ni trop pécunieux : au reste, le public nous jugera l'un et l'autre.
Adieu, mon ami. Au plaisir de vous voir et de vous embrasser; mes respects, s'il vous plait, à madame. Je vous plains d'être la victime de votre zèle et de Tamour de votre
(i) Dorât.
tàleat; mais vous êtes un grand homhie; c'est un droit à la persécution : courbez le dos y notre ami , et laissez passer l'orage ; ou plutôt enveloppez -vous du manteau de la philosophie : c'est la ressource la plus honnête des grandes âmes.
Je suis, etc. Colardeau.
a6 |um 1771.
Monsieur^ vous êtes bien honnête et bien généreux de me confier votre excellent mémoire (i). Je vous aurais remercié le même jour qu'il me fut remis , si je n'étais parti pour la campagne, d'où je ne suis de retour que d'hier au soir. Vous pouvez compter sur mon exactitude à vous le remettre quand jen aurai fait usage , comme vous avez eu la bonté de me le permettre. Votre reconnaissance , si vous trouvez bon que j'en parle , sera une belle leçon pour les ingrats ; elle- vous rend bien digne de l'accueil distingué du plus grand homme qui exista peut-être jamais. Votre nom doit , dans son histoire , être placé
(i) Yoyez Faits particuliers concernant M. de F'ollaire.
à côté du sien ; il vous donnait les conseils d'un père, et c'est son cœur qui les lui dictait : en voyant votre belle âme et en devinant vos talens , il présageait les grandes tribulations que vous deviez essuyer. Il avait une expérience sur laquelle on peut toujours compter, quand la destinée nous entraine à la célébrité. Il se souvenait aussi des peines qu'avait eues mademoiselle Lecouvreur, la personne qui y avant madame du Chàtelet , a été la plus attachée à M. de Voltaire; la première qui ne fit point ronfler Melpomène; la seule qui y avant vous, sut joindre le naturel à la noblesse du récit; qui, comme vous, eut toujours la majesté d'un personnage réel. Recherchée des grands, au milieu desquels elle semblait être née , devenue l'amie et la confidente de dix duchesses , auprès desquelles elle n'eut jamais rien d'étranger, elle éprouva des dégoûts humilians de la part de ses compagnes. Elle avait une belle âme et on la surnomma la Couleui^re : car c'est ainsi que la jalouse médiocrité se dédommage toujours, par d'odieux sobriquets, de la supériorité des talens.
Ce que vous dites, dans votre mémoire, des délais que vous essuyâtes pour être inscrit sur
le tableau de messieurs les comédiens du roi> me rappelle une anecdote que je tiens d'un de vos confrères qui, ennuyé des obstacles qu'on faisait naître au sujet de votre admi^ sion, dit : Si vous ne voulez pas, messieurs j le recesH)ir comme votre égal, reces^ezrle comme votre maître ; et tout fut décidé.
A ces vérités, monsieur, permettez qu'en finissant, je mêle un petit reproche. Vous souvient-il de votre passage à Lyon, en 1767? Vos succès constans à Paris peuvent bien vous avoir fait oublier vos succès en province : pour moi , je n'oublierai de ma vie l'état d'ivresse où vous jetâtes la ville de Lyon; que vous jouâtes deux tragédies dans une soirée ; que vous fîtes souper plus de deux mille Lyonnais dans la salle du spectacle; et qu'avec votre grande et belle réputation, pour garder ma place et voir Mahomet , je courais le ha«sard de ne souper qu'à deux heures du matin, si M. le commandant n'avait eu l'extrême bonté de m'envoyer à manger.
Pardon , monsieur , de ce petit écart ; je n'en suis pas moins pénétré de reconnaissance pour toutes ces belles choses que vous voulez bien m'apprendre par votre mémoire, et j'ai l'honneur d'être avec tous les sentimeiis de
respect qui sont toujours dus aux grands ta* lens et aux belles âmes , monsieur ,
L'abbé Duverney.
A Paris , le i8 novembre 1773.
J'ai reçu votre lettre et les dernières observations que vous y avez jointes. On ne peut avoir un plus grand désir de procurer au théâtre de la Comédie Française tous les avan-
tages que votre expérience et votre goût vous y font souhaiter. Votre complaisance, en m'aidant a cet égard , peut y autant que vos taletis, être utile à cet établissement, et je ne puis mieux faire que de m'associer à votre gloire, en usant de vos réflexions, et vous en faisant, aux yeux du public, tout l'honneur que moi - même je vous défère aussi dès ce moment. Votre retraite à Fontenay, en vous éloignant du public impératif, vous sépare du public esclave. La sagesse aime la liberté : on a bien le droit d'en jouir, quand on emploie ses loisirs aussi utilement que vous le faites. Aussitôt que votre retour me permettra de vous voir, je me presserai d'aller vous entretenir et vous ir^arquer la parfaite estime
336 HÉHOIRBS
et la considération avec lesquelles j'ai Thon* neur d'être, monsieur, More&h.
