‹ Mémoires de LekainChapitre 91 sur 114 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

Sur le tableau des pièces nouvelles dwisées en trois différentes classes.

Le premier contient les pièces retenues à la police, et celles qui n'ont presque aucun droit pour être jouées.

Le second fait mention des tragédies reçues.

saivant leur date de réception ; et qui , conformément aux intentions de M. le duc de Duras, doivent passer alternativement avec une comédie , soit en cinq actes, soit en trois , soit en un.

Le troisième donne connaissance de toutes les comédies reçues qui , par leur date de réception , passeront aussi à l'alternative avec les tragédies.

H y a lieu de croire que , par cet arrangement, le public ne sera plus rassasié d'ouvrages du même genre, et que ce sera, comme je l'ai déjà dit, travailler plus efficacement à

ses plaisirs.

Première classe.

i4 niai 1756. De M. Duvaure, le GentiU homme campagnard y comédie en trois actes et en prose. ( L'auteur est mort. )

9 août 1763. De M. Bret, la Confiance trahie j comédie en cinq actes et en vers. ( Arrêtée à la police. )

25 avril 1769. De M. Collé, la Partie de Chasse de Henri IV^ y comédie en trois actes et en prose. (Retenue à la police.) Plus , du même auteur, VAndrienne de Baron y très infructueusement remise en nouveaux vers. (Comme non avenue,)

3 décembre 1769. De M. d'Hannetaîre^ comédien de Bruxelles, V Amour usé y comédie en cinq actes et en prose, de Destouches, très platement remise en trois actes, par un homme qui n'a su qu'énerver son modèle, sans y rien substituer. (Comme non avenue. )

i3 décembre 1769. De M. Collé, FEsprit

follet j comédie en cinq actes et en vers d'Hau-

teroche , remise en vers libres , et bien moins

plaisans que ceux de l'original. (Comme non

avenue. )

17 février 1770. De M. Collé, le Menteur y comédie en cinq actes et en vers de Kerre Corneille , remise en vers libres ; c'est à peu près comme si l'on voulait faire récrire la Henriade, par l'auteur de Rose et Colas. ( Comme non avenue. )

9 mai 1770. De M. Lemière, Bameçeldt^ tragédie. (Arrêtée à la police, par l'événement de la prison et du procès fsiit à M. de La Chalotais, dont l'histoire avait beaucoup d'analogie avec celle du grand-pensionnaire de Hollande. )

18 mai 1770. De M. Palissot, le Satirique y comédie en trois actes et en vers. (Arrêtée à la police , et l'on sait par quelle double mystification . )

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6 juin 1770. De M. Sedaine^ Maillard^ ou Paris sauvé j tragédie en prose. ( Arrêtée à la police. )

3o septembre 1770. De M. Barthe^ VAmi à la mode y ou celui du mari y comédie en un acte et en prose. (Arrêtée à la police, parce qu'elle est une censure trop directe de nos mœurs.)

27 août 1772. De M. Leblanc, Adeliney ou Albert 1^ y comédie en trois actes et en vers. (Arrêtée à la police, parce qu elle indique trop ce que l'on devrait faire , et qu'on ne fait pas.)

Seconde classe.

.... 1757. De M. de Clairfontaine , les Adieux d^ Hector et d' Aruiromaque , tragédie en trois actes , très bien écrite , mais froide , sans action et sans intérêt.

:26 novembre 176a. De M. de Chabanon^ Virginie y tragédie; ouvrage boursoufflé, sans pathétique et sans chaleur.

2ï juin 1769. De M. Lefèvre, Rama y ou Pisare , tragédie ; je ne la connais pas ; mais on dit qu'il y a un beau premier acte , et puis que c'est tout.

24 novembre 1769. De M. de Fontanelle, OttoboUy ou Lorédany tragédie en quatre

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actes, d'un genre neuf, dont Texposition est hasardée, et dont Tintérêt inspire plus d'effroi que de vraie douleur.

a6 février 1 77 1 . De M. de Belloy . Gabrielle de P^ergjr^ tragédie imprimée.

27 avril 1771. De M. Dorât, Adélaïde d^ Hongrie y tragédie en prose , et depuis remise en vers; la fable en est intéressante, mais tout-à-fait dénuée de vraisemblance.

ai mars 1772. De M. de Voltaire, les Lois de Minosy tragédie imprimée.

