FIN DES ANECDOTES ET DICS MÉMOIRES DE UIJSAILX
La Basiille fut prise le 14 juillet 1789, environ à cinq heures trois quarts de raprès-inicli.
Quelques jours après, la Commune de Paris nomma quatre commissaires, MM. Dusauix, Oudart, Bourdon de la Crosnière et de La Grey, pour constater le nombre des vainqueurs, des blessés, des morls, des veuves et des orphelins.
Le travail fut longet pénible. Ces Messieurs firent d'abord plus de cinq cents procès-verbaux. Jls furentobligés de recommencer plusieurs fois. Enfin, iK)»ir terminer, ils demandèrent à la Commune deux nouveaux, commissaires. MM. Thuriot de la Rosière et Dosmond furent nommés. Us choisirent ensuite, parmi les vainqueurs de la Bastille, huit adjoints, pour les aider à reconnaître c€ux qui avaient en effet servi convenablement au siège.
Des séances publiques furent tenues en présence de tous les vainqueurs; de sorte que l'on ne peut rien contester à ceux qui ont été reconnus dans ces diverses séances.
Il reste encore plusieurs certificats à vérifier : on y procédera bientôt ; et l'on ne rejettera aucun de ceux qui se présenteront avec des preuves suffisantes.
Les vainqueurs de la Basiille adjoints r.oiit : MM. Huliu, Éhe, Tournay, Tliiryon, Bousselot, Cholat, Aubin Bonnemer et Maillard. Il résulte du travail de MM. les représentants de la Commune et (le .MM. les vainqueurs adjoints, que l'on compte de
Morls sur la place 0 Gf)
Morts des suites de leurs blessures 15
Blessés 60
V>itro[>iés 13
Vainqueurs qui n'ont pas été blessés 654
Veuves 19
Prphelins , , , 5
ToTAi ~ 84 y
( Éclaircisscmenfs donnes par Dusauix , ) 19Q
La publication de. la pièce qu'on va lire est la preuve la plus convaincante de l'esprit (l'impartialilé dans lequel ont été ré(lig(^es les premières livraisons de la Bastille dévoilée. Cette déclaration contredit sur phiêiei.MS points importants les rapports des assaillants; elle a été rédigée pat les soldats et sous-officiers renfermés dans la place au 14 juillet.
La garnison était composée de trente-deux soldats du régiment suisse de Salis-Salmade, et de quatre-vingt-deux soldats invalides, dont deux canonniers de la compagnie de Monsigny. « Ce sont eux, disent ies rédacteurs de la Bastille dévoilée, qui nous ont donné le mémoire qtii suit, et que nous allons copier littéralement.
« Le 12 juillet, la révolution a commencé dans Paris : vers le sept heures du soir, l'on s'assembla dans différens quartiers, et l'on prit les armes.
« Le 13, à deux heures du matin, M. de Launay les fit prendre à la compagnie, et la fit rentrer dans l'intérieur, elle et trente-deux Suisses qui étaient depuis quelques jours à la Bastille. Il fit fermer les portes du quartier, où la compagnie laiSvSa tous ses effets : on mit seulement en dehors deux soldats invalides sans armes, pour veiller à l'ouverttire et à la fermeture des portes donnant sur l'Arsenal et la rue Saint-Antoine. Ce^ deux soldats furent arrêtés et conduits à la Ville dès le mardi matin 14. Après bien des dangers courus, des motions bien vive*, faites à leur sujet par le peuple, ils ont obtenu leur liberté : ils sont présentement à l'hôtel.
« La garnison resta dans linlérieur de ia Bastille toute la journée du 13. L'on mit des factionnaires partout où le gouverneur les crut néces-saires, et douze hommes furent commandés pour monter sur les tours, afin d'observer i e qui se passait au dehors.
« Cette journée fut très -tranquille, si l'on en excepte de mauvais propos tenus à plusieurs re[)rises aux factionnaires par diverses troupes d'individus qui passaient. Entic onze heures et minuit, l'on tira .sept coups de fusils à balle sur ces mêmes factionnaires qui étaient sur les tours; ce qui causa une petite alarme. M. de Launay entendant crier Aux armes ! y monta, accompagné de plusieurs bas officiers, pour voirez que ce pouvait être. On lui rendit compte de ce qui venait de se passer : il resta une demi-heure, et n'entendant plus rien, il descendit avec les hommes qu'il avait fait monter avec lui.
« Le 14, sur les dix-heures du matin, trois particuliers vinrent à la grille de la Bastille, et dirent au soldat qui y était qu'ils vou-
laienl parler an gouverneur ; qu'ils étaient des dépiilés cela Ville. Le soldat les conduisit au |)t'lit pont-levis de l'avancé, el fit dire au gouverneur que trois députés de la Ville, accompagnés d'une grande multitude, le demandaient. Le gouverneur et les autres officiers de l'état-major se présentèrent au premier pont, el le firent baisser. Mais le gouverneur voyant la foule immense qui suivait ces députés, leur dit qu'ils ne pouvaient entrer que trois, et qu'il allait faire sortir pour otages quatre bas officiers qui resteraient avec le peuple jusqu'au moment où les trois députés sortiraient de la Bastille. Les quatre bas officiers sortirent, et les trois députés lurent introduits. Ils étaient encore au gouvernement, lorsque M. de la Rosière entra, également suivi de beaucoup d'individus de toutes classes, (|ui s'arrêtèrent dans la première cour, vis-à-vis le pont de l'avancée. Aussitôt que les trois premiers députés furent sortis, M. de la Rn/ière parla à M. de Laïuiay en ces termes :
« Je viens, Monsieur, au nom de la nation et de la patiie, vous « représenter que les canons que l'on voit braqués sur les tours de « la Bastille causent beaucoup d'inquiétude et répandent l'alarme " dans tout Paris. Je vous supplie de les faiie descendre, et j'es- « père que vous voudrez bien acquiescer à la demande (jue je suis « chargé de vous en faire.
« — Cela n'est pas en mon pouvoir, lui répondit le gouverneur ; « ces pièces ont de tout temps été sur les toius : je ne peux les en « faire descendre qu'en vertu d'un ordre du roi. Instruit déjà des « alarmes qu'elles causent dans Paris, ne pouvant pas les faire ôter « de dessus leurs atfùts, je les ai fait reculer et sortir des embra- « sures. M
«■ M. de la Rosière demanda au gouverneur la permission d'entrer dans la cour intéiieure; M. de Launay la lui accorda, mais avec peine, et d'après l'invitation que lui en fit M. de Losrne, major. Y étant entré M. de la Rosière somma les officiers et soldais qu'il y trouva, au nom de l'iionneur, de la nation et de la patrie, défaire clianger la direction des canons et de se rendre. Sur la provocation même <lu gouverneur, les officiers et soldats jurèient qu'ils ne feraient pas feu et ne t^e serviraient pas de leurs armes, si on ne les attaquait.
