SCÈNE I
THARÊs, à Absalon.
« Je respirais partout le moment plein de charmes « Où votre vue allait me payer de mes larmes. *
Dit-on : respirer le moment ou on ai-tend quelqu'un ? J'en doute ; au moins n'en ai-je vu aucun exemple en poésie. Si cette expression est neuve et admissible ^ je n'ai rien à dire ; si elle ne l'est pas , je propose de la changer ainsi :
D'avance je goûtais le moment plein de charmes^ Où votre vue , etc.
Huitième coupure de quatre vers:
A B s A L o ir.
« Si dans ce grand projet , comprise , intéressée , « Du moindre des périls vous étiez menacée, « Sans me faire parler vos pleurs , ni vos soupirs, « Je vous immolerais ma haine et mes désirs. »
Je n'approuve point cette coupure, feite par la Comédie, parce qu'elle contient des choses touchantes pour Tharès , qui rendent
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Absalon moins odieux en le rappelant à la nécessite de veiller à la conservation de sa femme et de sa fille.
Ce qui , seul , me parait un peu hasardé , c'est cette métaphore : Jaire parler à quel-qu'un des soupirs. Dans cette acception, le régime ne me parait pas juste ; il serait peutêtre plus correct de tourner le vers de cette façon ;
Pour prévenir vos pleurs et même vos soupirs.
Ou bien :
Sans' attendre vos pleurs , ni même vos soupirs , Je vous immolerais ma haine et mes désirs.
TH A,R es.
« A suivre ma fureur le devoir m'autorise , « £t ma mort , etc.
Il me semble que dans la situation où se trouve Tharès , elle dit ici tout le contraire de ce qu elle devrait dire ; car le devoir n' autorise'^dim^h à suivre la fureur. C'est, au contraire , le projet épouvantable , furieux et meurtrier d' Absalon , qui autorise cette princesse à suivre son devoir , comme épouse ; et ce devoir est de mourir pour ne pas survivre à la destinée de son beau-père , et peut-être à celle de son époux ; ainsi j'estime qu'il faut
IIO MEMOIRES
prendre le sens inverse de l'auteur, et dire, faute de mieux :
Contre votre fureur le devoir m'autorise , £t ma mort , etc.