LETTRE
A messieurs les Comédiens italiens ^ en leur salle des Bouki^ards^ au sujet de la comédie de l'Écossaise.
JLe 80 mai 1760. .
Messieurs,
Nous venons d'apporendre avec surprise que vous vous disposiez à jouer la comédie de V Ecossaise.
Vous ignoriez sans doute que cette pièce
(i) M. le maréchal de Richelieu se rendait plus aisément auK instances d'une jolie femme qu'à la considération de nos intérêts. Souvent même il nous éconduisait avec une légèreté peu polie.
Mademoiselle Catinon fut admise au Théâtre Italien, avec une demi-part.
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-est actuellement à l'étude parmi nous^ et que la représentation n'en est retardée que par l'attente de quelques corrections que l'auteur ne nous a pas encore envoyées.
Cet aveu seul doit vous convaincre, messieurs, que la concurrence serait imprudente à tous égards; car, en supposant même que l'auteur de T Ecossaise se fût déterminé a gar- -der l'anonyme, et pour le public et pour les comédiens, vous savez très bien que le privilège de la représentation des pièces imprimées en français appartient seul à notre théâtre.
Aucune raison ne nous a jamais suscité l'envie d'empiéter sur vos droits; souflFrez qu'à l'amiable nous réclamions les nôtres. Il nous reste encore la faculté de les soutenir contre quiconque voudrait nous en dépouiller : ils nous ont été confirmés par la justice et la bonté du roi.
Permettez-nous , messieurs , de nous en glorifier, et de chercher à maintenir, jusqu'au dernier moment, des titres aussi recommandables.
Que chacun de nous demeure dans sa $phère, et cultive en paix son petit domaine, sans ambitionner celui d'autrui : avec cette équité , réciproque, nous serons toujours, messieurs.
DE LEKA1N. ^4^
av€C une estime vraiment fraternelle, vos très humbles, etc. (i)