« M. de la Rosière demanda ensuite et obtint du gouverneur la permission de monter sur les tours pour voir tout par lui-même et être dans le cas de rendre un compte plus fidèle de sa mission aux citoyens qui l'avaient envoyé. Descendu avec le gouverneur, il dit
à haute voix dans la cour en présence des officiers et de la compagnie, qu'il était content, qu'il allait faire son rapport au peuple, qu'il espérait qu'il ne se refuserait pas à fournir une i^arde hourj^coise pour garder la Bastille, conjointement avec les troupes qui y étaient. Il sortit du château, et rentra avec M. de Launay au j^ouvernement. Le peuple, impatient de ne pas voir revenir son (lc()uté, le demanda à grands cris; aussitôt M. de la Rosière parut à une fenêtre, le calma, en lui disant que dans un instant il allait le joindre. En etfet, quelques minutes après, il sortit.
« Mais, une petite demi-heure après, quelle fut la surprise des officiers de l'état-raajor et la nôtre, en voyant arriver le peuple en foule, armé de fusils, de sabres, d'épées, de haches, etc., et criant : Nous voulons la Bastille! en bas la troupe! eu parlant aux soldats qui étaient siu- les tours. Nous priâmes aussi homiêtement qu'il est possible ces divers particuliers de se retirer, et nous nous efforçâmes de leur faire connaître le danger auquel ils s'exposaient.
« Malgré nos représentations, le peuple n'eu (ut pas moins obstiné. Deux hommes (1) montèrent sur le toit du corps-de garde, qui était à côté du petit pont-levis, coupèrent et cassèrent à coups de haches les chaînes du grand pont, tandis que d'autres hachaient et écrasaient le petit; ce qui nous obligea de leur due fermement de se retirer, ou bien que l'on serait forcé de faire feu sur eux. Ils parvinrent à baisser le grand et le petit pont de l'avancée. Eidiardis par ce succès, ils accoururent en foule au second pont poiir s'en emparer, en faisant une décharge de mousqueterie sur la troupe.
« Nous fûmes forcés de (aire feu sur eux pour les empêcher d'abattre le second pont, comme ils avaient abattu le premier. Us prirent la fuite et ils se retitèrenl en désordre une partie sous la voûte de la porte de bois, dans la cour de l'Orme, et rme autre partie sous celle de la grille, d'où ils ont fait un feu continuel, sans cependant oser s'approcher pour attaquer le second pont.
« Une heure après cette attaque, l'on entendit, du côté de l'Arsenal, le biuil d'im tambour, accompagné de cris et d'acclamations terribles.
(I) L'un de ces deux particuliers est le sieur Louis Tournay, ancien soldat au régiment Dauphin, infanterie, et actuellement compa^noa charron chez le sieur Cirard, rue de Braque, au Marais. Nous l'avons confronté avec les soldats invalides qui, sans en avoir été prévenus, l'ont tous reconnu pour celui qui le premier était monté sur le pont de l'avancée avec une intrépidité dont on n'a jamais vu d'exemple.
Nous aperçûmes aussitôt un drapeau escorté par une foule immense rie citoyens armés. Ce drapeau resta dans la cour de l'Orme avec la plus petite porlien de la troupe qui l'avait accompagné; la plus considérable s'avança jusque dans la cour du gouvernement, en nous criant de ne pas faire feu, que c'étaient les députés de la Ville qui voulaient parler au gouverneur, qu'ils le priaient de descendre. M. de Launay et les bas ofliciers qui étaient alors sur les tours, leur crièrent de faire avancer le drapeau et les députés de la Ville, et d'engager le peuple à se retirer dans la cour du passage. Au même instant, un bas officier, nommé Guyot de Fleville, pour leur prouver que notre intention n'était pas de faire, feu sur eux, retourna son fusil le canon bas et la crosse haute, et nous engagea à l'imiter, ce que nous fîmes surle-champ. Nous criâmes tous alors unanimement : « Ne craignez pas, « nous ne ferons pas feu, restez où vous êtes. Faites avancer votre « drapeau et vos députés; le gouverneur va descendre pour leur « parler. Nous allons baisser les ponts-levis pour les faire entrer, « et six de nous sortiront pour vous servir d'otages. »
« Après bien des prières de la part des soldats invalides, le peuple s\irrêta, et les députés entrèrent par la porte de bois dans la cour du passage, où ils ont dû voir tous les soldats sur les tours, la crosse du fusil liante, qui leur ciiaienl d'entrer avec leur drapeau pour parler au gouverneur, en leur donnant leur parole d'honneur qu'ils ne feraient pas feu sur eux. Les députés ont dû voir également, sur la plate-forme, un pavillon blanc, en signe de paix et d*appel (i).
'< Les députés restèrent dans cette cour environ dix minutes sans '< vouloir s'avancer pour parler au gouverneur, malgré la promesse « des l)as officiers, qui leur criaient du liant des tours : « Venez vous « expliquer avecle gouverneur ; vous n'avez rien à risquer, nous ré- <( pondons de vous sur notre tête. »
« Sans écouter leurs propositions, les députés se retirèrent dans la cour de l'Orme, où ils restèrent plus d'un quart d'heure, ou à se consulter ou à écouter ce que nous n'avions cessé de leur crier, de ne pas s'en aller, qu'on leur remettrait la Bastille s'ils étaient de vrais députés de la Ville.
« Le gouverneur nous dit : « Vous devez voir. Messieurs, que ces « députés et ce drapeau ne sont pas de la Ville ; c'est sûrement un
(1) Les personnes qui étaient en dehors nous ont bien dit avoir vu tous ces divers signaux; mais il n'était pas possible d'entendre les invitations que les invalide» assurent avoir faites.
« drapeau <lonl le peuple s'est emparé et dont il se sert pour nous « surprendre. Si c'étaient vraiment des députés, ils n'auraient pas « hésité, (Papiès les promesses que vous leur avez faites, de venir me « faire part des intentions de l'IIôlel de ville. »
« Les députés ne restèrent i)as plus d'im quart d'heure dans la cour de l'Orme ; ils partirent, eniineiiant avec eux une très-pelite I>arlie des personnes qui les avaient acconipaj^nés. La pins grande resta, et rem[)lissait les trois cours de l'Orme, du passage et du gouvernement. Les députés partis, le peuple se porta en foule à l'atlaque du second pont, résolu de l'abattre couinje le premier. Les bas ofliciers criaient des tours, aux assaillants, de ne pas avancer, qu'on aller faire feu sur eux ; mais ceux-ci ne voulaient tien entendre. A leurs cris, à leur acharnement, la compagnie pon>a que les députés qui venaient de se présenter n'étaient pas des députés de la Ville. Le gouverneur ordonna de faire feu : cette décharge les dispersa, et plusieurs restèrent sur la place.