Ferney, 3 février.
Il &ut que tous m'ayez totalemeat oublié, mon cher ami , tandis que moi je m'occupe fort de vous , comme vous le verrez bientôt.
Vous êtes un homme bien discret. Je suis au fait des Triumvirs j mais il faut les lire pour en reconnaître l'auteur, qui sûrement sera bientôt reconnu : car il ne se cache pas trop. Quelques personnes me les imputent, ces Triumvirs : leur erreur ne sera pas fort longue.
Savez-vousque D. (i), qui avait fait des vers contre M. de Voltaire , lui a écrit une lettre emphatique, pour lui demander pardon, et qu'il lui dit, qu'il a le courage de lui pardonner sa supériorité?.
Cette lettre ridicule a rappelé une ancienne épigramme grecque, qu'a traduite un académicien de Lyon.
■àplQKkUMt Tisis DE L'AHTHOLOOd.
Un riotailleur ayaot fiit contre Uomtre De inauTais rers qu'il avoit cru toécbani , Demandait grâce, avec humble prière , A rofTeoié. J'admire toi talena ,
(OOont.
Lui disait-il , et suis bien magDanime :
Car je pardonne à votre esprit sublime ,
A vos écrits que chérit l'univers.
Par tons les dieux, dont j'ai peint la- puissance,
Dit le vieillard à l'animal pervers,
L'effort est grand , et , par reconnaissance ,
Je ferai grâce à ton impertinence;
Mais je ne puis faire grâce à tes vers.
VaU , ama et scribe»
Ce 10 juin.
J'ai été fort inquiet de vous, pendant deux jours, mon cher ami; majs j'ai appris enfin que vous êtes arrivé à bon port.
Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de votre santé ; je ne vous en demande point d'autres. J'espère que tout se pacifiera. Songez seulement que vous vous devez à la gloire du premier théâtre de l'Europe, aux chefsd'œuvre de Voltaire, à vous-même enfin.
Faites , je vous prie , mes complimens à vos camarades : il semble que le Siège de Calais en a fait des héros.
Je vous embrasse de tout mon coeur.
De Laharpe.
Feniey, ce 25.
Il me garait, moa cher ami, qu'il ne faut compter sur rien, et attendre les événemens. Il est à propos de retirer la pièce des mains du copiste, et de la remettre à ma femme. Tout ce que vous me dites des tracasseries de la Comédie m'afflige et ne m'étonne point.
Vous connaissez assez mon amitié pour vous , pour croire que je prends beaucoup de part aux désagrémens qu'on vous donne : ce n'est pas là le prix que méritaient vos talens et vos services; maïs les Welches ne connaissent plus guère les talens. Il leur restait un théâtre ; c'était le seul débris de leur ancienne gloire ; vous verrez qu'ils seront assez adroits pour s'en défaire. Quoi qu'il arrive pourtant, vous ne sauriez être malheureux; vous vous retirerez avec votre gloire : c'est nous qui perdons à tout ce grabuge.
C'est de notre côté , du côté des vrais amateurs et des gens de lettres, que seront les regrets. Tâchez, mon ami, de placer cette tragédie avant jirtaxerces et J^ergjr. Je serai bientôt à portée de suivre la chose moîméme : je compte partir d'ici le 6 ou le 7 du mois prochain.
D£ LEKAIN. SSq
M. de Voltaire et madame Denis se portent bien 9 et vous aiment beaucoup. Notre théâtre se relève , tandis que le vôtre s'en va au dia* ble. Nous allons jouer Ahire et l Orphelin; je ferai Zamore et Gengis. On espère que mademoiselle Clairon sera des nôtres; mais il n'y a pas d'apparence que je la voie jouer, car je suis forcé de revenir à Paris avant qu'elle arrive. Adieu , mon ami ; portez-vous bien , et laissez le théâtre aller comme il voudra, «r espère , à tout hasard , qu'ils sentiront que vous leur êtes nécessaire : je fais ma petite prière particulière pour cela. Vous savez qu'il y a quelqu'un en Dalécarlie qui se recommande à vous. Je vous embrasse de tout mon Hcœur. De Laharpe.
Femey, 3o novembre.
