SCÈNE II
HiGOMàDs, à Prusias.
« Mais , si loin de vos yeux
« Que j'aime mieux, seigneur, en perdre un peu d'estime, « Et qu'un bonheur si grand me coûte un petit crime , « Qui ne craindra jamais la plus sévère loi , « Si l'amour juge en vous ce qu'il a fait en moi.»
Bonheur grande petit crime. C'est cette antithèse qui seule a pu résoudre Corneille à mettre d^ins un vers , petit crime. Ce dernier substantif n'admet guère qu'une ëpithète en poésie ; c'est celle di énorme; car on ne connaît pas àe petits crimes dans le monde : tout ce qui trouble la société en est toujours un très grand.
Un petit crime qui ne craint pas la plus sévère loi. J'ai toujours pensé que c'était le criminel qui craignait la loi^ et non pas le crime. Je sais que dans les images poétiques, on personnifie le crime comme la yertu , et que l'on peut dire : le crime marche devant les tyrans ; il veille y il faut effrayer le crime ; mais je n'ai vu nulle part : le crime craint la
loi. Je suis très éloigné^ pourtant^ de donner mon opinion comme une règle invariable.
iricoxÀUB.
Mais , si loin de vos yeux
J'ai mieux aimé , seigneur , perdre de votre estime , Quand un bonheur si grand ip'a fait commettre un crime , Que ne saurait punir la plus sévère loi , Si Tamour juge en vous ce qu'il a fait en moi.
PBUSIAS, à Nicomède, « Mais gardez- vous aussi d'oublier votre faute , « £t comme elle a fait brèche au pouvoir souverain. »
Une faute qui a fait brèche au pouvoir. Manière de s'exprimer très intelligible; mais un peu bizarre dans des personnages qui ne doivent s'énoncer qu'avec noblesse et dignité.
Mais gardez-vous aussi d'oublier votre faute , Et comme elle a blessé le pouvoir souverain.
Ou bien :
Comme elle porte atteinte au pouvoir souverain.
Peut-être cette dernière manière rentret-elle plus dans le vrai sens de Corneille.
KiGOMàDB, à Priuicu, « La reine d'Arménie est due à ses états , « £t j'en vois les chemins ouverts par nos combats ; « Il est temps qu'en son ciel cet astre aille reluire : « De grâce , accordez-moi l'honneur de l'y conduire. ■
// est temps que cet astre aille reluire en son
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eieL Ce style hyperbolique me parait hors de tous les genres de poésie , et surtout du poème dramatique 9 où il est important d'être simple^ noble et clair.
La reine d'Arménie est due à ses états , Et j*en vois les chemins ouyerts par nos combats ; Mes lauriers ont partout affermi son empire : De grâce, accordez-moi l'honneur de l'y conduire.
Je croîs qu'en poésie , les lauriers peuvent être pris pour les victoires : mais je doute s'il est convenable de faire parler un personnage aussi avantageusement de lui - même ;^ car M. de Voltaire donne pour maxime , que le véritable héroïsme ne consiste point à faire l'éloge de sa valeur ; que la voix publique en a seule le droit; ainsi ^ le correctif que je propose pourrait ne rien valoir.
Cependant Philoctète dit à Œdipe ^ à la scène troisième du second acte de cette tragédie :
Un homme tel que moi , Quand il a dit un mot, en est cru sur sa foi.
Je laisse à décider si l'exemple du législateur s'accorde bien avec son précepte.
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