« Ils ne se retirèrent pas loin, et continuèrent à tirer sur les bas officiers postés sur les tours. Ce fut alors qu'ils commencèrent à briser, à coups de hache, les portes du qnaitier; incommodés par le feu de la place, ils ne [)urent les enfoncer toutes : il les abandonnèrt^nt, coururent forcer celles de derrière, et pillèrent le qnar lier.
<( Une heure après ils amenèrent trois voitures de paille, et mirent le feu au corps de garde avancé, au gouvernement et aux cuisines. Ce fut dans ce moment qu'on tira un coup de canon à mitraille, le seul qui soit parti de la Bastille pendant le combat, qui a duré cinq heures; on ne se défendit qu'avec des fusils (1). Quel avantage préleiidait-on retirer de cet incendie? il était plus préjudiciable qu'utile aux assii;-
(1)11 nous a paru démoniré par la déposition des invalides, des suisses, des porte-clefs, et de quelques assiégeants >qui n'ont pas quitté la place , qu'on n'avait effectivement tiré que ce coup de canon de la Bastille. L'on a pu confondre le canon avec le fusil de rempart qui était placé, comme nous l'avons dit, au trou pratiqué dans le tablier du grand pont-levis, et dont on a effectivement fait plusieurs décharges. On a pu également confondre, à une certaine distance, le bruit du canon avec ceiui de la mousqueterie qui partait de la plate-forme et de beaucoup de créneaux. Les ofliciers de l'état-raajor et de la compagnie oiit eux-mêmes fait le coup de fusil. Ce qui a pu contribuer à accréditer celte erreur, c'est que le canon des assiégeants ne rencontrant pas toujours la Bastille, passait quelquefois par-dessus, et les boulets étaient portés fort loin au-delà.
jSeants, et loin de faciliter la prise de la Bastille, il servait à la défendre, et à rendre le second pont imprenable (1).
H C'est alors que nous vîmes paraître les gardes françaises, qni placèrent dans la cour de l'Orme deux pièces de quatre, un canon plaqué en argent, venant du garde-meuble, et un mortier. On plaça encore deux pièces à la porte qui communi(]ue au jardin de l'Arsenal. On nous a assuré, depuis la reddition du fort, que ces pièces, avant d'être où nous les avons vues, avaient été placées près de la pompe et du passage de Lesdiguières et du cul-de-sac Guémenée. Cet appareil re<loulable n'eût pas suffi pour rédjiire la Bastille, si la garnison, quoique trop peu nombreuse pour la défendre, eût eu à combattre des ennemis de l'État et de la Nation. Depuis quarantebuit lieures nous n'avions d'autres vivres que ceux qui se trouvèrent au quai lier lorsque le gouverneiH- nous le fit quitter.
« Nous ne devons pas oublier de citer lesnommésFerrand et Béquard, qui sauvèrent la ville de Paris du plus grand des malbeurs. Vers les quatre heures de soir, le gouverneur, vivement sollicité par les bas ofliciers de rendre la Bastille, voyant lui-même qu'il ne pouvait plus longtemps en soutenir le siège, mu quant de vivres, prit la mèche d'une des pièces de canon de la cour intérieure j)Our mettre le feu aux poudres qui étaient dans ia tour de la Liberté, ce qui aurait iniinanqiiablcment (ait sauter une partie du faubourg Saint-Antoine, et toutes les maisons voisines de la Bastille, si ces deux bas officiers ne l'eussent empêché d'exécuter son dessein : ils lui présentèrent la baïonnette et le firent retirer. Le nommé Ferrand repoussa de l'entrée de la sainte-barbe le gouverneur, qui descenditaloisà la tour de la Liberté, d'où il fut également repoussé par le nommé Béquard (2).
(1) Cet incendie était effectivement si nuisible aux assiégeants, que le nommé Réole, mercier près Saint-Paul, M. Elle, officier de la reine, et trois ou quatre autres citoyens furent pour retirer ces voitures. Ils en écartèrent une ; mais la seconde leur présentait plus de diflicullés; elle était en face du pont dormant, et bouchait précisément l'entrée du four. Le nommé Réole parvint, à lui seul, à retirer cette voiture enflammée, après avoir perdu deux de ses camarades tués roides à coté de lui.
(2) Le nommé Ferrand existe encore, et ses camarades, en sa présence, nous ont conlirmé ces faits. Quant au malheureux Béquard, dès qu'on eut ouvert la porte, il reçut deux coups d'épée, et eut le poignet abattu d'un coup de sabre. Sa main fut portée en triomphe dans toutes les rues de Paris; l'on a cru pendant longtemps (jue c'était celle d'un porle-clcls. Il tut arraché de la Raslllle cl conduit à la place deCirève,
<« CVst alors (\uo. M. de Laiinay dcmantla à la garnison U* parli (Hi'il fallait prendre, qu'il n'en voyait pas d'autre que de se faire sauter plutôt que de s'exposer à être égort^é par le peuple, à la fureur du(piel ou ne pouvait ëcliap[)er; qu'il fallait jcmonter sur les leurs, continuer de se l)attre, et se faire saiiler plutôt que de se rendre (1).
« Les soldats lui répondirent qu'il était impossible de se haltre plus longtemps, qu'ils se résigneraient à tout plutôt que de faire périr un grand nombre de citoyens, qu'il était plus à propos de faire monter le tambour sur les tours pour rappeler, d'arborer nu drapeau blanc, et de capituler. Le gouverneur n'ayant pas de drapeau, donna un mouchoir blanc. Les nommés Rouf et Roulard montèrent sur les fours, arborèrent le drapeau, firent trois fois le tour de la plate- forme avec le tambour qui rappelait, ce qui dura environ un quart d'heure; le peuple faisait un feu continuel sans faire attention au drapeau ni au rappel .
« Un quart d'heure après que les invalides et le tambour furent descendus, les assiégeants voyant qtie l'on ne faisait plus feu d'aucun côté de la Bastille (2), s'avancèrent en taisant toujours des décharges jusqu'au pont de l'intérieur et en criant : Abaissez le pont ! L'officier suisse leur adressa la parole à travers une espèce de créneau qui se trouvait auprès du pont-levis, et leur demanda de sortir avec les horinems de la guerre ; on lui répondit que non. Ledit officier écrivit la capitulation et la passa par le même trou, en disant, qu'on voulait bien se rendre et poser les arme-^, si toutefois on promettait de ne pas massacrer la troupe; l'on se mit à crier : Abaissez votre pont, il ne vous arrivera rien !
ou il a été pendu. Si, d'après les preuves que nous en avons, on ne peut pas révoquer en doute la belle action de ce Béquard, quelle famille a plus de droits que la sienne a la commisération puhlicjue ? Il a laissé dans l'indigence une femme et des enfants, dont il élait l'unique ^outien.
