SCÈNE VI
JOAB
« Mais de tes déplaifîrs un grand cœur est le mattre. »
La Comédie a corrigé cette expression fausse et puérile , avec juste raison ; en effet , il est bien étrange que l'on qualifie simplement de déplaisir la nouvelle que Joab vient apprendre à David. Un fils révolté contre son père , et prêt à lui ravir la couronne , cause plus que du déplaisir à l'auteur de ses .jours; il excite sa colère et son indignation : ainsi y pour sauver le mot déplaisir y qui n'est pas le mot propre, on peut mettre :
Mais des revers du sort un grand cœur est le maître.
Il me semble que ce vers rentre plus dans l'esprit de l'auteur que celui (pie la Comédie a substitué à l'ancien :
L'auteur de la révolte en6n s'est fait connaître.
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JOAB, à David, « Juste ciel ! à quels maux Totre choix vous hasarde ! »
Le fond de l'idée ne serait-il pas mieux rendu, si l'on pouvait dire : vo/ez à quels dangers votre choix vous hasarde ! Au reste , je n'insiste que bien faiblement sur cette correction; je tiens davantage à ce qui suit immédiatement.
LA KBiKB, à David.
« Par là , n'en doutez pas , nous sommes tous trahis ; « C'est ce sang, c'est Saûl qui m*enlèye mon fils.
(àTharès.) • Vous qui de Totre époux condubez le dessein , « Vous qui , seule , ayez mis la révolte en son sein ;
(à David.) « Qu'aux yeux de tout le peuple on la livre au supplice. »
Je trouve l'accusation de la Reine injuste et odieuse y et je demande avec quelle ombre de vraisemblance Tharès peut être, soupçonnée d'avoir trahi le roi et sa patrie , puisqu'elle s'est comprise , elle et sa fille , dans le serment qu'elle a fait faire à David de punir de mort jusqu'aux descendans de ceux qui seraient cài;ivaincus de trahison.
Absalon est reconnu coupable ; Tharès est son otage : le procès de cette infortunée est
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tout fait ; elle est assez à plaindre ( quoique fille de Saiil ) sans que la Reine l'accuse ellemême d'avoir dirige la révolte dans laquelle son mari vient de l'engager.
Ce reproche devient atroce et inutile; il jette de l'horreur sur le personnage d*une Heine qui n'a d'autre défaut que celui d'aimer avec tendresse un fils ingrat et criminel.
Dans la situation afireuse où se trouve la femme d'Absalon^ j'estime qu'elle n'a d'autre parti à prendre que celui de s'oflrir pour victime de la loi , dont elle a elle-même prescrit la rigueur ^ sans faire aucune mention de ces mille bras offerts pour T arracher aux fers de la Jleine.
C'est une bravade en pure perte; car David peut la faire mourir avant que le secours soit arrivé.
Je désirerais qu'elle ne remit à David lé billet que l'Israélite lui a confié, qu'après son entier dévouement.
Cette manière de se justifier est noble , pure, désintéressée, et faite pour adoucir le cœur de ce bon roi en faveur de sa belle-fille et même de son fils.
Je ne propose autre chose que dé rapprocher ces deux objets par seize vers de ma
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façon , et de lier le tout plus directement ; je ne me flatte pas d'y avoir réussi ; mais quelle que soit mon idée , elle en peut faire naître une meilleure.
LA BBIKB, à David, Oui , seji^neur, ses amis, le reste de son sang, Ne peuvent qu'à regret vous yoir dans ce haut rang. Ce sang audacieux....
THâBiS.
Le serment qui me lie , Me condamne, madame, à perdre ici la fie. Ce TOUS doit être assez, soumise à la rigueur D'un arrêt qu'a déjà prononcé Totre cœur. Donnez un libre cours à Totre injuste haine; Je ne demande point à votre âme inhumaine De plaindre mes malheurs , de voir avec pitié Les funestes objets de votre inimitié : Mon innocence, un jour, se fera trop coQiuiitre, Et vos remords alors me vengeront peut-être.
( à David. ) Seigneur, je dois ici ne vous rien déguiser, . Mon époux vous trahit; mais je dois tout oser Pour éclairer mon roi , le sauver de Tabime Où le conduit un fils entraîné par le crime. Que n'ai-je point tenté pour détruire en son cœur Les projets enfantés par un vil séducteur? Il en veut à vos jours : le péril vous regarde. Le soin que prend Joab de changer votre garde , Va de vos ennemis assurer les forfaits ; Lisez, et de Séba reconnaissez les traits.
( Elu lui remet la lettre de l* Israélite, ) T H A B i s , à David, Autant que je puis lire en d'odieux secrets , C'est plus Achitophel qu'Absalon ni Tharès,
DE LCKAIN. Iig
Il est certain qu'Achitophel est plus con* pable qu'Absalon ; mais il ne peut l'être plus que Tfaarès cpii ne l'est point du tout.