‹ Mémoires de LekainChapitre 33 sur 114 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

pmusiAS, à Flaminius.

{Il parle d'AUale.) M Je croîs qne pour régner il en a les mérites; « Je n'en yeux point douter après ce que vous dites. ■

Avoir les mérites de cela pour régner, est d'une construction de phrase, sinon obscure , du moins trop peu soignée. Je croîs qu'il est possible d'être plus élégant, sans s'écarter du vrai sens de l'auteur :

D'un roi digne du trône, il a tons les mérites ,

Et n'en yeux point douter, puisque tous me le dites.

PRUSIAS, à Nicomède.

« Ah ! ne me brouillez point avec la république; « Portez plus de respect à de tels alliés. •

Ne me brouillez point ai^ec la republique. Style trop populaire; c'est le grand défaut du rôle de Prusias, qui n'est, en dialogue et en action, que le fantôme d'un vrai roi.

Mes traités sont sacrés ayec la république ; Prince , ayez plus d'égards pour de tels alliés.

La phrase peut perdre de sa force, en supprimant l'interjection; mais elle est inconciliable avec cette nouvelle manière.

KicoMiDB, à Prusias, m Attale a le cœur grand, Tesprit grand , Tâme grande, « Et toutes les grandeurs dont se fait un grand roi. »

Cœur grand j esprit grande âme grande ^ grandeurs j grand roi. La répétition de ces cinq adjectifs a toujours paru, à la représentation, un jeu de mots^ dont la terminaison est un rire général et malin ^ dont le grand Corneille ne s'était jamais douté.

Sa simplicité , à cet égard , est aussi estimable que notre rigidité est extrême.

J'ajouterai que ces vers, écoutés par une jeunesse qui aurait les oreilles moins chastes , et les mœurs plus pures y paraîtraient pleins de sens, et très conformes au caractère de Nicomède.

Attale a le cœur grand, l'esprit grand , l'âme grande , Et toutes les vertus qui forment un grand roi.

Le mot de grandeur, étant le plus scabreux pour le public 9 sa suppression me parait indispensable, et il me semble quelle ne fait presque rien perdre de l'idée de l'auteur.

vir.oMÈDE, parlant d' Attale et de Rome. « Puisqu'il peut la servir à me faire descendre , « Il a plus de vertus que n'en eut Alexandre; « Et je lui dois quitter, pour le mettre en mon rang , « Le bien de mes aïeux et le prix de mon sang. »

Puisqu'il peut servir Rome à mejaire des-

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cendre. Il faudrait ponr être exact pouvoir dire : Puisqu'il peutjaire servir Rome pour me contraindre à descendre du degré de gloire où je suis monté.

Quitter à lui le bien de mes dieux y n'est pas une faute moins sensible. On ne peut pas dire : quitter à quelqu'un ; on dit : je vous abandonne tous mes droits; et non :je quitte à vous ^ etc.

Quoi qu'il en soit y le sens de cette phrase est tellement précis , qu'il est difficile de la rendre plus granunaticale sans en altérer la substance.

PaUqo'il peut Ini servir à me faire dciecndre , n a plus de vertus que n'en eut Alexandre ; Et je lui dois céder, pour le mettre en mon rang , Le bien de mes aïeux et le prix de mon sang.

HiGOMÀDE, à FlaminUis.

« Voilà le vrai secret de faire Attale roi, « Comme tous Tavez dit , sans rien prendre sur moi ; « La pièce est délicate ^ et ceux qui Tont tissae, « A de si longs détours font une digne issue. »

La pièce est délicate, et ceux, etc. J'avoue que j'aime beaucoup cette expression ^ surtout dans le caractère de Nicomède^ dont le persiflage est plein de grandeur et de noblesse.

Mais je conçois aussi qu'il faut un grand art

à l'acteur chargé de ce rôle , pour ne pas y laisser apercevoir le ton de la comédie.

Le grand Baron était le seul qui savait le sauver par des nuances imperceptibles, et c'est ce qui constitue le génie et le vrai talent.

Reconnaissant l'impossibilité de me traîner sur les traces de ce grand homme, je vais essayer, pour mon compte, de rendre le dialogue un peu plus à ma portée.

La trame est bien ourdie, et ceux qui l'ont tissue , A de si longs détours font une grande issue.

Si je ne me trompe , je crois que cette tournure ne s'éloigne pas trop de l'idée et du style de Corneille.

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