(1) Les porte-clefs, tous les soldats qui étaient dans l'intérieur, nous ont assuré que M. de Launay avait parlé plusieurs fois de se faire sauter , qu'il avait même demandé, comme une grâce, un seul baril de poudre qui lui avait élé refusé,
(2) Nous n'avons pu mettre d'accord, sur ce point, les assiégeants et les assiégés. Est-ce de l'intérieur des tours? est-ce de la cour que l'on a fait feu? Nous l'ignorons. Dans la confusion qui régnait alors, élail-il bien possible aux citoyens armés de distinguer leur feu d'avec celui de la place?
« C'est sur nette promesse que le gouverneur donna la clef du petit pont-levis, qu'il avait dans sa poche, aux non^m(^s Gaïard, caporal, et Pereau, bas officier, qui ouvrirent la porte et baissèrent le pont. ]i est certain que si l'on eût prévu ce qui allait arriver, on n'aurait baiss(^ le pont que quand on aurait apporté une capitulation par écrit, bien en règle et signée de la Ville.
« La porte ne fut pas plutôt ouverte que le peuple se précipita dans la cour, se jeta sur les invalides qui avaient déposé leurs armes le long du mur à droite en entrant. Les Suisses étaient de l'autre côlé, mais ils échappèrent à ce premier mouvement ; couverts de sarreaux de toile, on les prit pour des prisonniers. D'ailleurs on ne les avait pas vus, ils n'étaient pas montés sur les tours; ils étaient dans la cour où ils faisaient un feu continuel , tant par les créneaux que par des trous qu'ils avaient pratiqués dans le pont-levis (1).
« Le peuple était tellement aveuglé, qu'il se porta en foule dans le logement des officiers de l'état major, en brisa les meubles, lès croisées. Pendant ce temps, des citoyens qui étaient dans la courfiraient sur ces mêmes citoyens qu'ils prenaient pour des gens de 1;* garnison : il y en eut plusieurs de tués.
«■ Les invalides furent comluils comme des esclaves dans plusieurs eu'lroils de Paris; vingt-deux furent menés à l'Hôtel de ville. Après des humiliations et des tourments de toute espèce , ils y virent en y arrivant deux de leurs camarades pendus. Ce spectable leur fut p'iis sensible que la mort. On les présenta à un otlicier de ville, qui leur dit : « Vous avez fait feu sur vos conciloyens, vous méritez d'être « pendus, el vous le serez sur-le-champ. » A l'instant des voix s'élevèrent de toutes les parties de la place, qui criaient : Livrez-nous -les que nous les pendions. Aussitôt des gardes- françaises (7.) ont de-
{D De ces îrente-deux Suisses, il y en a encore dix à douze répandus dans les divers diclricts de Paris. Nous en avons fait venir plusieurs, ils sont convenus avec nous des fails contenus dans ce Mémoire. Aucun d'eux n'aélé tué pendant le combat; un seul l'a été après. Le hasard a voulu que ce fût celui qui avait placé, chargé et pointé le fusil de rempart qui a fait tant de ravage. Il avait été embarqué pendant plusieurs années de la guerre dernière, et il avait appris, sur les vaisseaux du roi, la manoeuvre du canon. Se sentant probablement plus coupable que ses camarades, dès que le pont-levis fut baissé il voulut fuir; il fut tué dans la cour du passage d'un coup de sabre ou d'un coup de baïonnette. Le reste du détachement fut conduit àl'Hôtel de ville; les gardesfrançaises demandèrent el obtinrent leur grâce.
C-^ C'est en grande partie au sieur Marqué, ci-devant sergent de gre-
rnandé notre grâce, et le peuple, revenu à liii-naême, nous l'a ac- < ordée. JNous nous reposâmes environ un demi-heure, et les gardesfrançaises nous escortèrent eux-nnêmes jusqu'à la Nouvelle-France dans une de leurs casernes, où ils nous ont fait donner à souper et à couclier : nous y passâmes la nuit fort tranquillement, et le lendemain matin nous partîmes pour nous rendre à l'hôtel.
« Il est aisé de voir que la Bastille n'a pas été prise d'assaut. L'ou n'a point fait de brèche ; nous détions qui que ce soit de le prouver ; l'on est entré lorsque nous avons eu baissé le pont, et M. Élie est le premier militaire que nous ayons vu dans la cour.
« Les invalides n'ignorent pas tout ce qu'on leur impute; peut- Hre reviendra-t-on sur leur compte quand on saura les circon.etances fâcheuses dans lesquelles ils se sont trouvés. S'ils résistaient plus longtemps aux ordres du gouverneur, ils devaient être fusillés |)ar les Suisses; il fallait donc qu'ils fusillassent les Suisses, et qu'ils trempassent leurs mains dans le sang des officiers qui les commandaient.
« Les invalides ont perdu tout ce qu'ils possédaient; leur quartier a été entièrement dévasté.
« La garnison n'a perdu qu'un seul homme pendant le combat , le nommé Fortuné, tué roide sur les tours. 11 y a eu trois ou quatre soldats invalides légèrement blessés.
État des personnes tuées ou blessées après la reddition de la place.
« M. de Launay, gouverneur, décapité à la Grève; « M. de Losme-Salbray, major, tué à la Grève, vis-à-vis l'arcade Saiiit-Jean ;
« M. de Miray, aide-major, tué rue des Tournelles;
« M. Person, lieutenant de la compagnie, tué sur le Port-aux-B!és;
nadiers au régiment des gardes-françaises, et actuellement sous-lieulenant de la compagnie de grenadiers soldée, casernée à la porte Sainl-Antoine, que les invalides sont redevables de ce bienfait signalé. Apres avoir, conjointement avec ses camarades (comme il nous la rapporté lui-même;, demandé et obtenu leur grâce, il les lit placer au nombre de vingt-deux et onze petits Suisses au milieu du détachement qu'il commandait, et les conduisit par la place des Victoires, malgré le peu-, pie qui voulait qu'on les promenât au Palais-Royal, jusqu'à la Nouvelle- France. Soldats, citoyens, hommes, voilà la véritable gloire! Ennemis pendant le combat, mais amis après la victoire.
« M. Caron, lieutenant de la môme compagnie, blessé en quatre endroits diflérents, conduit à l'Hôlel-Dieu (1);
« Le nommé Dumont, soldat invalide, massacré dans le château , mort la nuit suivante à l'Hôlel-Dieu;
« Les nommés Asselin et Béquard, pendus à la Grève (2).
