‹ Mémoires de LekainChapitre 43 sur 114 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

ARSiiroÉ, à Prusias , parlant de Nicomède, « Grâce, glace, seigneur, à notre anique appui ; « Grâce à tant de lauriers en sa main si fertiles ; « Grâce à ce conquérant , à ce prenear de yilles , etc. »

Grâce à ce preneur de villes. Cette idée ironique, quoique juste pour l'expression, manque de grâce et de noblesse ; il y a d'ailleurs des choses d'usage dont on ne peut pas s'écarter; on n'a jamais dit en poésie : un preneur de villes y comme Ton dit en prose : un preneur de tabac et de mouchoirs^ etc.

ARSIHOi.

Grâce , grâce , seigneur , à notre anique appui ; Grâce à ce 'conquérant, dont les lauriers fertiles Ont rangé sous vos lois ce grand nombre de villes , etc.

La pensée de Corneille me parait conservée dans son entier. Je conçois que, sans un grand effort, on peut la rendre plus élégante ; mais c'est un art auquel je ne puis pas prétendre.

iricoMÀDEy à Arsinoé, « De quoi , madame.... est-ce d'avoir conquis « Trois sceptres que ma perte expose à votre fils ? »

Corneille a voulu dire : trois sceptres dont votre fils héritera par ma mort; mais la perte de quelqu'un qui expose à quelqu'autre trois sceptres conquis , ne rend point son idée avec les mots propres.

NICOMÈDB.

De quoi, madame!... est-ce d*avoir conquis Trois sceptres dont ma perte enrichit votre fils ?

Je conserve le mot perte, dont il paraît que Corneille était jaloux; car on pouvait dire encore :

Trois sceptres que ma mort transmet à votre fils.

iriGOMÀDE, à Prusias.

« M*en purger!... moi, seigneur!... vous ne le croyez pas : « Vous ne savez que trop qu'un homme de ma sorte , « Quand il se rend coupable, un peu plus haut se porte ; « Qu'il lui faut un grand crime à tenter son devoir, « Où sa gloire se sauve à Tombre du pouvoir. »

Il faut un grand crime à un homme à tenter son devoir y est un barbarisme complet; il est indubitable que le vrai sens de cette phrase se réduit à ceci : Il faut conces^oir un crime dont les effets soient assez heureux pour ébranler le deuoir au point de franchir les bornes.

VE LEKkW. 85

Je laisse à résoudre si cette idée est suffisamment développée dans les vers de Corneille.

HIGOM iDB.

M*en purger!... moi !... seigneur, vous ne le croyez pat : Vous ne savez que trop qu'un liomme de ma sorte, Quand il se rend coupable , un peu pins haut se porte , Et que, s*il s'affranchit des règles du devoir. C'est pour mettre son crime à l'ombre du pouvoir.

Cette correction que je ne propose, comme toutes les autres , que pour les soumettre aux lumières de mes amis, ne contient peut-être pas tout ce que Corneille a pensé ; mais au moins est-elle plus précise et plus conforme aux règles immuables de la grammaire.

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