19 août 1772. De M. Peyraudde Baussole, les Arsacidesy tragédie dont le sujet est incompréhensible ; mais , ce qui l'est encore plus, c'est sa réception à la Comédie.

17 janvier 1773. De M. Gudin, Hugues-le- Grand y ou le Sujet Jidèle. Quelques beaux vers sur la cruelle politique des rois, ont fait recevoir cet ouvrage, qui est très médiocre.

26 février 1773. De M. de Laharpe, les Barmécides, tragédie la mieux faite et la mieux écrite depuis vingt ans.

21 mars 1773. De M. Legrand, Médée, tragédie en trois actes. Le chef-d'œuvre de la déraison , et qui prouve combien la plupart des comédiens en sont pourvus.

g décembre 1773. De M. Dorât, Alceste^

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tragédie remplie de belles choses , et qu'on ne pouvait pas rejeter.

27 janvier 1774 De M. de Sauvigny, Gabrielle dEstréeSy tragédie. Très faible imitation de la Bérénice de Racine y sans chaleur et sans intérêt ; Gabrielle est comme la chanson : Manon pleure y Manon crie y Manon veut qu^on la marie.

Troisième classe.

17 juin 1760. De M. Marin, la Fleur à!Agathony comédie en un acte et en prose, imprimée. Je crains que cette fleur ne soit déjà flétrie par les mémoires de M. de Beaumarchais.

i4 avril 1761. De M. Marin, V Heureux mensonge , comédie en un acte et en prose ; je crains que le public ne découvre la vérité.

3o juillet 1768. De M. ***, les Statues y comédie en un acte , lue par Préville ; je ne la connais pas.

i3 mars 1770. De M. Lemonnîer, Miss FannjTy ou le Mariage clandestin , comédie en trois actes et en vers, imitée de l'anglais. Madame Belcourt assure que celte pièce est fort jolie.

22 juin 1770. De M. Dudoyer, V Antipathie

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contre V Amour y comédie en trois actes et err vers. Mademoiselle Doligny en pense beaucoup de bien , et Fauteur pense encore plus favorablement de mademoiselle Doligny.

i4 de'cembre 1770. De M. ***, le Quiproquo f comédie en un acte et en prose ^ sans nom d'auteur ni de lecteur; assurément .c'est un quiproquo.

a mars 177 t. De M. Colardeau^ la Jolie femme j ou les Principes à la mode ^ comédie en cinq actes et en vers, reçue quoique le cinquième acte ne fut pas fait ; cette absurdité n'est pas sans exemple dans le sénat comique.

aa mai 1772. De M. ***, Laurette^ comédie en trois actes, sans nom d'auteur ni de lecteur; je ne la connais pas.

a4 mai 1772. De M. Dudoyer, Mistriss^ Flinty ou le Findicatify comédie en cinq actes et en vers ; je ne la connais pas. Ce que je sais seulement, c'est que l'auteur m'avait destiné son rôle du Vindicatif, et qu'à mon refus , il l'a donné à Préville ; les rôles de ces messieurs sont comme des selles à tout chevaux.

1 1 décembre 1772. De M. ***, V Innocence

à Cjihère , allégorie en un acte et en prose ^

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sans nom d'auteur ni de lecteur ; j'augure que c'est encore une pièce de commande pour mademoiselle Doligny.

II mars lyyS. De M. *^* ^ V École des mœurs , comédie en cinq actes et en vers , sans nom d'auteur ni de lecteur; je ne la connais pas.

n I mars 1 773. De M. Legrand , le BonAmij comédie en un acte ; je ne la connais pas.

6 mai 1773. De M. Rochon de Ghabannes, les jillemandsy ou le^ Amans généreux y en cinq actes et en prose ; comédie d'intrigue , de caractère , et dans laquelle il y a beaucoup de gaîté.

8 mai 1773. De M. Goldoni, F A^^are fastueux y comédie en cinq actes et en prose. Le principal caractère est choisi dans une classe un peu mesquine ; mais le rôle du Bavard est très plaisant. Le public ^ qui estime l'auteur^ lui fera grâce sur beaucoup d' autres choses.

i6 juin 1773. De M. Simon, les Vieux époux y comédie en un acte et en prose , lue par Préville. Elle est on ne peut pas plus gaie , et dans le genre de l'ancienne comédie.