« Ici finissent le Mémoire et les renseignements qui nous ont élé fournis par les soldats invalides. » ( Bastille dévoilées^ T livraison , p. 87.)
Le passage qu'on va lire ne permet pas de douter qu'il n'ait existé autrefois des instruments de torture à la Bastille ; et puisqu'ils s'y trouvaient, on peut en inférer qu'ils étaient mis en usage.
« Comme il vit, >» dit La Porte en parlant du maître des requêtes qui l'interrogeait, « que toutes ces belles paroles ne m'ébranlaientpas, il changea tout d'un coup de ton, et me dit que, puisque je me voulais perdre, il m'allait apprendre bien d'autres nouvelles que je ne savais pas. En même temps il lira un papier de son sac; en me le montrant: « Voilà, dit-il, un arrêt par lequel vous êtes condamné à la question ordinaire et extraordinaire, voyez où vous en êtes, et où vous jette votre opiniâtreté. » Il me (it descendre dans la chambre delà question, avec le sergent de la Brière; et là ils me firent voir tous les instruments, me les présentèrent, et me firent un grand sermon sur les ais, les coins, les cordages, exagérant le plus qu'ils pouvaient les douleurs que cela causait, et comme cette question aplatissait les genoux : ce qui véritablement m'aurait étonné, si je n'eusse été résolu à quelque chose de pis et si je n'eusse tenu la paix dans mes mains en disant à propos ce que j'avais ordre de dire. Je lui dis que le roi était le maître de ma vie, qu'il pouvait me l'ôter, et qu'à plus forte raison il pourrait me faire aplatir les genoux ; mais que je savais qu'il était juste, et que je ne pouvais croire qu'il consentît qu'on me traitât de la sorte sans l'avoir mérité. » ( Mém. de La Porle, page 177. )
Ceci est positif. Aussi la présence de ces instruments de gêne, ce j)as}iage des Mémoires de La Porle, les rapports laits par d'autres
(0 Cet officier est sorti de l'Hôlel-Dieu parfaitement guéri, et est actuelleuient aux Invalides.
(2) On a cru pendre les deux canonniers, et on s'est trompé.
|)iisonniers, et lelle disposition des esprits portés naturellement à tout craitidn^, dans des lieux où l'on peut tout oser par la (orcc et tout ell^'ev('lir dans le mystère, ces différentes causes réunies avaientelles généralement accrédité l'opinion que pour d?s causes, même légères, on donnait la question dans les cactiols de la Bastille. Madame de Staal rapporte dans le morceau qui suit, avec riulerêl qu'elle lépand sur tout ce qui sort de sa plume, et les craintes qu'elle en avait conçues, et la singulière méprise qui servit à foitilierses craintes, « Sonlajiée de.s plus grandes peines de mon éliil, j'en aurais goûté le repos, s'il n'eût été troublé par nue funeste pensée cpii m'assiéiieait conliduellement. Quelques jours avant que je fusse à la Bastille, l'abbé de Chaulieu m'avait conté, à l'occasion de totite» les gens qu'on y mettait, des histoires elfrayautes de ce qui s'y passait; entre autres celle d'ime femme de condition, à qui autrefois on y avait donné la question, sans lui faire son procès, et si rudement qu'elle en était demeurée estropiée toute i,a vie. Il prétendait que ce moyeu y était souvent employé sans aucune formalité, et que l'exécution s'en faisait par les valets de la maison. Celte opinion qu'il m'avait mise dans l'esprit avait de quoi n)'alarmer. Je passais pour instruite du secret de l'affaire. J'étais sans doute supposée aussi faible que les femmes ont coutume de l'être, d'ailleurs un personnage peu important. Il y avait toute apparence que si l'on tentait cette voie, le choix tomberait sur moi. Frappée de cette idée, j'avais un extrême désir <i'en éclaircir les fondements; mais je ne savais comment m'y prenpre : je hasardai, un jour que j'étais avec notre lieutenant de roi, d'amener la conversation sur plusicius choses que j'avais ouï dire se faire à la Bastille. Il les traita la plupart de contes puérils. Knfin, baissant le Ion, comme on fait ordinairement quand on est embarrassé, je lui dis qu'on prétendait qu'on y donnait quelquefois la question sans (orme de procès. Il ne me répondit rien. Nous nous promenions dans ma chambre pendant cet entrelien ; il fit encore «n tour et s'en alla assez brusquement. Je demeurai tout éperdue, et plus persuadée que jamais du sinistre traitement qu'on me destinait. Je crus qjie notre homme en était informé, et que cette connaissance lui avait fermé la bouche; ne voulant ni prévariquer dans son ministère, ni avancer par la prévoyance le mal que je devais subir, je cx)nlinuai de me promener à grands pas, faisant sur ce sujet de profondes réflexions. Je n'avais à cœur que de bien faire, et je ne me souciais ni de souffrir ni de mourir; mais je craignais ce que peut contre les résolutions les plus fortes l'excès delà douleur, et je no-
sais me répondre de moi dans un cas où je n'avais pas ma propre expérience pour garant. J'en appelai d't'trangères à mon secours. I Pourquoi ne ferais-je pas, me disais-je, ce que d'autres ont fait ? On souffre des opérations affreuses pour sauver sa vie. Que fait la douleur? elle arrache des cris, et ne peut vous forcer d'articuler des paroles. Après cet examen, je me tranquillisai, et j'espérai de moi, soutenue par de puissants motifs, ce qui n'était pas au-dessus des forces de la nature. Je m'aperçus par la suite que notre lieutenant était sourd d'une oreille ; et, me ressouvenant que j'avais adressé mon interrogation de ce mauvais côté, je ris de la vaine frayeur que son apparente circonspection m'avait causée. » ( Mém. de mad. de Staal, tome Il,P' 1I7. )
Les notes qu'on va lir€ sont extraites ou du grand registre dont il est parlé dans Pavant-propos, ou des feuillets détachés qui servaient pour ainsi dire de brouillons à ce registre. INous avons copié textuellement ces détails dans la Bastille dévoilée. L'on a vu plus haut les motifs qui doivent donner confiance en ce recueil pour toutes les pièces dont la date remonte à des époques antérieures à la révolution. Le registre, ou plutôt les différents registres qui contenaient ces notes, commencent en 1663, et s'arrêtent en 1761 ; mais dans cet intervalle de cent années, ils présentent un très-grand nombre de lacunes. Les principaux ministres signataires des ordres d'entrée, pendant cet espace de temps, sont : Le Tellier, Colbert, Louvois, Phelipeaux, Barbezieux, Chamiilarl, Chauvelin, Amelot, d'Argenson, le duc de La Vrillière, le duc de Choiseul et le maréchal de Belle- Isle. Nous n'avons pu donner toutes les notes portées sur les registres ; nous avons choisi les plus remarquables, soit à cause des personnages qu'elles concernent, soit par les causes de détention qu'elles indiquent. On sait qu'au nombre de ces causes se trouvait la publication des écrits défendus et des livres obscènes. Nous n'avons pu nous dispenser d'indiquer le titre ou la nature de ces mauvais ouvrages par des initiales, et nous prions ceux qui seraient tentés d'en faire, à notre égard, un sujet de reproche, de se rappeler que ce recueil, destiné à l'histoire, n'est écrit, surtout dans la partie qui renferme les notes et les éclaircissements ni pour les jeunes gens ni pour les femmes.