Vous me trouvez un peu paresseux , n'estil pas vrai, mon cher ami? mais j'ai été occupé de grandes choses* Vous saurez bientôt tout cela, et vous êtes prié de n'en rien dire. Donnez -moi, je vous prie, des nouvelles de votre santé , et de celle de la Comédie, qui a grand besoin de îa vôtre : faitesmoi la grâce de m'écrire s'il n'y a point de
34o MEMOIRES
nouveauté reçue. Il y en a une dont vous avez pu entendre déjà parler, ou dont vous entendrez parler bientôt, qui est d'un grand bomme que nous aimons tous deux , et qui a été faite en buit jours. Si vous n'êtes point dans le secret , ne me citez pas : tout est entre les mains des anges.
On va jouer TVarwik à Genève : ce sont M. et madame Camesi , acteurs de Lyon , qui joueront, l'un, Warwik, l'autre, Marguerite. On dit à Ferney, qu'ils ont du talent : les connaissez- vous? La troupe de Genève fait des merveilles : on y joue la tragédie et l'opcracomique, sous la protection des médiateurs; et les Genevois , tout en grondant , ne laissent pas de porter leur argent à la Comédie. Us ont des sujets très passables.
Dites-moi, je vous prie, si Chabanon, qui doit venir nous voir au mois de mars , a fait inscrire une pièce ; j'ai des raisons pour vous demander tout cela. Vous savez, mon ami, que j'ai toujours travaillé pour votre gloire; j'espère que vous travaillerez bientôt pour la mienne. De Laharpe.
DE LEKAÏN. 34 1
aa décembre 1757.
Il ne m'a pas été possible, monsieur, de vous remettre plus tôt ma tragédie. Je ne suis point de ces gens qui sont indulgens pour leurs enfans ; je les traite au contraire comme ou les traitait à Sparte , où Ton faisait mourir tous ceux qui venaient au monde , borgnes, boiteux, tortus, etc.
J'ai à vous remercier, monsieur, de la prévention favorable que j'ai su que vous aviez bien voulu donner sur ma pièce : il n'y a personne qui soit plus sensible que moi aux bons procédés, et surtout a l'amitié. Je compte toujours sur la promesse que vous m'avez faite de faire valoir mon ouvrage, par la magie de votre débit. Il n'y aurait que dans le cas où ce service pourrait intéresser votre santé , que je sacrifierais de tout mon cœur l'avantage que j 'en dois attendre . Adieu ; pardon pour mon retard et pour mes ratures : vous connaissez mon attachement et mon amitié. Lemière.
Paris, i4 juillet T769.
J'avais ea effet compté , monsieur^ que mes faibles talens seraient secondes des vôtreis y et je vous avoue que c'est avec un regret infini que je me vois privé de cet avantage. J'ai peine à croire que quelqu'un , qui sent si bien le caractère et les difficultés du rôle, ne l'eût pas mieux joué que personne, et je ne sais pas si je n'aurai pas besoin de votre refus pour me justifier auprès du public, depuis si longtemps en possession de vous admirer, et que vous ne pouvez éprouver sévère que parce que vous l'avez rendu difficile. Au reste , il n'est pas encore question de jouer ma pièce ; j'ai fait réponse à M. Feulie que mon intention n'était pas qu'elle fût représentée avant la fin de novembre , supposé qu'elle pût l'être alors, et qu'il n'y eût point de droits antérieurs aux miens. J'ai ajouté que, pour le présent, je désirerais fort, si rien ne s'y opposait , qu'on voulût donner la reprise de Spar-^ tacusy auquel j'ai fait des corrections considérables. J'en ai fait encore depuis que vous ne l'avez vu ; je vous envoie la pièce, afin que vous en jugiez par vous-même, et que vous me disiez ce que vous pourrez y désirer. Dans
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le cas où les comédiens se détermineraient à la remettre, ce serait à mademoiselle Durancy que je croirais (sauf meilleur avis) devoir donner le rôle d'Emilie , qui me parait assez dans son genre. Adieu, monsieur. Vous m'avez af&îgé ; mais je n'en suis pas moins sensible a l'honnêteté de votre procédé, et je vous prie, etc. Sauriw.
17 octobre 1769.
Vous n'avez pas paru mécontent, monsieur, des changemens que j'ai faits à Spariacus. Peut-être cependant ai -je pris pour approbation ce qui n'était que l'effet de votre politesse : si cela est , estimez-moi assez pour me parler sincèrement, et tout sera dit. Mais si vous croyez qu'elle puisse être remise avec quelque succès, voici une proposition que je prends la liberté de vous faire : i**. c'est de choisir le temps qui vous conviendra pour la remettre; 2°. c'est de vouloir bien accepter la part d'auteur qui me reviendrait; 3*". c'est de vouloir bien vous charger de la distribution des rôles. Je crois que celui d'Emilie conviendrait beaucoup à mademoiselle Vestrîs ; mais je m'en rapporte a vous , et , en vous
chargeant du rôle de Spartacus , vous aurez la bonté de disposer à votre gré de tous les autres. Je souhaite , monsieur, que ma proposition puisse vous plaire, et je vous avoue que je serais très flatté que Spartacus parût encore sur le théâtre, embelli par vous. Si vous n'y étiez plus, je ne songerais pas à l'y remettre. Au reste , je n'ai parlé à personne de la proposition que j'ai l'honneur de vous faire. Si vous l'acceptez, je n'en veux avoir qu'à vous l'obligation; si vous la refusez, il ne sera plus question ni d'elle ni de Spartacus. J'ai l'honneur, etc. Siurin.
