‹ Mémoires de LekainChapitre 99 sur 114 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

La pièce ne finit point par ces deux vers :

Scythes, contentez-vous de ce grand sacrifice. Et, sans être inhumains , cultivons la justice.

Ilya:

Nous sqmmes trop vengés par un tel sacrifice; Scythes, que la pitié succède à la justice ;

Ou bien :

Scythes, que la pitié remplace la justice.

La première scène fait un si grand effet sur tous les théâtres, qu'on ne fera pas^'outrage à celui de Paris de changer un seul mot dans cette scène.

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Voîlà ce <Jue l'on répond à M. de TliîbouvîUe, et ce qu'on prie très instamment M. Lelain de vouloir bien faire exécuter; il serait absurde de retrancher les derniers vers du quatrième acte : jéh ! laissez-moi mourir, sei-gneur, sans vous entendre. C'est la seule chose qui puisse faire comprendre aux spectateurs que le père n'a rien expliqué à sa fille , entre le quatrième et le cinquième acte.

N. B. La pièce fait partout un très grand eflet , et il est à croire qu'entre les mains de M. Lekain elle en fera un beaucoup plus sensible. Je V accepte y après un morne silence et trois pas en avant, a été reçu avec frémissement, et des battemens de mains qui ne fihissaient pas.

37 avril 1767.

Vous me ferez un extrême plaisir, mon cher ami, d'essayer une ou deux représentations des Scjthes , à votre retour de Grenoble.

Suivant la leçon nolivelle ci-jointe, engagez M. Mole à se prêter à mes désirs. Je serais au désespoir de nuire à sa santé ; mais il joue dans le comique , et son rôle dans les Scythes est bien moins violent que plusieurs rôles de

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comédite; je m'en tiendrai même à nrte seale reprësentatîoit. Elle vous attirera certainement beaucoup de monde , en annonç&nt Qu'elle sera donnée suivant une nouyeUe édition qu'on a reçue de Genève.

J'ai II vous demander pardon^ mon cher ami, de vous avoir fait un rôle dont le fond n'est pas aussi intéressant que celui d'Inda-tire; il n'a pas ce tragique fier et terrible dé Ninias, d'Oreste et de quelques autres rôles dans lesquels j'ai servi heureusement vos grands talens : c'est un très jeune homme ^ amoureux comme un fou, fier, sensible, empressé, emporté, qui ne doit mettre dans l'exécution de son personnage aucune de ces pauses, lesquelles font ailleurs un très bel effet. Il doit surtout couper la parole à Obéide, avec un empressement plein de douleur et d'amour. Je ne doute pas que vous n'ayez réparé, par cet art que vous entendez si bien, le peu de convenance qui se trouve peut-être entre ce personnage et le caractère dominant de votre jeu.

J'ai envoyé à M. d'Argental deux exemplaires pareils à celui que je vous envoie. J'ai été dans la nécessité absolue de m'en tenir à cette édition, parce que l'on réimprime ac-

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tuellement la pièce en plusieurs endroits^ et qu'on la traduit en italien et en hollandais. Je n'ai pas eu un moment à perdre , et il est impossible d'y rien changer désormais, sans faire du tort aux traducteurs et aux éditeurs. Je vous embrasse de tout mon cœur. Si vous ayez de l'amitié pour moi, faites ce que je vous demande. Il vous sera bien aisé de faire porter sur les rôles les changemens que vous trouverez à la main dans l'exemplaire ci-joint. V.

17 juillet 1767.

Mon cher ami, je reçois votre lettre du 8 juillet. J'attends tous les jours l'édition des Scjrihes faite à Lyon, pour vous l'envoyer; c'est la seule à laquelle on doive se tenir : elle est faite entièremient selon les vues de M. d'ArgentaL On a fait tout ce qu^on a pu pom' profiter de ses observations judicieuses. 11 est vrai que le rôle que vous voulez bien jouer dans cette pièce ne convient pas toutà-fait à vos grands talens , et n'a pas ce sublime et cette terreur que vous savez si bien mettre sur la scène. Athamare est un très jeune homme, amoureux ,. vif, pétulant dans sa tea-^

dresse; un jeune petit cheval échappe^ et puis c'est tout. Il est fait pour un petit blondin nouvellement entré au service : mais vous savez vous plier à toute sorte de caractère.

Si vous jouez le Droit du Seigneur^ comme je l'espère, je donne le rôle d'Acante à mademoiselle Doligni, celui de Colette à mademoiselle Luzi, celui du fermier Mathurin à M. Mont foulon : ce sont les dispositions que M. d'Argental a faites lui-même.

A l'égard à'Olimpie^ je suis persuadé que cette pièce, remise au théâtre, vous vaudra quelque argent ; mais il est absolument nécessaire de la jouer comme je l'ai faite, et non pas comme mademoiselle Clairon Fa défigurée. Elle a cru devoir sacrifier la pièce à son rôle, supprimer et changer des vers, dont la suppression ou le changement ne forme aucun sens. On a surtout dépouillé le cinquième acte de ce qui en faisait toute la terreur et l'intérêt. Une actrice assez bonne , qui a joué Olimpie à Genève, ayant restitué tous les endroits supprimés ou altérés par mademoiselle Clairon, a eu un succès si prodigieux, que la pièce a été jouée six jours de suite.

Si vous jouez t Orphelin de la Chine ^ je vous prie très instamment de la donner aussi

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telle qu elle est imprimée dans l'édition de Cramer. Vous devez avoir cette édition , et si vous ne l'avez pas, elle est chez M. d'Argental. \

Voici encore un petit mot pour r Ecossaise, que je vous prie de donner à l'assemblée. Nous allons jouer, ce soir, F Orphelin de Chine. M. de Chabanon et M. de Laharpe travaillent pour vous de toutes leurs forces. J'aurai du moins le plaisir de voir mes amis soutenir le théâtre , auquel mon grand âge , mes maladies , et peut-être encore plus mes ennemis , me forcent de renoncer. Je vous embrasse de tout mon cœur. ? V.

A Ferney, 14 auguste 1767.

Je vous envoie , mon cher ami , la distribution des rôles que vous me demandez. Je tâcherai de vous faire parvenir incessamment les Scjthes. Je crois qu'il ne les faut jouer qu'une ou deux fois tout au plus avant Fontainebleau. La nouvelle édition de Lyon , qui est la huitième , est très bien reçue; mais l'interruption du commerce de Lyon avec Genève m'a empêché jusqu'ici de l'avoir ; vous l'aurez probablement à Paris avant moi.

J'apprends dans le moment , par les lettres de Paris ^ que madame d'Argental est à Textrémîté; elle est peut-être morte. Que va devenir M, d'Argental? Je suîs au désespoir. Adieu le théâtre^ adieu tout; adieu ^ mon cher ami. V.

RÉFLEXIONS Soumises à celles de M. d'Argental.

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