Année 1663. « Le sieur de La Bazinière, trésorier de l'épargne.
— On conjecture, sans en avoir la cerlitiide, que ce prisonnier a donné son nom à une des tours de la Bastille.
'< Pradier, — Sorti après deux mois de délontion, à condition qu'il ne se mêlera plus de gazettes.
1G81. « Le comte de Clermont-Tonnerre. — Ordre de se rendre lui même.
« Le sieur de Bcriye. — Ordre de se rendre lui-même. —Affaire de poison.
« Plusieurs Italiens, savoir : Paul Trovato, Viclorina Trovato, dom André Trovato. — Soupçonnés de composer des drogues et poudres suspectes de poison. Le jugement en déficit.
« Margnan, prêtre. — Lettre de M. de Seignelay, en date du 31 décembre, qui demande par ordre de quel minisire il a été arrêté.
1684. « Le nommé Duménil. — Lettre de M. de Seignelay, qui demande combien de temps il y a qu'il est prisonnier; et pourquoi.
« Le nommé Délasse, remis h un officier de la prévôté del'Hôfel, pour le conduire à la cour. — Lettre de M. de La Reynie, pour qu'on ne parle à personne du prisonnier amené le matin à la Bastille, et que personne n'ait connaissance de son nom. — Leitre du cbancelier Le Tellier, pour faire garder à vue l'homme que M. de La Reynie a envoyé à la Bastille, et dont il lui mandera le nom.
1686. «Le nommé Desvallons. — Pour avoir tenu des propos insolents contre le roi.
«Le père de Hanne> jacobin irlandais. Fou dangereux.
« Le sieur Dupret, sa femme, ses filles et ses domestiques, de la religion prétendue réformée — Pour avoir voulu sortir du royaume.
1688. « Jean Martinon, écuyer, natif de Nîmes. — Mort et enterré à Saint-Paul, le 30 juillet 1694, après huit jours de maladie, s'est confessé trois fois et est mort en bon catholique; sa femme et sa fille en ont eu soin pendant toute sa maladie.
« Joacliim Girard, ci-devant valet de cbambre et maître d'hôlel du maréchal d'Aumont. — Pour recherches de trésor.
1689. (( Poupaillard. — Mauvais catholique ( ce motif se trouve à chaque page).
« Le sieur Cardel. — Pour la religion, quia servi de motif que voici : Pour des raisons très-importantes qui regardaient la sûreté de la personne du roi; mort subitement le 13 juin 1715.
« Le marquis de Cessac. — Pour poison. — Déchargé d'accusation après treize mois de prison.
1692. « Dayrollê, Français de natioD Trouvé sur un vaisseau
ennemi. Il est sorti de la Bastille pour aller chez son frère se faire traiter d'une maladie, ayant une garde du château.
« Le prétendu marquis Desportes, sa femme, sa cuisinière, son laquais, et les nommés Ranson, Chabot, de Lorme et Chevalier. — Tous entrés le même jour, sans motifs, sans observations, et même sans ordre des ministres connus.
« Jouas de Lamas, boulanger de son métier. — Qui vomit des exécrations contre le roi. — Transféré à Bicètre après vingt ans de séjour à la Bastille.
1695. « Jean Pardiac, prêtre du diocèse de Condom. — Pour libelles contre les jésuites.
1696. « Le sieur Isaac Armet de La Motte, gentilhomme de Bourgogne. — Transféré à Charenton après avoir reste à la Bastille 54 ans 5 mois 10 jours.
« Jean Ilasting, Anglais, capitaine d'un vaisseau du roi de Danemark, — Tenu pour suspect. Soupçonné de mauvais desseins contre lÉtat, nommément d'avoir formé le projet de brûler les vaisseaux du roi,- pendant qu'ils seraient désarmés dans le port de Brest.
« François D:ivaut. — Accusé d'être qniétiste.
1697. " Jean Pardieu, prêtre. — Pour mariage de protestants. 1702. « Le sieur Constantin de Rennevilie, Français, auteur de
rinqiiisition de la Bastille. — Transféré à Lille. — Ce prisonnier a été arrêté à Versailles, et conduit à la Bastille par deux hoquetons.
« Le sieur La Perche, maître en fait d'armes. — Accusé d'avoir dit que le roi ne songeait qu'à sucer ses peuples, qu'à manier le c. de sa vieille, et qu'il sera bientôt le roi des gueux ; que le-s olliciers mouraient de faim; que Sa Majesté avait ruiné son royaume en chassant les huguenots, et que le roi se f du peuple.
( Nous copions littéralement les motifs de détention, tels qu'ils existent dans le registre que nous avons sous les yeux. )
« Le prince de Riccia. — Chef de la conspiration de Napies contre Philippe V. Il a déclaré, dans son interrogatoire, qu'il a été informé de la conspiration formée par les Espagnols pour faire passer le royaume de Napies à Tarchiduc ; que le principal agent, |)our la néjiociatidn de cette entreprise, était Sotto Mayor , gouverneur du chyteau de Sainte-Hélène. Ce prisonnier avait été renfermé à Marseille, de Marseille à Vinccnnes, de Vinccnnes à la Bastille, d'où il sortit en 1713 pour aller à Orléans jusqu'à nouvel ordre.
«705. « Le sieur Germain Veillart, ou Willard, bon historiographe, janséniste outré. -— Ce prisonnier était en relation avec le P.
214 ÉCLAIRCISSEMfiNTS HISTORIQUES
Quesnel dès 1G67 jusqu'à sa détention. Il faisait imprimer ses ouvrages et faisait toutes ses affaires à Paris. Il a subi qualre-viuglneuf interroj^atoires; il est tombé malade le jour de sa soi lie, et il est mort quelques jours après.
« Le sieur Duplessis, Flamand. — Resté onze ans à la Baslillc, pour avoir contribué à la liberté du P. Quesnel, détenu prisonnier dans le palais de l'archevêque de Malines.