8 juillet 1773. De M. de Surini, la Charge à vendre , comédie en trois actes et en vers ; j'ai ouï dire que l'auteur était un jeune homme

et notammeat celles des pièces du Théâtre Français, (i)

Le principe de cette forme d'établissement fait voir que Louis xiv, dans la vue de maintenir a jamais les privilèges de son spectacle français^ avait défendu très expressément à ses comédiens italiens d'admettre dans leur troupe aucuns sujets étrangers à leur nation.

Nous ajoutons que sa majesté régnante a bien voulu ratifier cette ordonnance, lors de la réhabilitation de ces étrangers en 1 7 1 6, sous la régence de monseigneur le duc d'Orléans.

Cependant les comédiens italiens, au mépris de cette loi si souvent réitérée , ont admis dans leur troupe plusieurs sujets de notre nation. (2)

De plus, il s'en sont attachés de l'un et l'autre sexe, sous le titre de pensionnaires, et , à l'aide des uns et des autres , ils ont joué

(i) En 1744 » messieurs les premiers gentilshommes de la chambre obtinrent de M. le comte de Maurepas la suppression de l'opëra comique qui se chantait dans les foires , sous le prétexte que ce genre de spectacle n'était qu'un tissu de polissonneries , aussi nuisible à la décence qu'aux auteurs platement ridiculisés.

(a) Les sieurs Rochard, Chanville, la demoiselle Fayart , etc.

la majeure partie des ouvrages de MM. de Marivaux, deBoîssy, Saint-Foix, etc.

Enfin le Théâtre italien , non content de franchir les lois qui lui ont été imposées , se permet tout, empiète sur tout, et parvient, par des degrés trop sensibles , à détourner le public du seul spectacle qui puisse intéresser son cœur et cultiver son esprit . Le chef-d'œuvre de ses productions est celui où Von couvre de ridicule nos plus célèbres auteurs, sans les in-^ 5truire davantage.

Telle est, monseigneur, la politique de ce théâtre étranger, sa marche et sa progression; elle est pernicieuse aux bonnes mœurs, et l'époque de la décadence du goût : la perspective en est effrayante, et l'effet n'en est peut-être pas si reculé qu'on se l'imagine, (i)

(i) On sent bien que la Comédie Française ne pouvait être jalouse du Théâtre italien , quoiqu'elle y reconnût, ainsi que le public, des acteurs distingués; mais elle souffrait impatiemment que cette scène étrangère s'élevât furtivement et contre le vœu de son institution^ au rang de second Théâtre Français, quand le premier se soutenait à peine , malgré tous les efforts d'une émulation laborieuse.

Au reste , les succès de l'opéra-comique étaient bien

Si lés coEnëdiens italiens^ par leur souplesse^ parviennent jusqu'à réaliser un second spectacle français dans la capitale du royaume, ^uels seront alors , monseigneur, les droits réels des siyets du roi, s'ils ne jouissent dans leur patrie d'aucun privilège distinctif , si les talens estimables n'ont rien qui les élève au- •dessus de ceux qui n'en ont que le vernis, et si la considération méritée est confondue avec celle qui n'en a que l'apparence ?

Ne point arrêter dans leurs projets des étrangers qui méditent la ruine de ceux qui leur donnent un asile , ce serait achever de tout perdre; ce serait étouffer en nous le germe de cette émulation précieuse , qui seule est la nourriture et le soutien des artistes.

Daignez donc, monseigneur, faire droit à notre requête , et statuer que les sujets du Saint-Père nous laisseront jouir en paix de nos privilèges gallicans.

On ne connaît que trop la ruse et la rapa-

plus alarmans , et je sentais avec douleur tout le mal qu'il ferait à notre art , en débauchant de jeunes éujets que la nature /destinait peut-être au grand talent, et que la facilité de réussir dans ce petit genre dérobait au Théâtre Francis. ( Note de Lekain. )

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cité de ces peuples ultramontains ; mais nous osons nous flatter de n'en avoir plus rien à redouter, si vous daignez encore honorer de votre protection ceux qui sont soumis à votre grandeur, avec le respect et le dévoûment le plus inviolable, (i)

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