 Paris , ce a6 novembre 1760.
Je suis bien persuadé, monsieur, que vous lirez avec quelque plaisir un ouvrage qui intéresse à la fois le grand Corneille , M. de Voltaire et votre ami. Quelle sensation n'eût point fait cette ode (i) où parle l'ombre de Corneille, si vous l'eussiez lue sur le théâtre, après Cinna ou les Horaces! Cet usage de dé-
(1) L'ode de Lebrun à Voltaire , pour lui dénoncer l'état malheureux oii se trouvait une jeune personne du sang de Corneille.
DE LEKAIW. 345
clamer en public et sur la scène , des ouvrages nouveaux , existait chez les Grecs et les Ijatins ; c'était une source de gloire et d'émulation. J'ai vu M. de Voltaire regretter qu'il fut aboli.
Vous m'avouerez que , dans les circonstances présentes, où ma pièce et l'action de M. de Voltaire commencent à émouvoir le public, cette lecture solennelle pouvait inspirer l'enthousiasme de la bienfaisance en faveur des descendans de notre héros tragique.
Je joins, monsieur, quatre exemplaires au vôtre pour mesdemoiselles Gaussin , Dumesnil et Clairon, et pour M. Grandval. Je vous prie de les leur présenter de ma part, et de les assurer que c'est la moindre politesse que doive un adorateur du grand Corneille a ceux qui ont si généreusement accueilli sa famille. C'est vous qui l'avez offerte à la bienfaisance publique ; vous avez ouvert la route : M. de Voltaire et moi n'avons fait que vous suivre. Vous avez fait voir que ceux qui font parler si dignement les héros , en respirent les sentimens.
J'ai l'honneur d'être avec toute l'estime et l'amitié possible, monsiçur, etc. Lebrun*
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Ce lundi , 9 août 1 75 1 .
Je suis charmé de ce que vous voulez bien , monsieur , vous charger du rôle de Damon , dans le Préjugé à la Mode. Il ne peut être en meilleures mains , et c'est moi qui vous suis obligé de la demande que vous m'en faites. Je compte sur vos talens , et j'espère qu'ils n'excelleront pas moins dans le haut comique que dans la tragédie.
J'ai l'honneur d'être , etc.
De Lachaussee.
Bruxelles, le la janyier 1769.
La lettre que vous vous êtes donné la peine de m'écrire le 6 de ce mois , monsieur , et l'avis qu'elle contient, prouvent bien que vous vous distinguez autant par de bons sentimens et par de bons procédés , que par vos talens dont j'ai été témoin : mais ce n'est plus la seule chose que j'admire, et vous me donnez, de votre droiture et de votre façon de penser , une preuve dont je suis bien flatté et bien reconnaissant.
Vous nous avez certainement rendu un très grand service, en nous mettant à même de
prévenir rexécution d'un projet indécent , qui tendait à nous enlever un acteur dont la conservation n'est pas indifférente pour notre théâtre. J'ai pris les mesures nécessaires pour faire échouer la chose ^ et les personnes en question repartent demain sans être plus avancées qu'elles ne l'étaient à leur arrivée. Je vous remercie de nouveau pour l'avis que vous avez eu la bonté de me donner , et je vous prie d'être persuadé des sentimens distingués dans lesquels je suis constamment ^ Monsieur^
Le comte de Cobentzel.
Ce mardi, 3 décembre 1754.
Ne vous inquiétez point, monsieur; j'aurai soin de vous sauver les désagrémens que vous craignez , et qu'un peu trop de zèle pour moi vous a sans doute attirés. Je ferai même tout ce qu'il faut pour empêcher que y dans la suite y on vous fasse le moindre chagrin sur vos autres rôles. Je ne laisse pas d'être fort étonné de ce que vous me mandez; car c'est précisément l'homme dont vous vous plaignez , qui m'a engagé à vous donner le rôle d'Octave y attendu que y n'allant jamais à la
Comédie, j'ignorais absolument par moimême ce que vous valiez.
Je suis, monsieur, avec un très parfait attachement , Crébillon .