10 novembre 1707. <* Un sieur Claude Leiioir. — Pour avoir engagé quinze jeunes gens pour la marine, et les avoir cédés à son frère, capitaine au régiment de Vexin.
« Laurent D'Houry, imprimeur. — Pour avoir manqué de respect, dans son almauacb, au roi Georges, en ne le nommant pas comme roi d'Angleterre, ou plutôt de la Grande-Bretagne.
1716. « Jean-François-Armand Duplessis, duc de Ricbelieu, entré le 4 mars, sorti le 4 août. — Pour duel avec M. de Matignon, comie de Gacé. Il y a eu une procédure an parlement pour celle affaire. L'arrêt du parlement, du 21 août 17 10, ordonne un plus amplement informé de trois mois, et cependant liberté. Le duc de Richelieu était alors âgé de vingt ans ; il avait déjà été mis à la Bastille le 22 avril i7ll, et y est revenu le 28 avril 1719.
« François Barrois, libraire. — Pour avoir imprimé et débité des livres défendus et séditieux.
« Jean Le Fèvre, prêtre du diocèse de Trêves. — Accusé d'avoir tenu des discours insolents contre M. le duc d'Orléans, en ces terme» : " M. le Régent en use d'une façon si extraordinaire, qu'il ne « i>ourra que lui en arriver malheur; qu'il y avait une ligue formée " pour l'attaquer, si les choses ne changeaient pas avant le 1^"^ janvier. «^ Quant à moi, je ne le manquerai pas d'un coup de pistolet; et, « s'il ne change de note, son affaire n'ira pas loin. »
1728. « L'abbé Blondel, dit le (lère Laurent. — Il y avait une assemblée de jansénistes au château de Vermouillet, près Poissy, où l'on composait des ouvrages contre la Constitution. M. de Melliaud, intendant de Flandre, arrête un paquet de livres très-suspects à l'abbé Blondel, qui venait de Hollande. Ce Blondel était fameux écrivain des jansénistes. — Il a composé une nouvelle Vie des Saints , et était gagé du sieur Despret, libraire, pour composer des ouvrages de cette nature.
« Les papiers du sieur Blondel ont été remis à la Bibliothèque du roi, en conséquence d'un arrêt du conseil.
'< La dame Jourdain, ou Tbcodou. — Elle enirait dans Paris des
imprimés coiilio l'assembh^e (l'Iinl)nui ; file a olô inlorrof^ôe chez M. Hérault.
« Pierre Vaillant, prêtre du diocèse de Troyes, natif de Mercysnr-Seine. — Fameux dans le parti janséniste en 1725. Il fut charité de la procuration de M. de Senez, pour adhérer, en son nom, aux protestations faites et à faire par MM. Montpellier et de de Cayeux , et autres évêqnes opposants à la bulle Unigenittis, étant autorisé à passer tous les actes tendant à s'unir avec lesdils cvêques, et à s'opposera la Constitution; il se mêlait aussi d'écrire des nouvelles ecclésiastiques; il colportait, il distribuait tous les imprimés sur les affaires du temps.
« Lesieur Tliibout fils, imprimeur, place Cambray. — Soupçonné de relation avec les Chartreux de Hollande, et d'avoir imprimé et distribué des livres contraires à la religion, à l'État et aux bonnes mœurs. « Le nommé Poupé, dit Saint-Omer, portier de madame l'abbesse de Port-Royal. — Il a été arrêté sur la denianiie de M. le comte de Charollais, sollicité par madame de Courchaup. L'abbesse avait refusé de recevoir celte dame ; on s'était présenté à l'abbaye à heure indue, sous le nom de M. le comte de Charollais, et h'. portier lit quelques réponses dures de la part de cette abbesse, qui a pris vivement sa défense.
« Poupé a été arrêté pour satisfaire au comte de Charollais, et savoir de lui ce qu'on désirait savoir.
« Le père François Louvard, religieux bénédictin de l'abbaye de Gilas des-Bois, — Accusé de cabaler dans son ordre contre la bulle IJnigenUus. 11 était en relation avec tous les jansénistes du royaume et avec ceux de Hollande.
'< Clatide Laubin, courrier de Lyon. — Arrêté à la barrière cbarsé de libelles et imprimés contre la Constitution, portant titre : Lettres de Paris à U7î ami de province, au sujet des violences que l'on exerce tous les jours contre les appelants.
1730. « Antoine Patron, janséniste et convulsionnaire. — Condamné i) être au carcan pendant deux heures, par arrêt de la Cliambie du 3 mars 1731 .
« Michel Auberf;, gagne-denier, crocheteur de la Constitution. « Le sieur Chantereaux, donneur de faux avis jansénistes. 1732. « Jean Fiet, cuisinier du collège de Navarre. — Janscuisle qui allait (réquemmentà Saint-Médard, où il se procurait des convulsions volontaires sur la tombe de M. Paris; et ce par le conseil d'un parent dudilsit'ur Paris : ce qu'il a avoué.
210 KCLAlllCISSEMENTS HISTORIQUES
" Pierre Lahier , garçon l)Oulanj;er, ci Claude-François Tiirsan, apprenti bourrelier. — I.es médecins ont reconnu, et ils ont avoué qu'ils se procuraient les convulsions qu'ils faisaient cesser à volonté.
« Le sieur Clialandas, prêtre habitué à Saint-Germain-l'Auxerrois, accusé de prêcber avec trop de chaleur sur les affaires de temps, et d'avoir avancé des principes contraires an respect dû au saintsiése. — 11 a été interdit de confession et de prédication. II l'était encore six ans après.
«< Gervais-Martin Comtri, graveur, fds d'un fossoyeur de l'église Saint-Séverin. — Pour avoir fait des vers destinés h être mis au pied d'une gravure qui représent.'ïit un arbre, entre les branches duquel on aperçoit MM. Nicole, Quesnel, Paris et autres; deux jésuites sciaient cet arbre par le pied, pendant que plusieurs autres (àchaienl de l'abattre en le tirant avec des cordes.
« La nommée Lefèvre, jeune eonviilsionnaire miraculée. — Elle avait jusqu'à trente convulsions par jour; elle en avait d'internes et d'extetnes; elle en a eu à la Basiille; il allait chez elle un grand concours de monde pourvoir ses convulsions. — Elle a été transférée à l'Hôpital.
17'<3. « Claude Souclion, et Pierre Segain , l'un maître et l'autre garçon chapelier. — Pour avoir planté une croix au Port-Royal, où ils furent arrêtés.
1734. « Le sieur de La Faye, capitaine de dragons. — Pour avoir interromf»u le spectacle de la Comédie ilalienne.
« Le sieur Robert de La Motte, gentilhomme servant S. A. S monseigneur le duc d'Orléans. — Pour avoir assassiné Rriiny, limonadier, pour jouir de sa femme. Ce prisonnier n'est resté que six mois à la Basiille.
« Le sieur abbé Vallaud, janséniste, chef de la secte des éliséens. — Celte secte de jansénistes voulait le l'aire passer pour le véritable prophète Élie, qui était venu sur terre pour la conversion des juifs et la réprobation de la cour de Rome.
'« Soudan, ditie frère Canard. — On l'appelait frère Canard, parce (|ue, lorsqu'il était dans le monde, il barbotait dans toutes sortes <rim[)urelés.
1735. « Le comte Daverne, — qui apprenait à son fils, âgé de cinq ans, à avoir dès convulsions, et qui dissipait son bien à entretenir des convulsionnaires.
«1 De Bellefonds, — ayant une belle main pour faire jouer de malheur, et affaire de la dame de xMesgrigny.
1737. « Angélique Noël, fille d'un vitrier dit Poirier. — Pour avoir cassé beaucoup de vitres chez son père, à l'occasion de Saint- Médàrd et de M. Paris.
1741. « Le sieur Bacularl, d'Arnaud, poète licencieux. — Auteur d'un ouvrage obscène, intitulé : l'Aride f. Transféré à Saint- Lazare.
« Le sieur d'Arnoncourt de Moran. — Pour avoir fait imprimer
IWrt de/ à Moulins, à la femme de M. de Noinville son oncle,
intendant de Moulins,
« La demoiselle OUier. — Colporteuse du livre du P. des C. D. B.
«Le sieur Jean-Louis Lanniet, curé de Saint-Pierre de Saint- Denis, près Paris. — Accusé de séduire des femmes.
« Le sieur abbé de Noury, clerc de l'ordre de Cluny. — Impliqué dans l'impression deD. B., P. des C.
1742. «Le sieur abbé de Gouffé, principal du collège du Plessis, pour divertissement des fonds du collège. — Accusé de mauvaises mœurs. Il y a eu une commission.
« Le sieur de la Borgue, prêtre du diocèse de Lyon. — II élevait la jeunesse aux convulsions.
1743. « Pierre Azua. — Pour l'affaire de la Raessnis , du faux bon du roi pour être fermier général. Ce prisonnier a tué à la Bastille, le 17 avril 1743, avec une bûche, le nommé François Pipat, qui allumait son feu.
« Lfe sieur abbé Leuglel Dufrenoi. — Pour ouvrage qu'il a fait imprimer contre les ordres de M. le chancelier.
1844. « Le sieur Dnprez. — 11 était secrétaire de M. de la Chétardie, ambassadeur de France en Russie, et soupçonné d'inlidélité. Son innocence reconnue après quinze mois de détention, le roi lui fit donner 1,500 francs de gratitîcation.
« Jacques Durant, garçon limonadier. — Nouvelles licencieuses qu'il distribuait dans le café.
1745. « Le sieur comte de ïhelis. — Pour intrigues à la cour, et avoir voulu donner un placel au roi étant à la chasse.
« Le sieur Maudry, Genevois. — Il tenait des discours impertinents contre l'État dans les cafés.
« La femme Peigner. — Intrigante qui avait des avis à communiquer au roi.
« La demoiselle Marie-Magdeleine Bonafous, femme de chambre de madame le princesse de Montauban. — Auteur du Tomastès où Ton faisait le journal de ce qui s'était passé à Metz, à la maladie
(lu roi, et du rétablissement de madame la duchesse de CluMcanroux. Transférée, lors de sa sortie, au couvent des Bernardins du Moulins en Bourbonnais.
1746. « Le sieur abbé de Lor, prêtre du diocèse ûv. Rliodez, grand janséniste. — Son véritable nom pst Fraissuz ; mort, s'étant pendu dans sa chambre dans la nuit du 19 au 20 septembre 1746; enterré à Saint-Paul. Il a passé pour être mort d'uu coup de sang.
1748. « Le sieur de La Bourdonnaie, capitaine de frégate. — Il y a eu une commission. — Déchargé de l'accusation inleulée contre lui, par arrêté de la chambre de l'Arsenal du 3 février 1731, et qui a ordonné, sous le bon plaisir du roi, qu'il soit élargi.
1749. Le sieur abbé Fleurs, prêtre. — Pour fabrication de faux billets de la loterie royale. — Pendu en place de Grève par arrêt et jugement de la chambre de l'Arsenal.
« Le sieur Darles de Montigny. — Pour l'impression du livre intitulé : Th. Ph.
«< Jean Laçasse. — Garçon de vaisselle du Grand-Commun, qui avait mis en entrepôt, dans la chapelle du roi à Versailles, une édition entière du P. des C.
« Le chevalier de B cllerive, ancien capitaine de dragons. — Pour mauvais propos contre le roi, madame de Pompadour et les ministres. — On le dit fds naturel de M. le duc de Vendôme.
« Danry, garçon chirurgien — Affaires d'État. — Pour faux avis de poison contre madame de Pompadour, et avoir lui-même composé une boîte remplie de drogues assez suspectes, adressée à cette dame pour donner du poids à son avis. Transféré à Vincennes lors de sa sortie.
« La demoiselle Dupont. — Soupçonnée d'avoir connaissance des auteurs de vers contre le roi.
« André Dubuisson, faux sorcier. — Ce prisonnier faisait voir le diable au duc d'Olonne, pour lui attraper de l'argent.
1750. « Le sieur abbé Langlet Dufresnoy. — Auteur d'un almanach où il faisait l'éloge de la maison Stuart, et établissait que le prince Edouard était le légitime héritier de la couronne d'Angleterre, et le roi Georges un usurpateur.
1751. « La dame Sauvé, première femme de chambre de monseigneur le duc de Bourgogne, et Marie-Charlotte Auquely, femme IVIe zières, sa femme de chambre. — Affaire d'État. Celte dernière pri. sonnière était enceinte lorsqu'elle a été arrêtée; et sur un ordre duj roi, contresigné Phelipeaux, elle est sortie de la Bastille pour aller faire ses couches chez la dame Pilon, sage-femme à Paris. Elle y a(
ET PIÈCES OFFICIELLES. 2l9
élé conduite par le sieur d'Hémery et le commissaire de Rodiebrnne, lesquels l'ont ramenée, après sos couclies faites, à la Bastille, où elle a été reçue conformément à une autre ordre du roi.
'i La demoiselle Gravelle. — Pour Mémoires contre les sieur et dame de Montmartel, et contre le marquis de Bélhune. Transférée à Vincennes après treize mois de séjour h la Bastille.
« Le sieur abbé Langlet Dufresnoy. — Pour des lettres anonymes contre des personnes dans les premières places. Il est à observer que ca prisonnier est entré six fois à la Bastille; savoir :